L’art ne cache pas le Fauré

Requiem

Par Frédéric Platzer | jeu 29 Septembre 2011 | Imprimer
 
À première vue, pour le critique bougon, le programme de ce CD est d’une banalité à pleurer ! Le Requiem, la Pavane, l’Élégie pour violoncelle… rien que du déjà-vu, ou plutôt du déjà-entendu des centaines de fois. Pas très folichon a priori. En complément de programme, Virgin Classics nous gratifie du Cantique de Jean Racine et de Super flumina Babylonis, deux œuvres pour chœur et orchestre. Là encore, le Cantique fait partie des pièces bien connues. Franchement, pourquoi se donner la peine de sortir un tel disque quand tout mélomane honnête a déjà la grande majorité de ce programme en deux ou trois exemplaires…
 
Bon, alors quoi, ça y est, il a fini de râler, le critique ? Parce qu’on pourrait lui rétorquer que le motet Super flumina Babylonis voit là son tout premier enregistrement discographique – au demeurant très réussi – et que cette partition est l’œuvre d’un Fauré âgé de dix-huit ans qui l’a écrite comme un travail de fin d’études et qu’elle sonne parfois un peu comme du Brahms qui aurait pris un coup de soleil. Déjà ça, ce n’est pas trop mal.
 
Le critique bougon de continuer : « Et la Pavane ?  C’est sans doute également une nouveauté ? On l’a juste entendue deux mille fois, sans compter les arrangements de variété. » On lui répond, à ce casse-pied, que la version entendue ici est l’originale, celle avec les chœurs et que là aussi, c’est fort bien joué et chanté même si le texte, pourtant en français, n’est pas toujours très compréhensible. Mais cette version est là aussi fort plaisante à entendre.
 
« Et l’Élégie ? » continue notre critique, qui tente encore une attaque. « Ça encore, c’est du rabâché, du réchauffé, du surentendu. » Peut-être, lui répond-on, à cet empêcheur d’écouter en rond, mais cette version est très honnête et Éric Picard lui rend parfaitement justice et ne tombe pas dans le piège de cette partition un tantinet démonstrative qui peut très vite tourner au mièvre. Le premier P.J. (Paavo Järvi) et l’Orchestre de Paris sont très bons.
 
« Et le Requiem ? C’est tout nouveau-tout chaud, peut-être ? » poursuit l’irascible rouspéteur. « Et qu’est-ce que c’est que ce Pie Jesu chanté par un contreténor ? »
Là, il faut bien avouer que notre critique a mis le doigt sur le point qui fâche. On adore Philippe Jaroussky, notre second P.J., sa voix extraordinaire, sa musicalité ainsi que ses talents de comédien mais vouloir interpréter comme il le fait cette page destinée à une voix de garçon et à aucune autre est un choix qui a bien du mal à passer. Dans les passages doux, pas de problème, c’est assez joli, reconnaissons-le. Mais dès qu’il monte un tantinet, sa voix devient aussi tendue qu’une corde à linge et on se demande avec effroi si elle va lâcher ! Rassurez-vous, elle ne lâche pas mais laisse l’auditeur avec une certaine impression de malaise, ce qui est un comble si on se réfère au texte du passage en question qui parle de paix éternelle. Bref, l’idée de départ était sans doute intéressante mais la réalisation n’est pas convaincante pour autant, c’est dommage. Autre sujet de mécontentement : le baryton solo du Libera me, Matthias Goerne pourtant, qui a ici une méchante voix ; un peu plus de velouté n’aurait pas nui. Quant au chœur et à l’Orchestre de Paris, ils sont là encore très bons.
 
Pour conclure, disons que ce disque – carrément un best of de Fauré – vaut essentiellement pour les chœurs, les musiciens et le travail très soigné du chef Paavo Järvi et que ses points faibles sont ses deux solistes vocaux, lesquels empêchent cet enregistrement d’atteindre des sommets.
 
« Et le Cantique ? » demande notre critique bougon ? « Ça vaut quoi, musicalement parlant ? »
Un haussement d’épaule lui a répondu.
 

 

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