Les plaisirs (mitigés) de l'Ile enchantée

Par Laure Bertoli | mar 24 Janvier 2012 | Imprimer

 
Grâce à Pathé Live, plus de cent cinémas en France diffusaient, samedi 21 janvier, The Enchanted Island. Entre les deux derniers volets de la Tétralogie, le Met s’est offert un spectacle en rupture totale avec ses habitudes : un pasticcio mélangeant des extraits d’opéras qu’on a fort peu de chances d’entendre un jour sur la scène new-yorkaise, et réunissant ce que les Etats-Unis comptent de meilleur – ou de plus en vue – en matière de chant baroque. Avec énormément de Haendel pour ne pas trop dépayser le public (grâce à Renée Fleming, Rodelinda a été repris en début de saison), avec beaucoup de Vivaldi (l’album de Cecilia Bartoli a été fortement mis à contribution), et une pincée de Rameau (mais trop peu pour qu’on puisse parler d’un véritable événement), William Christie et le librettiste Jeremy Sams ont troussé une intrigue néo-shakespearienne associant La Tempête et Le Songe d’une nuit d’été. Joyce DiDonato y est sublime, David Daniels a droit à quelques beaux airs, Danielle de Niese fait son numéro habituel et Luca Pisaroni joue admirablement les brutes épaisses. Parmi les seconds rôles, on distingue le très beau contralto d’Elizabeth DeShong, mais l’on goûte moins le contre-ténor Anthony Roth Costanzo, clône vocal de Dominique Visse. Plácido Domingo est de la fête, of course : sur la musique de Zadok the Priest, il fait une entrée très remarquée en Neptune, et chante ensuite « Que l’Averne, que le Ténare », l’air de Pluton dans Hippolyte et Aricie, opéra qu’il chanta en 1966, mais pas en tant que basse ! Visuellement, on est très proche de Zeffirelli ou du Ponnelle de la trilogie Monteverdi : un cadre de scène très lourd et très chargé, une mise en scène assez statique, simplement égayée par de jolis effets vidéos, alors que le tandem Phelim Mc Dermott-Julian Crouch avait transfiguré Satyagraha quelques mois auparavant. Evidemment, le public new-yorkais se pâme devant l’apparition de sirènes suspendues aux cintres, comme les Filles du Rhin dans le Bayreuth d’avant-guerre. Tout cela n’est pas vilain, mais on se dit malgré tout que nous avons bien de la chance, nous Européens, de pouvoir découvrir les opéras du XVIIIe siècle à peu près tels que leurs créateurs les ont voulus, et non passés à la moulinette américaine… [LB]
Pour les prochaines séances, renseignements sur www.pathelive.com
 
 

 

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