Les Talens lyriques à la rescousse de Terpsichore

Par Bernard Schreuders | lun 25 Mars 2013 | Imprimer

Créé l’année dernière au Händel-Festspiele de Halle, puis repris à Sablé, Versailles, Malte et Caen, Terpsichore se veut un hommage à Marie Sallé, la plus célèbre danseuse française de son temps, à travers les œuvres fortement contrastées de Jean-Fery Rebel et Georg Friedrich Händel. La salle Henry Le Boeuf du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles était-elle bien indiquée pour accueillir cette performance ? Relégués en fond de scène sur un podium dressé devant l’orgue, avec pour seul éclairage la lumière des lampes de pupitre, les Talens lyriques souffrent d’une acoustique défavorable, sans parler des solistes requis par Händel pour son divertissement, dont le chant se réduit à un évanescent et lointain gazouillis (Eugénie Warnier et Marianne Beate Kielland, rejoints par Paul Crémazy et Jussi Lehtipuu pour des choeurs à peine moins brumeux).
La compagnie des Fêtes Galantes investit un plateau complètement nu à l’exception, côté cour, d’un panneau immaculé où s’animent les ombres des six danseurs. Béatrice Massin conçoit la première partie (Rebel) comme une esquisse qui se transforme sous le jaillissement des couleurs (superbes velours aux tons vifs ou tendres dont Dominique Fabrègue pare hommes et femmes) en toile peinte (Haendel). De fait, la première partie, entre molles reptations et gestuelle minimaliste, cultive l’épure et détonne face à l’invention musicale. Les mouvements semblent d’abord se déployer avec une autre vigueur chez Händel, mais ils se figent assez vite dans la répétition des mêmes figures abstraites. Si le vocabulaire et la grammaire baroques nourrissent la chorégraphie, celle-ci s’enlise dans un formalisme désespérément tiède.
D’aucuns rétorqueront que Marie Sallé était avant tout réputée pour sa grâce, son élégance alors que l’énergie, l’audace caractérisaient en fait sa rivale, la Camargo, mais il fallait alors choisir d’autres partitions pour illustrer sa manière, car le décalage entre la danse et la musique frise parfois ici le contresens. Heureusement, Christophe Rousset, lui, manie le trait en virtuose: nerveux, voluptueux, dense, léger, toujours suggestif, le chef n’ayant pas son pareil pour faire chanter et danser la couleur dans une ivresse des rythmes à laquelle ce soir, hélas, les corps ne s’abandonnent jamais. [Bernard Schreuders]
J.F. Rebel, La Terpsichore ; Les Plaisirs champêtres ; Les éléments : extraits (Sicilienne, Air pour l’amour, Caprice); G.F. Händel, Terpischore. Eugénie Warnier (soprano); Marianne Beate Kielland (mezzo); Paul Crémazy (ténor); Jussi Lehtipuu (basse); Les Talens lyriques, Christophe Rousset (direction); Compagnie Fêtes galantes, Béatrice Massin (chorégraphie). Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, 20 mars 2013.

 

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