Le côté obscur de Barenboim

Par Jean Michel Pennetier | mer 23 Décembre 2015 | Imprimer

C’était une belle histoire, un peu folle mais émouvante. A l’invitation de Daniel Barenboim, Luisa Mandelli (93 ans) devait revenir sur les planches à Berlin. Celle qui fut Annina aux côtés de Maria Callas dans une légendaire série de Traviata à la Scala en 1955, retrouverait ainsi une dernière fois les planches du théâtre. Mais la belle histoire s’est transformée en rêve brisé. Programmée pour une unique représentation, la première du 19 décembre, Luisa Mandelli n’aura participé qu’à une seule répétition avant d’être congédiée sans façon.

Interviewée par Andrea Merli, Luisa Mandelli décrit l’enchaînement des événements à partir de son arrivée le samedi 12 décembre pour une première répétition. Dès le prélude, Annina est en scène, une fleur blanche à la main qu’elle doit déposer sur le trou du souffleur, celui-ci figurant ainsi une tombe. Pour ce faire, Mandelli doit descendre une haute marche entre le dispositif scénique (un plan circulaire incliné) et le sol. La chanteuse s’exécute à plusieurs reprises, mais avec précautions. Ce sera tout. A ce stade, il n’y a eu aucun contact avec Daniel Barenboim, malade, qui annule les répétitions suivantes. Totalement abandonnée, Luisa Mandelli voit ainsi passer les journées jusqu’à la pré-générale. Elle est convoquée par Barenboim qui lui déclare que la mise en scène est trop dynamique pour elle et qu’il ne peut prendre le risque de la laisser monter sur scène. Et voilà la pauvre Luisa renvoyée chez elle comme un paquet de linge sale sans même avoir eu l’occasion de chanter devant le maestro.

Pour avoir assisté à la première, l’argument de la mise en scène semble léger : au pire, il suffisait, pour la première, de doubler Mandelli par l’autre titulaire. Daniel Barenboim a-t-il si peu d’influence à Berlin qu’il ne puisse obtenir ce qu’il a promis pour une seule représentation ? L’argument de la mise en scène cachait-il d’autres enjeux ? La crainte de voir l’attention médiatique se focaliser sur ce retour ? Des réserves sur les capacités vocales de Luisa Mandelli ? Dans ce cas, qu’imaginait Barenboim quand il l’a entendue il y a plusieurs mois ? Aucune explication ne semble satisfaisante face à cette goujaterie. Aucune excuse ne peut justifier le silence gêné dans lequel Luisa Mandelli aura été laissée, cette incapacité à assumer ses choix. 

Heureusement, Luisa Mandelli est  une coriace : ce vilain coup ne semble pas l’avoir découragée et elle continuera à s’exercer au chant avec la même fougue que toujours.

 

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