Semiramide à Paris : bravo à Pido !

Par Christophe Rizoud | lun 24 Novembre 2014 | Imprimer

« Qu'importe le flacon » écrivait Fabrice Malkani à propos de cette Semiramide donnée le 20 novembre à Lyon puis hier soir à Paris au Théâtre des Champs-Elysées, voulant par ce titre signifier que la musique de Rossini est suffisamment enivrante pour supporter une version de concert. Si nous partageons globalement son avis sur les interprètes, qu'il nous soit permis, sur ce dernier point, d'affirmer le contraire tant l'absence de mise en scène nous a semblé porter préjudice à cette interprétation d'un opéra qui, pas plus qu’un autre, ne saurait être purement vocal. A trop agiter l'oriflamme du bel canto, à disséquer roulades et écarts de registre, on aurait pu passer à côté de ce qui fait l'intérêt de la soirée : la manière dont les chanteurs sont parvenus à insuffler chair et sang à leur partition.

Si Elena Mosuc touche à la vérité en Semiramide, ce n'est en effet ni par la fulgurance d'un aigu qui rappelle qu’elle fut autrefois colorature, ni par une agilité somme toute discutable, mais par l’art avec lequel la voix dessine d'un juste trait cette figure complexe de reine, femme, maîtresse et amante. Si l'Assur de Michele Pertusi est grand, ce n'est ni par l'arrogance, ni par la vaillance, pas même par sa maîtrise remarquable de la syntaxe rossinienne, mais par sa capacité à renouveler la composition d'un rôle qui l'accompagne depuis plus de 20 ans. La patine du métal, la fatigue perceptible, envisagés comme moyens d'expressions supplémentaires, aident à rendre le portrait émouvant. Idem pour John Osborn, Idreno amputé de son premier air, dont le second est d'autant plus notable que le ténor n'en fait pas une pure démonstration de virtuosité. L'usage de la demi-teinte pour donner à sentir « la douceur de l'espérance » vaut largement les exploits réalisés ensuite dans la redoutable cabalette. Et si Ruxandra Donose déçoit, ce n'est pas parce que son Arsace a le grave défaillant mais parce qu'à l'inverse de ses partenaires, elle peine à insuffler vie à son personnage.

Il est souvent de bon ton de bouder Evelino Pido. Le répertoire belcantiste entraînant plus qu'un autre des réactions extrêmes, le chef d'orchestre se voit malmené pendant et à l'issue du concert. Sans adhérer à tous ses partis-pris, soulignons une attention permanente aux chanteurs, un juste équilibre des volumes, une lecture qui essaie de suppléer l'absence de mise en scène et le courage de ne pas se laisser démonter par le malotru qui, au mépris du respect dû aux artistes, tente en cours de spectacle d'interrompre d'un « Musica ! » sonore la reprise de la musique après les applaudissements.

Gioachino Rossini, Semiramide - Théâtre des Champs-Elysées, Paris, dimanche 23 novembre, 19h30

 

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