La Note enchantée à Paris ou le dur sacerdoce d'une colorature

Par Jean-Marcel Humbert | mar 19 Avril 2016 | Imprimer

Ne pas fumer, ne pas boire, ne pas manger de chocolat, s’emmitoufler dans une écharpe et ne porter que des chaussons couverts, telle est la caricature de la diva d’opéra. Car pour ce qui est des vraies, il est bien connu que Birgit Nilsson fumait comme un sapeur, et que Christa Ludwig adore les beefsteaks-frites. Mais il n’en reste pas moins l’apprentissage des langues, le travail de la diction (petits pots de beurre, truite crue et cuite, glaces glauques du Groenland), sans parler du côté musical, de la recherche de sa voix et de son emploi, et de la peur précédant les auditions (air rarement entendu  « J’ai peur » extrait de La Fille du golfe de Léo Delibes), bref tout le dur sacerdoce qui doit mener à une « carrière » à défaut du succès.

Dans la magnifique cave voutée du théâtre de Nesle, Valeria Rusticana, la cantatrice en devenir et Élise la pianiste (Diane Gonié et Raphaële Crosnier), venues de Dijon à moto (je vous laisse deviner le jeu de mot trop répété) et mises en scène par Laurent Dubost, racontent leur longue quête de « La note enchantée » qui doit confirmer, à l’instar d’une licence de concert, leur compétence. Bien sûr, l’exercice a déjà été souvent répété, et Marianne James (Maria Ulrika Von Glott), tyrannisant sa pianiste souffre-douleur (entre autres Ariane Cadier) a fixé les règles d’un genre qui doit faire rire. Ici, la démonstration est plus en demi-teinte. Des vidéos, des éléments sonores créent un lien entre des scénettes jouées et chantées, une douzaine d’airs d’opéra (souvent tronqués) et des chansons, où les meilleurs moments restent – comme avec l’air de la griserie de La Périchole – ceux empreints de sentiment.

Allez soutenir cette sympathique entreprise. Vous y retrouverez les souvenirs de vos premiers cours de chant, et ceux qui n’en ont jamais suivi découvriront les affres et le long cheminement qui s’ensuivent. Quant à la pianiste, elle se voit condamnée à ne vivre que dans l’ombre de la Diva. Mais le plus important, comme c’est ici démontré, n’est-il pas de chanter – et d’accompagner – avec son cœur ? Prochaines représentations au Théâtre de Nesle à Paris,  les 21 mai et 11 juin 2016, à 17 h.

 

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