Auber, toujours plus inédit

Auber : ouvertures volume IV

Par Jean Michel Pennetier | ven 04 Juin 2021 | Imprimer

Enregistré dans la foulée du troisième volume de l'intégrale de la musique orchestrale de Daniel François Esprit Auber, ce quatrième enregistrement nous offre essentiellement des raretés, à l'exception de l'ouverture de Fra Diavolo, seul ouvrage du compositeur resté au répertoire international. Le CD débute avec  quelques extraits du Duc d'Olonne. La musique en est pleine de vie, typique du compositeur, et l'influence rossinienne semble limitée. L'ouvrage ne connut pourtant que 45 représentations. Il faut dire que le livret de Scribe est particulièrement embrouillé, mettant en scène, durant la Guerre de succession d'Espagne (en 1710), les intrigues du Duc d'Olonne à la recherche d'une épouse, ce qui lui éviterait la confiscation de ses biens. Son choix se porte sur une jeune femme, Bianca, dont le père a été condamné à mort pour avoir frappé un supérieur. Mais le Duc est arrêté par le parti adverse avant d'avoir pu mener à bien son projet de mariage. A l'acte suivant, le chevalier français Villehardouin confie à un moine être amoureux d'une jeune inconnue qui l'a soigné sur le champ de bataille. Le jeune moine n'est autre que Bianca déguisée pour échapper au Duc. Lorsqu'on annonce le décès de celui-ci, elle révèle son identité. Mais le Duc n'a fait que feindre sa mort pour s'évader et, lorsqu'il fait son entrée, Bianca revêt à nouveau l'habit de moine. Le Duc essaie sans succès de le(la) faire boire et fumer le cigare. Devant son refus, il soupçonne avoir affaire à un espion, mais le Chevalier s'interpose, et réclame Bianca. Les deux hommes sont prêts pour un duel quand on annonce que les combats reprennent. Philippe V tente de mettre fin à ces disputes en instituant Bianca dame d'honneur. Après quelques nouvelles péripéties, le Duc renonce à Bianca, qui peut enfin convoler avec son chevalier. L'intrigue du Philtre est bien connue des lyricomanes puisqu'elle fut reprise à l'identique par Donizetti pour son Elisir d'amore. La musique en est dans le style de Fra Diavolo, en moins guerrier et davantage pastoral. L'œuvre connut un très grand succès avant d'être éclipsée plus tard par l'ouvrage du compositeur bergamasque. La Fête de Versailles est un long divertissement chorégraphique (26 minutes) réglé par le maître de ballet Jean Coralli, auteur quelques années plus tard, et avec Jean Perrot, de la célèbre Giselle. La musique est un pastiche délicieux qui aurait pu inspirer Jules Massenet pour l'acte du Cours la Reine de Manon, mais la chose est assez improbable s'agissant d'un ouvrage de circonstance de 1837 pour l'inauguration du Musée du Château de Versailles. Scribe y fait apparaitre Lully, Quinault et le Roi-soleil, Molière et sa troupe habillés pour le Misanthrope, Corneille et ses comédiens dans leurs costumes du Cid, Louis XV, une tempête symbolisant 1793 avec Marseillaise obligato, la Restauration puis la Paix. On reconnait Fra Diavolo et Auber cite même le Di Tanti palpiti rossinnien !  Une seconde partie représente un bal masqué, avec des pages originales, mais aussi des extraits du ballet de Gustave III ou le bal masqué et de celui d'Ali Baba. La fête se conclut par une apothéose sur le Génie de la France. La Fiancée du Roi de Garbe est un ouvrage tardif, fruit de la dernière collaboration d'Auber (80 ans) avec son complice Scribe qui décéda sans avoir le temps de réviser le dernier acte qu'il jugeait peu satisfaisant. Le mot Garbe dérive de l'arabe Al-gharb qui signifie occident. L'intrigue est lointainement inspirée d'un conte érotique de Boccace, francisé par La Fontaine, et largement édulcorée. Alaciel, la fille du Sultant Zaïr quitte l'Egypte pour épouser le Roi de Garbe. Elle retourne en Egypte (acte II). Puis à Garbe (acte III) après des péripéties diverses. La musique d'Auber reste toujours aussi vive, débarrassée de toute influence rossinienne, d'une grande élégance, avec une sorte de retour au classicisme. Dernière page au programme, l'ouverture d'Actéon nous ramène à une période de composition pour laquelle nous avons un faible, celle du Cheval de Bronze,  du Lac des Fées, de Gustave III ou encore du Domino noir, avec ce mélange de pages gaies et de demi-teintes mélancoliques. L'ouvrage n'est qu'un court lever-de-rideau composé pour la célèbre colorature Laure Cinti-Damoreau. Le prince sicilien Aldobrangi a enfermé sa femme Lucrezia et sa sœur Angela dans un palais où seules les femmes sont admises. Le Comte Leoni se déguise en mendiant aveugle pour se rapprocher d'Angela. Lucrezia se consacre à la peinture. Elle obtient du prince que le mendiant aveugle puisse poser pour son tableau, Diane et les nymphes surprises par Actéon. La fausse cécité de Leoni est dévoilée quand il est surpris en train de lire un billet doux adressé par le page Stéfano à Angela. Jaloux, le jeune homme le dénonce au prince. Mais celui-ci se calme et pardonne quand il découvre que c'est après Angela et non Lucrezia que soupire Leoni. Cinti-Damoreau incarnait Lucrezia, rôle sans vrai intérêt dramatique, mais son air à vocalises, une sicilienne, eut un grand succès. L'ouverture se termine par un exaltant galop. A la tête d'un orchestre en constant progrès, Dario Salvi sait faire revivre ces délicieuses pages trop injustement oubliées, dans le respect des différentes époques du compositeur. Le CD comprend également des notes explicatives dues à la plume experte de Robert Letellier. Rappelons enfin que nous commémorions il y a quelques semaines les 150 ans de la mort du compositeur.

 

 

 

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