Formidable Idoménée du Met au cinéma

Par Christian Peter | dim 26 Mars 2017 | Imprimer

Ce samedi 25 mars, le Metropolitan Opera de New-York a diffusé dans les cinémas du monde entier une magnifique représentation d’Idomeneo dans la célèbre production de Jean-Pierre Ponnelle créée en 1982 avec Luciano Pavarotti dans le rôle-titre et publiée en DVD par Deutsche Grammophon. A cette époque le nom de Ponnelle sur une affiche d’opéra était une garantie d’élégance et de bon goût, comme le confirme ce spectacle, même si son esthétique a un peu vieilli. Les décors monumentaux représentent une sorte de temple ou de palais antique avec sur les côtés des colonnades de part et d’autre d’une gigantesque tête de Neptune qui occupe le fond du plateau afin de rappeler de façon obsédante la terrible promesse faite par le roi de Crète au dieu des mers, promesse qui constitue le nœud de l’intrigue. Les costumes fastueux, notamment ceux des femmes, évoquent le dix-huitième siècle. La direction d’acteur, sobre et efficace, est d’un grand confort pour les chanteurs.

La distribution est dominée par le remarquable Idoménée de Matthew Polenzani qui incarne avec conviction ce personnage torturé, tiraillé entre son amour paternel et la promesse qui le lie à Neptune. Fidèle à sa réputation, le ténor américain propose un chant raffiné à l’extrême, émaillé d’exquises nuances. Technicien accompli, il donne du redoutable « Fuor del mar » une interprétation spectaculaire, la totalité des vocalises écrites par Mozart sont exécutées avec brio et la reprise est finement ornementée. A ses côtés, superbe dans une somptueuse robe noire et argent, Elza van den Heever campe une Elettra éblouissante, l’une des rares à chanter ses trois airs avec le même bonheur. Passer du rythme haletant de « tutte nel cor vi sento »   à la mélancolie de « Idol mio » avant de laisser planer la voix pour évoquer les « Soavi zeffiri » n’est pas chose aisée, la soprano y parvient grâce à une technique souveraine et un parfait contrôle du souffle. Au troisième acte, son timbre au galbe parfait et ses aigus percutants lui permettent d’offrir un « D’Oreste, d’Aiace » hallucinant qui lui vaut une ovation méritée de la part du public du Met. Enfin Nadine Sierra tire son épingle du jeu grâce à la fraîcheur de sa voix juvénile, ses aigus lumineux et son indéniable présence sur le plateau. Elle campe une Ilia délicieuse, à la fois touchante et déterminée. Un cran au-dessous se situe la prestation d’Alice Coote. Sans être exceptionnel, le timbre est homogène et les moyens solides, c’est déjà beaucoup. L’incarnation est propre, sans défaut majeur mais ne parvient guère à convaincre pleinement. Signalons enfin l’Arbace imposant d’Alan Opie dont l’air « Se il tuo duol » au début du deux ne passe pas inaperçu. Le reste de la distribution n’appelle aucune réserve.

A pupitre, Bien que diminué par la maladie James Levine n’en propose pas moins une direction en tout point époustouflante, supérieure encore à celle de 1982. Dès les premières mesures de l’ouverture il nous rappelle quel immense chef de fosse il est et le reste de la soirée ne démentira pas cette impression.

Le samedi 22 avril, le Metropolitan Opera retransmettra Eugène Onéguine avec Anna Netrebko et Peter Mattei.

 

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