La French Touch

Carmen - New York

Par Yannick Boussaert | sam 12 Janvier 2019 | Imprimer

A peine remis des émotions d’une Adriana Lecouvreur anthologique, le public new-yorkais se voyait offrir le plaisir coupable d’une Carmen réunissant un duo français que les parisiens connaissent bien. Difficile d’arpenter ces planches quelques heures après la représentation parfaite de l’après-midi, pourtant Clémentine Margaine, Roberto Alagna et leur entourage propose un Bizet de haute volée.

A commencer par Louis Langrée, qui travaille la pâte orchestrale du Metropolitan dans une option plus légère que son prédécesseur italien. La couleur globale en est plus française, assise sur une combinaison petite-harmonie, harpe (remarquable) et percussions. Démonstration frappante que cet orchestre peut tout jouer et encore plus quand il s’agit de le jouer dans la même journée avec deux chefs à la personnalité et aux gestes radicalement différents.


© Metropolitan Opera

New-York retrouve la Carmen de Clémentine Margaine, modérément appréciée par Marceau Ferrand en octobre dernier. Méforme passagère ou mauvaise alchimie avec ses partenaires d’alors, elle offre ce soir une zingarelle au caractère bien trempé à la ligne soutenue et au français intelligible (mais perfectible). Seule la Habanera la trouve un peu courte quand elle mène un train d’enfer chez Lilas Pastia et en fait voir des vertes et des pas mures à son José. Le brigadier parfaitement en voix de Roberto Alagna accumule, lui, les points forts : un français à faire pâlir les acteurs du Français, une séduction et une fraicheur de timbre de jouvenceau, un sens de la phrase et des nuances qui pourrait faire école et enfin un instinct d’acteur hors du commun qui porte la folie du dernier acte à son plus haut degré. Dommage qu’Aleksandra Kurzak n’ait que le son fruité et de réelles qualités techniques à proposer. Sa Micaëlla javanaise en pâtit grandement. On aura le même reproche pour Alexander Vinogradov. La basse russe se repose quasi exclusivement sur la puissance de sa voix, un costume qui lui sied à merveille, pour dépeindre le toréro macho au grand cœur. Malheureusement la prononciation des seconds rôles finit de nuancer l’excellent niveau vocal du plateau réuni, chœur compris.

On ajoutera un mot de désapprobation à ceux de Marceau Ferrand sur la production de Richard Eyre. La transposition temporelle pendant la guerre civile s’avère gratuite, contrairement à celle opérée par Calixto Bieto à Paris, et ce squelette de la plaza de toros sevillane tourne vite à vide juché qu’il est sur sa tournette. Le couple de danseur, surement embauché pour nous faire oublier quel mauvais compositeur d’interludes Bizet était (joke, comme disent les Américains), danse avec grâce un pas de deux sans saveur ni sens… En somme voici un exemple de plus de production passe-partout où il n’y a rien de vraiment scandaleux mais où il ne faut pas prendre les vessies de la technique et des moyens à disposition pour la lanterne d’une vraie lecture de l’œuvre.  

 

 

 

 

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