Lianna Haroutounian, débuts précipités à Londres

Par Anonyme (non vérifié) | mer 29 Mai 2013 | Imprimer

Le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres et le récent Don Carlo proposé au Royal Opera de Londres vient d’en faire la démonstration. Pour commencer, Anja Harteros, initialement programmée pour toute la série, avait fait savoir qu’elle ne chanterait que les premières représentations, pour finalement abandonner la série après la première (voir la brève du 8 mai 2013). Ne devant initialement prendre la relève que pour les dernières soirées, la jeune Lianna Haroutounian (dont nos rédacteurs ont eu l'occasion d'apprécier ses interprétations de La Traviata à Sanxay, Amélia dans Un ballo in maschera à Tours  ou encore Hélène dans Les Vêpres siciliennes à Bilbao) a dû assurer plus tôt que prévu la quasi-totalité des représentations. Un peu tendue à sa première, la soprano arménienne s’est affirmée au fil des représentations, parvenant petit à petit à créer l’alchimie avec son partenaire, l’exceptionnel Jonas Kaufmann qui avait lui-même démarré la série en petite forme. Pour sa dernière, le ténor allemand s’est confirmé comme l’un des meilleurs Don Carlo de tous les temps, ce qui aura sans doute poussé sa consœur à oser des sons piano jusqu’alors trop rares. C’est surtout au premier acte que les deux chanteurs se sont révélés le plus émouvants, incarnant à la perfection un couple juvénile amoureux.
Le reste du plateau est presque sans faute : avec l’âge, Ferruccio Furlanetto à certes légèrement perdu en vaillance, mais gagné en intériorité. Mariusz Kwiecień est un Posa vocalement insolent : la mise en scène en fait un bellâtre un peu inconscient des événements qu’il déclenche et dont il comprend tardivement la gravité. Autre remplacement : celui de Christine Rice par Béatrice Uria-Monzon qui fait ainsi des débuts un peu tardifs à Covent Garden en Eboli. Mention spéciale au terrifiant Grand Inquisiteur d’Eric Halfvarson. La production de Nicholas Hytner vaut surtout par sa grande finesse psychologique dans les scènes intimistes, le metteur en scène se révélant moins à l’aise dans l’acte de l’Autodafé. Et pourquoi avoir rajouté des répliques parlées dans cette scène ? Si Verdi avait voulu écrire un opéra-comique, ça se saurait ! A la tête d’un orchestre en grande forme, Antonio Pappano sait alterner les ambiances composites de ce « grand opéra » tout en veillant à la cohérence de l'ensemble. Une grande réussite une fois de plus.
Selon certains commentateurs du blog du Royal Opera, Anja Haretros aurait annulé 21 des 26 apparitions programmées ces deux dernières saisons : une performance à côté de laquelle la fiabilité pourtant toute relative d’Angela Gheorghiu fait figure de pendule suisse !

 

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