En direct du Met, Yannick Nézet-Séguin plébiscité par le public

Par Christian Peter | dim 16 Décembre 2018 | Imprimer

Le Metropolitan Opera a toujours été réputé pour ses mises en scènes conventionnelles, respectueuses du cadre spatio-temporel imposé par le livret. Ces dernières années pourtant, quelques productions ont dérogé à cette habitude, comme Le Faust signé Desmond McAnuff en 2011 ou Le Prince Igor confié à Dmitri Tcherniakov en 2014, entre autres. Face aux réactions négatives d’une partie du public, la tendance actuelle semble amorcer un retour vers la tradition. C’est ainsi que la Tosca de Luc Bondy en 2009, jugée scandaleuse, a été remplacée la saison dernière par une nouvelle production confiée à David McVicar, véritable réplique de celle que Zeffirelli avait montée en 1985. De même, cette saison, le Met a refusé d’afficher le Samson et Dalila de Damiano Michieletto qu’il avait pourtant coproduit avec l’Opéra de Paris, lui préférant la vision hollywoodienne de Darko Tresnjak. C’est à présent au tour de la mythique Traviata de Willy Decker, créée à Salzbourg en 2005, que le Met avait programmée entre 2010 et 2017 de céder la place à la toute nouvelle mise en scène de Michael Mayer.

Le décor unique représente une immense salle semi-circulaire, comportant cinq grandes fenêtres dont les murs aux couleurs changeantes selon les tableaux sont ornés de motifs floraux en relief dans le style rococo. Cette salle comporte une ouverture en son sommet qui laisse entrevoir le ciel bleu au deux, permet à un immense lustre d’apparaître durant les scènes de bal et à quelque flocons de neige de tomber sur le plateau lors du tableau final. Cela ressemble à une bonbonnière géante ou comme l’indique Marceau Ferrand dans son compte rendu de la première, à une boîte à musique. Lorsque résonnent les premières mesures du prélude le rideau se lève sur Violetta étendue sur son lit de mort. Le reste de l’opéra est présenté comme un flashback, idée maintes fois exploitée, récemment encore par Deborah Warner au Théâtre des Champs-Élysées ou plus loin de nous par Franco Zeffirelli dans son film de 1983. La conception de Mayer n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle du cinéaste italien par la luxuriance des décors et la somptuosité des costumes aux couleurs exubérantes. La direction d’acteurs est minimaliste, et les personnages se cantonnent généralement dans des attitudes convenues.

Des seconds rôles tous excellents, citons la Flora au timbre opulent de  Kirstin Chávez et le docteur Grenvil sonore de Kevin Short. Quinn Kelsey campe un Germont au timbre de bronze, homogène sur toute la tessiture. La voix est imposante et son personnage tout d’une pièce, s’il manque de subtilité, possède l’autorité requise. On attendait la prise de rôle de Juan Diego Flórez avec curiosité et l’on n’a pas été déçu. Malgré les années, le ténor a gardé une silhouette qui lui permet de camper un Alfredo juvénile, presque immature. Comme il le souligne durant l’entracte il aborde le rôle avec son expérience belcantiste, privilégiant le charme à la puissace vocale. Les infinies nuances dont il orne son chant, son impeccable legato et la justesse de son interprétation forcent le respect. Bien sûr au cinéma on ne se rend pas compte de l’impact d’une voix dans la salle mais l’accueil triomphal que lui réserve le public au rideau final laisse supposer qu’il parvient à se faire entendre dans le grand vaisseau du Met. C’est seulement à la fin de l’acte deux, à partir de « Or tutti a me » que l’on aurait souhaité une plus grande largeur de voix que la sienne. Au dernier acte, son interprétation poignante révèle des talents d’acteur que l’on ne lui soupçonnait pas. On a souvent reproché à Diana Damrau ses minauderies et son absence d’émotion, or depuis ses prestations de 2013 à la Scala et de 2014 à Bastille sa Violetta a gagné en sobriété et en intensité dramatique. En revanche, au premier acte son « Sempre libera » n’a plus le brillant d’autrefois et la soprano fait même l’économie du contre-mi bémol final. Face à Germont elle subjugue l’auditoire par sa reprise de « Dite alla giovine » sur un fil de voix mouillé de larmes mais c’est sa scène finale poignante de bout en bout qui emporte finalement l’adhésion et lui vaut une ovation debout qu’elle partage avec son partenaire et avec Yannick Nézet-Séguin dont la direction élégante et raffinée fait alterner avec bonheur délicatesse et véhémence notamment au deux qu’il conclut par un final hallucinant. Triomphe mérité pour le tout nouveau directeur musical du Met.

Le 12 janvier 2019 Le Metropolitan Opera retransmettra Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea avec Anna Netrebko et Piotr Beczala dans les cinémas du réseau Pathé Live.

 

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