Liliane, pourquoi as-tu fait tes valises ?

La troupe de l'Opéra de Paris - Liliane Berton

Par Laurent Bury | mer 20 Septembre 2017 | Imprimer

Ah, madame Liliane Berton, pourquoi avez-vous si tôt fait vos valises, après à peine un quart de siècle de carrière ? Et pourquoi votre parcours fut-il presque exclusivement hexagonal, alors que vous fûtes une si adorable Suzanne à Glyndebourne en 1963, aux côtés de Leyla Gencer en comtesse (une des représentations fut même alors diffusée par la télévision britannique) ? Alors que vous aviez une carte de visite aussi splendide que la Sœur Constance de Dialogues des carmélites, dont vous aviez assuré la création française – la vraie –, à l’Opéra de Paris en 1957 ?

Vous dont le sourire s’entend dès les premières notes, vous dont l’extrême aigu semblait toujours facile et ne vrillait jamais les oreilles. Pourquoi d’autres, plus médiatiques, surent-elles mieux s’imposer dans les mémoires, alors que votre colorature valait bien les leurs ? Avec une voix pareille, on admet aussitôt que Les Noces de Jeannette puisse être un chef-d’œuvre injustement négligé, et que Si j’étais roi est une partition dont le retour sur les scènes s’impose au plus vite. Avec cette voix gorgée de suc, Sophie de Werther n’a rien d’une gamine qu’on a envie de gifler.

Bien sûr, de Liliane Berton, on connaissait au moins le Siebel du Faust de Cluytens ; bien sûr, sa Sœur Constance chez Poulenc est une référence, mais qui se plaindra de l’entendre une fois de plus chanter aussi merveilleusement cette phrase qui résume si bien le personnage, et qui se conclut sur un aigu inimitable : « Après tout, dois-je être blâmée parce que le service du bon Dieu m’amuse ? ».

Alors, évidemment, il y a des rôles où nous avons pris l’habitude d’entendre des formats vocaux un rien supérieurs, où l’on attend une grande dame plutôt que la plus exquise des soubrettes. Les Rosine sopranos se sont faites de en plus plus rares (mais il en existe encore, malgré la Rossini Renaissance). On espère désormais, à tort ou à raison, une voix plus ample pour Leïla. Bien sûr, le lied de Schubert, en version française, qui conclut le disque, est une curiosité qui paraîtra totalement extra-terrestre à l’auditeur du XXIe siècle. En revanche, sans jamais se départir de son élégance de phrasé, Liliane Berton possédait un tempérament de comédienne qui faisait merveille dans l’opérette (écoutez-la dans Véronique  ou dans Ciboulette !). Qu’attend-on – à part un talent comparable au sien – pour nous redonner Isoline de Messager ?

 

 

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