Sonya Yoncheva, nouvelle coqueluche du Met

Par Christian Peter | dim 18 Octobre 2015 | Imprimer

« C’est la cruelle loi du Met ou de la vie : une reine chasse l’autre. C’est ainsi que Renée Fleming dut abandonner sa couronne à Anna Netrebko et que cette dernière vient d’offrir la sienne à Sonya Yoncheva. »

C’est par cette affirmation lapidaire que débute le texte de présentation d’Otello dans la brochure de la nouvelle saison des retransmissions du Metropolitan Opera au cinéma. Affirmation certes discutable, pourtant l’auteur de ces lignes ne croyait pas si bien dire : à la Leonora quelque peu décevante proposée voici deux semaines par une Netrebko sans doute fatiguée, succède la Desdémone  rayonnante de Sonya Yoncheva qui illumine de sa voix fraîche et juvénile la représentation d’Otello de ce samedi 17 octobre. La cantatrice bulgare fait de son personnage non pas une victime un peu nunuche mais une jeune femme volontaire à la féminité affirmée qui affronte crânement la colère de son époux. Son air du saule interprété avec une émotion soutenue et de jolies nuances est un des sommets de la soirée, salué par un public enthousiaste.

A ses côté Alexandrs Antonenko campe un Maure tout d’une pièce, plus à son affaire dans les emportements que lui dicte sa jalousie que dans les épanchements amoureux. Ainsi le duo avec Desdémone qui clôt le premier acte, le montre un rien emprunté. Il convainc davantage au cours des deux derniers actes et livre en fin de soirée un « Niun mi tema » aussi grandiose que poignant. Vocalement, le rôle ne lui pose aucun problème : le ténor letton se joue avec aisance de toutes les difficultés de sa partie. Son timbre clair et l’ampleur de ses moyens lui valent un succès mérité. Nul doute qu’il saura avec le temps approfondir la psychologie de son personnage.

A ce propos, il est regrettable que pour satisfaire au « politiquement correct » le visage du chanteur n’ait pas été noirci (voire brève du 5 août dernier) ou simplement hâlé, car cela laisse de côté tout un pan de la psychologie d’Otello dont les réactions peuvent paraître outrancières et donc peu crédibles si elle ne sont pas justifiées par les complexes dont il souffre.

Baryton à tout faire du Met, Željko Lučić à le bon goût de ne pas sombrer dans la caricature : son Iago cynique et sans scrupule est incarné avec sobriété à défaut de subtilité. Son credo est irréprochable, en revanche son air du songe manque quelque peu de finesse. Un bon Iago de routine, en somme.

Le reste de la distribution est, comme toujours au Met, d’un bon niveau : menton spéciale pour le Cassio séduisant de Dimitri Pittas et l’excellente Emilia de Jenifer Johnson Cano.

Au pupitre  Yannick Nézet-Séguin opte pour une direction analytique propre à mettre en valeur chaque groupe d’instruments. Cette option ainsi que ses tempos globalement retenus sont efficaces la plupart du temps sauf en début de soirée où la tempête qui ouvre le premier acte manque de véhémence.  

Bartlett Sher qui signe cette nouvelle production, transpose l’action au dix-neuvième siècle comme le montrent les jolis costumes de Catherine Zuber. Les décors signés Es Devlin sont essentiellement constitués par d’immenses pavé transparents qui se déplacent -non sans bruit- afin de délimiter les différents lieux de l’action. Certains contiennent un escalier, d’autres présentent sur l’une de leurs faces le dessin d’une façade ou d’un gigantesque portail.  

 

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