Née en 1759 à Valvasone, près d’Udine, Adriana Ferrarese del Bene fut formée à Venise, à l’Ospedale dei Mendicanti. Ses premiers succès publics eurent lieu au début des années 1780, notamment dans des oratorios latins, avant qu’elle n’entame une carrière lyrique à l’opéra à Livourne en 1784. Après une saison remarquée à Londres en 1786, la Ferrarese s’imposa en Italie du Nord dans de grands rôles d’opera seria. En 1788, elle fut engagée à l’opéra de la cour de Vienne, où, alors maîtresse du librettiste Lorenzo Da Ponte, elle collabora avec Mozart, créant le rôle de Fiordiligi dans Così fan tutte.
La cantatrice semblait posséder une voix de soprano aux graves puissants et manifestait une prédilection pour le cantar di sbalzo, un style fondé sur de larges sauts d’intervalles et des contrastes expressifs marqués. Selon le site Quell’usignolo, elle disposait également d’aigus stupéfiants et avait fait du Rondo sa marque de fabrique : un type d’air destiné à souligner un moment poignant et émotionnel, composé d’une section lente d’ouverture suivie d’une partie principale plus rapide. Le disque publié par Audax Records retrace, autour de cette forme musicale, la carrière de la Ferrarese, de ses débuts vénitiens jusqu’à la période viennoise. Il met enfin en regard ces œuvres vocales avec d’autres Rondos, cette fois-ci avec violon obligé, composés par Mozart quelques années avant son arrivée à Vienne.
Familière à la scène des rôles de Fiordiligi et de la Comtesse des Noces – rôle que la Ferrarese ne semble d’ailleurs pas avoir abordé – Adriana González aborde ce récital avec des moyens importants : une voix en pleine santé, avec un médium assuré et des aigus finement posés, souvent abordés sotto voce. Déjà entendue sur scène en Desdemona ou en Mimì, la soprano guatémaltèque a conservé une agilité appréciable, mise à profit dans ces pages exigeantes. Son legato, particulièrement soigné, s’impose aussi bien dans le « Dove sono » de la Comtesse que dans le « Mater cara, extremum vale » extrait de l’oratorio Balthassar de Bertoni. Dans ce dernier rondocino, Adriana González parvient à investir la simplicité de l’écriture musicale en lui apportant nuances et couleurs.
L’expérience scénique de la soprano lui permet de s’immerger pleinement dans ses personnages, que ce soit en Didon, dans une aria de Pasquale Anfossi, ou en Fiordiligi. Sa virtuosité reste toujours au service de l’expression, jamais gratuite. Emportée dans ses élans, Adriana González prend de nombreux risques, avec des contre-ré et mi fréquents et des passages d’agilité impressionnants, frôlant parfois presque l’emmêlement, comme à la toute fin du « Partirò dal caro bene » de Giuseppe Giordani. Iñaki Encina Oyón souligne qu’il a cherché dans ce disque à restituer les ornements tels qu’ils se pratiquaient à l’époque, s’appuyant notamment sur un document présentant une version ornée de l’aria « Teco porta » de Martín i Soler. Ces principes ont été appliqués pour composer les cadences et variations de l’ensemble des airs du programme.
La direction d’Iñaki Encina Oyón se montre vive et engagée, donnant du relief aux pages les plus dramatiques et assurant une cohésion d’ensemble constante. Le violon solo de Johannes Pramsohler se distingue par sa virtuosité et sa musicalité, mettant en lumière les lignes mélodiques finement ornées. L’Ensemble Diderot maintient un équilibre précis entre les pupitres et des cordes d’une grande finesse, qui auraient parfois gagné en densité. Le cor de Ricardo Rodríguez García, particulièrement sollicité dans « A sol bramo la mia speranza » et dans le rondo de Così fan tutte, offre une sonorité noble et claire. La flûte solo d’Alexis Kossenko, dans « Giusti numi, amor pietoso » de Weigl, apporte une couleur délicate et poétique à l’aria.

