Historique, mais pas mémorable

Tosca

Par Sylvain Fort | jeu 22 Décembre 2011 | Imprimer
 
En cette année 1955, il était difficile de réunir plus beau casting que celui proposé par Covent Garden pour cette Tosca. En tête, un trio tout italien : une Tebaldi de trente-trois ans en pleine gloire (1955 est l’année de son triomphe au Metropolitan), Gobbi Scarpia pour toujours et Tagliavini ténor lyrique de grande lignée, alternative excellente aux voix plus dramatiques du moment, notamment à Del Monaco, lui aussi très « star » (il tournait alors dans des films romantiques). A la baguette, Molinari-Pradelli respecte la belle tradition italienne, ne brusquant rien et offrant à ses chanteurs un parfait écrin : la respiration et le rubato sont merveilleusement mesurés. Les comprimari sont choisis parmi les troupiers de Covent Garden : Langdon ou Howell ne déparent rien, mais leur italien est bien sûr moins idiomatique, et parfois un peu aboyé.
 
L’opéra se déroule sans encombre, mais on reste étonnamment frustré : en réalité, rien ne se passe vraiment. Chacun des protagonistes donne ce qu’il a à donner dans les moments les plus attendus, mais plus que de l’engagement, on sent un grand professionnalisme. Toute fougue est d’abord calcul, tout élan est d’abord recherche d’effet.
 
Entre les individualités, l’arc électrique ne se déploie pas. La grande scène du II entre Tosca et Scarpia est emblématique d’une routine de luxe, où chaque accent est pesé et posé, mais où l’implication des personnages semble se limiter à la conformité avec un modèle préconçu de dramaturgie et d’expression. Rien n’arrête vraiment l’oreille, rien ne se hausse d’un cran au-dessus d’une composition très belle et très convenue. Pourtant, les représentations de Tosca sont souvent l’occasion d’une débauche d’énergie toute particulière : combien de chanteurs s’y transcendent – dans ses propres standards, Tebaldi y est autrement incendiaire avec Gavazzeni et Di Stefano (Myto).
 
Cette Tosca présente tous les traits d’un enregistrement important témoignant de l’âge d’or supposé du chant. Personnellement, j’en connais dix bien meilleurs, et nettement plus récents.
 

 

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