De toute son âme

Allerseelen

Par Laurent Bury | jeu 01 Janvier 2015 | Imprimer

Le baryton-basse Werner van Mechelen est l’un des piliers du label Phaedra, ce qui est somme toute assez logique, puisque cette maison entend défendre les artistes belges, avec peut-être même une légère préférence pour les Flamands. Après avoir enregistré des œuvres de compositeurs injustement méconnus, dans la série In Flanders Fields (dont un nouveau volume de mélodies à paraître prochainement), Werner van Mechelen a aussi eu le droit de graver deux albums « Phaedra Classics » de mélodies françaises : un récital Debussy et un autre réunissant des œuvres de Bizet, Gounod, Massenet, Fauré, Hahn et Poulenc. Voici venu le temps de montrer un autre versant de son talent, dans la mélodie en allemand, avec un parcours associant des compositeurs fort dissemblables : Schubert, Mahler et Strauss.

De premier, Werner van Mechelen a eu l’intelligence de choisir des lieder qui ne courent pas trop les rues. La Litaney initiale, qui donne à ce disque son titre, où « Toussaint » devient plus généralement « toutes les âmes », n’est pas de ces mélodies qu’on entend dans tous les récitals. Pour composer ce bouquet de cinq pages schubertiennes, ce sont des lieder relativement longs qui ont été retenus : à l’exception d’Auflösung, ils durent entre 4 minutes 30 et 6 minutes 40. Le baryton belge y manifeste une belle sensibilité, une diction claire, et peut y déployer un timbre très à l’aise dans l’aigu tout en ayant tout le poids voulu dans le grave.

De prime abord, les Mahler perturbent nos habitudes d’écoute, tant on associe davantage ces mélodies à une voix féminine. Rien n’empêche pourtant à un baryton de se substituer à la contralto plus souvent entendue, le résultat dût-il paraître moins immédiatement émouvant.

Pour Richard Strauss, enfin, Werner van Mechelen propose un juste mélange de titres incontournables, comme « Morgen » ou « Zueignung », et de lieder de jeunesse un peu moins fréquentés, au service desquels il met les qualités relevées plus haut. Le pianiste Lucas Blondeel manifeste pour sa part une personnalité affirmée dans l’interprétation de partitions qui exigent mieux qu’un simple « accompagnement ».

Une remarque quant à la présentation matérielle, remarque qui semble s’imposer pour de plus en plus de disques : alors que le texte d’accompagnement est proposé en quatre langues (flamand, anglais, français, allemand), celui des lieder interprétés est donné exclusivement en version originale, sans que l’auditeur soit renvoyé à un site Internet où il pourrait trouver les traductions, comme le fait Naxos, par exemple. Certes, on surfant un peu, on en trouvera au moins une version anglaise, mais le confort d’écoute en est un peu amoindri.

 

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