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Hans Werner Henze (Jérémie Bigorie)

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Livre
28 février 2026
Portrait d’un artiste éclectique

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Jérémie Bigorie
Hans Werner Henze

Paris, bleu nuit éditeur, collection horizons, 2026

Relié, 176 pages, 25€
ISBN : 2358841692

Hans Werner Henze (1926-2012) est un de ces compositeurs qui, malgré leur renommée internationale et l’impact indéniable laissé dans l’Histoire de la musique, sont trop peu présents en dehors de leur pays. Si d’importantes institutions françaises – dont les maisons d’opéra de Paris, Lyon et Toulouse, le Châtelet ou le Festival Présences – ont occasionnellement défendu l’œuvre de Henze, ces initiatives restent clairsemés. Aucun de ses nombreux écrits n’est disponible en traduction française ; en termes de réception musicologique, tout reste à faire dans l’Hexagone. Toutefois, à l’occasion du centenaire du compositeur, que l’on célébrera le 1er juillet, deux publications sont à recenser : Hans Werner Henze – La musique toujours recommencée (2025) de Philippe Torrens ainsi que l’essai Hans Werner Henze, signé Jérémie Bigorie, tout juste paru chez bleu nuit éditeur.

L’ouvrage de Bigorie semble être le fruit d’un véritable enthousiasme pour son sujet. Très bien documenté, autant sur la vie que sur l’œuvre de Henze, il tient à sensibiliser le lecteur aux différents enjeux, tout en conservant une distance critique nécessaire à de telles entreprises. Le résultat en est une lecture des plus agréables, suscitant de l’empathie et permettant une compréhension plus approfondie de l’univers artistique du compositeur.

En treize chapitres, Bigorie dresse le portrait d’un musicien pour qui la littérature est tout aussi importante que sa propre discipline, et dont la démarche est semée d’embûches esthétiques. Car Henze est un artiste éclectique. L’évolution de son style n’exclut ni les allusions à Kurt Weill de son premier opéra Boulevard Solitude d’après l’abbé Prévost, ni l’adoption, certes décontractée, du système dodécaphonique ou d’approches avant-gardistes telles que réalisées dans l’oratorio Le Radeau de la Méduse, ni des pièces radiophoniques influencées par Pierre Schaeffer. Cette vaste palette ne lui a pas valu que des louanges. Sa relation avec ses collègues de l’Université d’été internationale pour la nouvelle musique de Darmstadt présente de nombreux défis. Pierre Boulez et Karlheinz Stockhausen le méprisent. La politique de la table rase d’après-guerre et les idées du sérialisme affrontent la sensibilité de Henze, davantage expressive, qui garde une attitude positive envers la tradition. Cette pensée sera libératrice pour d’autres générations de compositeurs après lui, dont Aribert Reimann et ce que l’on appelle à tort et à travers la « Nouvelle simplicité » (Wolfgang Rihm ou Manfred Trojahn).

Chemin faisant, Bigorie aborde le lien affectif et professionnel entre Henze et la poétesse Ingeborg Bachmann, son amitié avec Benjamin Britten, ses collaborations avec W.H. Auden (écrivain et librettiste anglais ayant entre autres travaillé avec Stravinsky), son homosexualité ou son engagement communiste ainsi que sa proximité avec le mouvement étudiant des années 1968, parfois vue d’un mauvais œil. Depuis 1953, Henze est installé en Italie et ce séjour deviendra une forme d’exil pour lui qui se sent mal compris aussi bien politiquement qu’esthétiquement. Il faut attendre les années 1980 avant qu’il ne se rapproche à nouveau de l’Allemagne. Ses convictions communistes se traduisent par la volonté de communiquer avec le public, bien qu’il soutienne que chaque individu doit être traité comme une personne sensible : « Un art banal pour les masses, c’est une offense ! » La polémique qui l’oppose, par exemple, à Helmut Lachenmann tourne une fois de plus autour de reproches d’un manque de discernement, formulées par ce dernier, et d’un manque d’expressivité de la part de Henze. Cependant, les deux hommes se sont réconciliés par la suite.

Bigorie ne recule pas non plus devant des considérations plus techniques, retraçant la carrière du grand symphoniste qu’est Henze (avec dix symphonies à son actif) et surtout son établissement en tant que compositeur d’opéra, genre auquel on l’identifie tout particulièrement et dont Les Bassarides sont peut-être l’emblème. Sont évoqués dans ce contexte des interprètes non moins mythiques que Dietrich Fischer-Dieskau.

Un important ensemble de photographies ainsi que plusieurs extraits de partitions bienvenus agrémentent ce texte qui représente un compendium pour tous ceux qui souhaitent (re)découvrir ce compositeur majeur du XXe siècle.

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❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Hans Werner Henze

Paris, bleu nuit éditeur, collection horizons, 2026

Relié, 176 pages, 25€
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