Forum Opéra

PORPORA, Polifemo

Partager sur :
CD
21 janvier 2026
Un témoignage plutôt qu’une référence

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Opéra en un 3 actes

Livret de Paolo Rolli

Créé au King’s Theatre de Haymarket à Londres en 1735

Détails

Aci
Franco Fagioli
Galatea
Julia Lezhneva
Ulisse
Paul-Antoine Bénos-Djian
Polifemo
José Coca Loza
Calipso
Éléonore Pancrazi

Orchestre de l’Opéra royal de Versailles
Direction musicale
Stefan Plewniak

3 CD Château de Versailles-Spectacles CVS 159, durée 2h57, enregistrés en 2024, brochure de 108 pages en français et anglais, livret original en italien, traduit en français et en anglais.

En 1735, la concurrence fait rage entre deux théâtres londoniens : réfugié au Covent Garden, Haendel vient de donner Ariodante et compose Alcina. Son rival, Porpora, grâce aux subsides de l’Opéra de la noblesse, s’est emparé du plus vaste (mais plus vétuste) Haymarket. Il a aussi arraché au Saxon la presque totalité de ses chanteurs, peut-être découragés par les exigences de leur mentor. Pour Polifemo, créé le 1° février, Porpora disposera ainsi de l’une des plus légendaires (et dispendieuses) distributions du XVIIIe siècle : les créateurs de Giulio Cesare, Senesino et Cuzzoni, interpréteront Ulysse et Galatée, ceux de Zoroastro et de Medoro (dans Orlando), Montagnana et Bertolli, endosseront les costumes du géant Polyphème et de la nymphe Calypso. Quant au rôle principal, celui du tendre Acis, il échoit à l’ineffable Farinelli, tout juste trentenaire.

Sur un médiocre livret de Paolo Rolli, Porpora tisse une partition complexe, aussi exigeante pour les voix que pour l’orchestre, riche non seulement de morceaux de bravoure mais également de pastorales finement instrumentées, et de puissants récits accompagnés qui en transcendent la matière dramatique. Si l’ouvrage était célèbre au moins depuis que Gérard Corbiau, dans son film Farinelli (1994), en avait popularisé l’inusable « Alto Giove » (qui, des années durant, berça la neurasthénie de Philippe V d’Espagne) et que Cecilia Bartoli en promenait les must, ce n’est qu’en 2023 qu’on le découvrit intégralement, sous la baguette inspirée de George Petrou, à la tête d’une fine équipe (Parnassus).

La présente version ne joue pas dans la même catégorie. Captée au cours de deux représentations à l’Opéra de Versailles, elle pâtit des scories du direct autant qu’elle en bénéficie : on sent à tout instant l’enthousiasme d’un public avec lequel l’audiophile ne sera pas toujours d’accord. Ainsi, on apprécie la théâtralité de la direction, qui, notamment à l’Acte III  (de loin le meilleur de l’œuvre), fouette les récitatifs et confère une grande expressivité aux sinfonie descriptives. Mais, en affinant l’attention, on se rend compte que les cordes de Versailles n’égalent ni en précision ni en densité celles d’Armonia atenea, alors que les bois, rompus au répertoire français et très sollicités par le contexte bucolique, affichent une délectable rondeur.

Surtout, l’écoute « en chambre » rend moins indulgent à l’égard des coupures : si on se console de celles affectant les chœurs et le rôle sans grand intérêt de Nerea, on regrette celles de nombreux da capo, tant elles perturbent l’équilibre des airs au profit d’interminables cadences, d’un goût douteux. En laissant trop souvent la bride sur le cou de ses stars, Stefan Plewniak ne leur rend pas toujours service…

Ainsi Julia Lezhneva, impériale et virtuose lorsqu’elle se contente de chanter les notes (à une vitesse prodigieuse dans les allegros), se montre-t-elle insupportable lorsqu’elle choisit de minauder, multipliant alors portamentos et notes pleurées : à ce titre, on comparera ses deux airs du premier acte (l’un pénible, le second impeccable) ou, mieux, le récitatif, d’un superbe pathos, qui précède « Smanie d’affano » et cette même sicilienne entachée de miaulements. C’est peut-être à l’instigation de Franco Fagioli, qui contrairement à Lezhneva, n’avait pas participé à l’enregistrement de Petrou, que nous devons cette seconde version – hélas, trop tardive, semble-t-il. Le sopraniste court ici après un médium terni qu’il croit dissimuler derrière une émission appuyée, terriblement nerveuse, frôlant parfois le bêlement lorsqu’il imite Bartoli (« Nell’attendere il mio ben »). Il ne relâche cette tension que dans l’air final où, marchant cette fois dans les pas de Horne (et de ses ruptures décomplexées de registres), il déploie tout son panache, ses aigus puissants, sa longueur de souffle. Constat similaire pour Éléonore Pancrazi qui, corsetée lors de ses premières interventions, fait enfin confiance à sa belle voix dans « Il gioir qualor » (bizarrement attribué à Ulysse par la plaquette). En Ulysse, justement, Paul-Antoine Bénos-Djian n’affiche pas la pugnacité de Max Emanuel Cencic mais, dans les airs lents, il se montre autrement sensuel (merveilleux « Fa’ ch’io provi », dont la reprise est malheureusement coupée). Quant à José Coca Loza, s’il ne possède pas les graves menaçants de Pavel Kudinov, son cyclope moins ogresque, presque tendre, vulnérable, n’en est que plus touchant.

En définitive, cette nouvelle intégrale n’enthousiasmera que ceux qui ont assisté au spectacle ; les autres s’en tiendront à la précédente.

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.
81xqkWZbwPL._SL1425_

Note ForumOpera.com

3

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Note des lecteurs

()

Votre note

/5 ( avis)

Aucun vote actuellement

Infos sur l’œuvre

Opéra en un 3 actes

Livret de Paolo Rolli

Créé au King’s Theatre de Haymarket à Londres en 1735

Détails

Aci
Franco Fagioli
Galatea
Julia Lezhneva
Ulisse
Paul-Antoine Bénos-Djian
Polifemo
José Coca Loza
Calipso
Éléonore Pancrazi

Orchestre de l’Opéra royal de Versailles
Direction musicale
Stefan Plewniak

3 CD Château de Versailles-Spectacles CVS 159, durée 2h57, enregistrés en 2024, brochure de 108 pages en français et anglais, livret original en italien, traduit en français et en anglais.

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

Mehr Licht !
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Mehr Licht !
Marie-Nicole LEMIEUX, Andrew STAPLES, François-Xavier ROTH
CDSWAG
Les passions à vif
Mathias VIDAL, Véronique GENS, Sandrine PIAU
CD