Un enterrement en guise de résurrection

César Franck, mélodies

Par Laurent Bury | ven 10 Juillet 2015 | Imprimer

Le label Maguelone réédite un disque consacré aux mélodies de César Franck, gravé en 2002 et 2004. Anne-Catherine Gillet, que faisiez-vous alors ? Pourquoi, sans Lionel Lhote, des héros de la Belgique assembla-t-on l’élite ? Pourquoi, trop jeunes encore, ne pûtes-vous alors entrer dans le studio de l’enregistrement ?

On peut comprendre qu’au moins une partie des interprètes aient été choisis pour leur nationalité : bien que naturalisé français, Cesar Franck est né belge, et c’est à Liège que fut récemment créé son opéra Stradella. Le pianiste est donc liégeois, et l’un des chanteurs l’est également, tous deux produits du Conservatoire de Liège. Mais s’il est louable de vouloir révéler les mélodies du Pater Seraphicus, encore eût-il fallu se donner les moyens de le faire de manière à les imposer à l’auditeur. Hélas, on est très loin du compte car les artistes réunis seraient bien en peine de transcender les limites de ces œuvres, ayant déjà fort à faire pour surmonter les problèmes que semble leur poser l’art du chant.

Dans les années 1990, le baryton belge Patrick Delcour incarnait à l’Opéra royal de Wallonie des personnages de premier plan, Dandini dans La Cenerentola, par exemple, mais il y tient désormais des troisièmes ou quatrièmes rôles (Ceprano dans Rigoletto). Dès les premières plages, on est interloqué par une redouble platitude d’intonation, comme si toutes les syllabes se valaient, avec notamment des e muets terriblement appuyés. La voix est souvent engorgée, et se cantonne dans un mezzo-forte uniforme.

Quant à Catherine Dune, sa présence s’explique d’autant moins qu’elle n’est même pas belge. Le timbre manque de chair, l’aigu devient vite désagréablement chevrotant. Desservies par ces deux chanteurs, les mélodies de César Franck paraissent bien ternes elles aussi, surtout si on a en tête ce que d’autres compositeurs ont fait des mêmes textes (« Ninon, que fais-tu de la vie »…). Les mélodies de jeunesse, assez platement strophiques, ne marqueront guère les esprits, et pour les autres, on en restera aux interprétations autrement plus vigoureuses de George Thill, Gérard Souzay ou Dietrich Fischer-Dieskau.

 

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