L'Empereur est mort, vive l'Empereur !

Cantate sur la mort de l'Empereur Joseph II - Paris (Maison de la Radio)

Par Clément Taillia | mar 13 Octobre 2020 | Imprimer

On sait peu qu’avant de devenir le surnom de son ultime Concerto pour piano, « l’Empereur » fut, pour Ludwig van Beethoven, la source d’inspiration de deux œuvres de jeunesse. Des pièces qui, tout en restant largement tributaires d’inspirations où domine la figure de Haydn, laissent crépiter les premières étincelles d’un romantisme qui ne cessera de se faire plus flamboyant à mesure que le compositeur affirmera son style.

Beethoven n’a pas encore déménagé à Vienne quand l’empereur Joseph II y décède, en 1790. C’est dans sa ville natale de Bonn que le compositeur reçoit commande d’une cantate célébrant la mémoire du grand homme. Probablement jamais jouée à l’époque, retrouvée et peut-être complétée par Hummel, finalement créée sous la direction du chef wagnérien Hans Richter en 1884, l’œuvre dispose d’une cousine, une autre cantate dédiée, cette fois, à l’accession au trône du nouvel Empereur, Leopold II.  Beethoven a 20 ans, son librettiste présumé, Severin Anton Averdonk, en a 22, l’esprit des Lumières les illumine et attise leur enthousiasme.

De ces œuvres méconnues qu’il dirige l’une après l’autre, clav Luks entend restituer toute la fièvre philosophique et patriotique. Dès l’introduction de la Cantate sur la Mort de l’Empereur Joseph II, où la noirceur des mystérieux aplats de cordes se laisse percer par l’inquiétante lumière des vents – une trouvaille que Beethoven réutilisera, des années plus tard, au début du IIe acte de son Fidelio – l’Orchestre National de France frappe ainsi par son engagement. Le placement des instrumentistes, loin au fond du plateau et presque en « ligne droite » plutôt qu’en arc de cercle, ne favorise certes pas l’articulation des timbres ni la netteté des contrastes ; pour autant, du désespoir du chœur initial, repris dans le final, à la chaleur des épisodes centraux qui saluent le combat de Joseph II contre le fanatisme, l’énergie de l’orchestre séduit, comme celle des chœurs, dispersés autour de la scène.

Il n’en va pas tout à fait de même des solistes de ce soir : sollicitée dans une longue intervention que Beethoven reprendra dans le final de Leonore, la première mouture de Fidelio, la soprano Simona Saturova ne manque ni de séductions vocales ni d’agilité, mais plutôt de volume. La basse Kresimir Stražanac, de son côté, pourrait se montrer plus investi dans des pages dont la tonalité héroïque ne fait aucun doute. Plus courte, la Cantate pour l’accession au trône de l’Empereur Leopold II, contient les mêmes forces et faiblesses. Dans « Fliesse, Wonnezähre, fliesse ! », aria avec violoncelle et flûte obligés dans lequel Beethoven regarde clairement vers Mozart et le « Martern aller Arten » de L’Enlèvement au Sérail, Simona Saturova montre une solide virtuosité à peine occultée par quelques reprises de souffle un peu délicates. Plus apaisé, le trio qui suit permet d’apprécier les qualités de timbre de Maximilian Schmitt, en proie, ce soir, à de menus problèmes d’intonation.

En 1790, il restait à Beethoven 37 ans à vivre et l’immense majorité de ses œuvres à composer, pourtant son rapport à la voix semblait déjà bien installé : encore classique et déjà romantique, expressif et virtuose, parfois ingrat, et capables de fulgurances qui, en cette année de commémorations contrariées, méritent bien d’être exhumées.

 

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