Le difficile exercice de style de Sally Matthews

Par Bernard Schreuders | lun 28 Septembre 2015 | Imprimer

Rénovation oblige, ce sont les Halles de Schaerbeek qui accueillaient, le 23 septembre, « London-Manhattan », second récital de Sally Matthews organisé par La Monnaie où, l’année dernière, le soprano britannique incarnait Jenufa puis Daphne. Un chant éclatant et trop appuyé surprend de prime abord dans les délicates vignettes élisabéthaines mises en musique par Vaughan-Williams, Quilter, Gurney ou Bush, et compromet souvent la lisibilité du texte. En outre, alors que Sleep (Gurney) dévoile la raucité sensuelle du bas médium, Sigh no more, ladies (Bush) expose un aigu fatigué et crispant. A sa décharge, il ne doit guère être évident pour la musicienne – comme, du reste, pour le spectateur averti – de se concentrer quand des applaudissements intempestifs succèdent à chaque mélodie, manifestation particulièrement rédhibitoire dans le cycle des Hermit Songs de Barber. C’est d’autant plus dommage que la cantatrice s’y montre une conteuse autrement captivante (Saint Ita’s Vision, The Crucifixion), rivalisant de sophistication et d’esprit avec son pianiste, l’excellent Simon Lepper (The Monk and his Cat), et allégeant son émission jusqu’à l’évanescence (hynotique Desire for Hermitage). Capable de suggérer, d’une simple inflexion et sans la moindre œillade, une pensée voluptueuse (Promiscuity), la chanteuse renoue, hélas, avec une émission trop uniforme et vibrée chez Britten (On this Island) et Bridge (Love went a-riding). Les trois mélodies d’Ivor Novello qui concluent le programme et que la soliste prend la peine de présenter ne livrent guère cette touche « légère et pétillante » vantée par le programme de salle. Question de ton, de style et, une fois encore, de vocalité, une chanteuse lyrique ne pouvant s’improviser artiste de musical. Down by the Salley Garden, en revanche, ballade que Sally Matthews confesse chanter depuis l’enfance et propose en bis, revêt une tout autre puissance d’évocation.

 

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