Roméo et Juliette à Salzbourg, de la Renaissance à nos jours

Par Jean Michel Pennetier | dim 22 Mai 2016 | Imprimer

L'édition 2016 du Festival de Pentecôté de Salzbourg etait consacré au mythe de Roméo et Juliette, principalement illustré par William Shakespeare dont on fête le 400e aniversaire de la mort. C'est pourquoi, outre une soirée de gala et deux ouvrages lyriques sur le thème (West Side Story et le rare Giulietta e Romeo de Zingarelli) ainsi qu'un ballet, chose rare en ces lieux (Roméo et Juliette dans la chorégraphie de John Cranko et sur la musique de Sergei Prokofiev par l'époustouflant Ballet de Stuttgart qui rappelle l'Opéra de Paris d'il y a 30 ans), Cecilia Bartoli, directrice artistique, a choisi d'accueillir l’ensemble The Tallis Scholars, spécialisé dans la musique sacrée de la Renaissance britannique. Créé en 1973 par Peter Phillips, la formation s'est d'abord produite en amateur durant une dizaine d’années. Elle s'est ensuite professionnalisée, créant son propre label, Gimell Records, avec lequel elle a remporté de nombreuses récompenses.

Sur les quarante années de son existence, l’effectif vocal a bien entendu évolué, accueillant certains chanteurs comme Michael Chance ou Mark Padmore qui firent par la suite des carrières de soliste. Toutefois, le style d’exécution est toujours resté le même : une interprétation a cappella avec deux à trois chanteurs par voix. Toute l’excellence du travail de Phillips réside dans une exceptionnelle maîtrise d’objectifs a priori inconciliables. D’une part, chaque voix est bien typée et dissociée au sein de son groupe, mais aussi totalement intégrée à l’ensemble dans une polyphonie absolument parfaite, en dépit d’une acoustique d’église peu favorable. Les timbres sont relativement corsés, les voix bien projetées mais toujours sans effort. Ici, pas de ténors aux voix blanches couvrant exagérément les sons. Au final, un son complexe et planant, assez unique.

Le programme s’articule autour de trois compositeurs de la maison royale, à l’époque Tudor. Ceux-ci durent donc travailler pour le rite catholique, puis pour le rite protestant. Ils participaient également à la manifestation de la grandeur du royaume car les visiteurs étrangers étaient également accueillis pour découvrir une musique très différente de celle qu’on entendait sur le continent.

En dépit du nom de la formation, Thomas Tallis ne se taille pas la part du lion dans le programme de ce concert, et c’est un peu dommage car il nous a semblé le plus inspiré mélodiquement. Même constat pour John Sheppard qui en est asez proche. William Byrd, par comparaison, nous a semblé plus austère : il est vrai qu’il était resté catholique et que sa messe à quatre voix a été composée pour des cercles restreints de familiers, et non pour une exécution publique spectaculaire. Son Graduel est en revanche une pièce plus ambitieuse, dont son « Ave verum corpus » est régulièrement donné et enregistré outre-Manche.

Thomas Tallis (1505 – 1585) : « Loquebantur variis linguis », « Suscipe quaeso ». William Byrd (1543 – 1623) : « Ave verum », Mass for four voices, Propers for All Saints, « Tribue domine ». John Sheppard (1505 – 1558) : « Gaude, gaude, gaude ».
Sopranos : Charlotte Ashley, Emily Atkinson, Gwendolen Martin, Katie Trethewey. Altos : Patrick Craig, Caroline Trevor. Ténors : Steven Harrold, Christopher Watson. Basses : Robert McDonald, Tim Scott Whiteley. Direction musicale : Peter Phillips. Salzbourg, Kollegienkirche, 16 mai 2016, 11h

 

 

 

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