La relève Mozartienne

Magic Mozart

Par Jean-Pierre Rousseau | lun 12 Octobre 2020 | Imprimer

Ah que ce disque fait du bien !
Il n’était peut-être pas nécessaire de l’affubler d’un titre et d’une couverture aussi kitsch ni d’expliquer qu’il y aurait chez Mozart trois sortes de magie : noire, blanche et rouge ! Mais on a compris que c’était un projet de spectacle/concert à la Seine Musicale prévu à l’été 2020, puis annulé pour cause de COVID, finalement reporté à l’an prochain.

Il en est résulté un disque dont le programme a été savamment composé par l’imaginative cheffe de l’Insula Orchestra, Laurence Equilbey, avec une « troupe » de chanteurs comme on les formait jadis à Vienne et dans tous les théâtres allemands.

Oui c’est un « best of » d’airs d’opéras de Mozart – La Flûte enchantée, les Noces de Figaro surtout – parsemé de quelques raretés, et oui c’est une totale réussite !

On pourrait chipoter sur le Papageno expressionniste de Florian Sempey qui ouvre le disque, on pourrait souhaiter à Jodie Devos plus de fureur autant dans l’expression que pour sa diction allemande dans le premier air de la Reine de la Nuit, on pourrait attendre des accents plus fermes, des arêtes plus vives dans la direction de Laurence Equilbey, notamment dans les duos et trios, mais on craque devant le Tamino « wunderlichien » de Stanislas de Barbeyrac, la suprême élégance de Sandrine Piau tant dans la Flûte que dans une Comtesse d’anthologie (une première au disque pour elle). La révélation de l’album – on ne parle pas de la « Victoire de la musique classique » acquise en 2017 – c’est Lea Desandre (prononcer Dézandré en roulant le « r » svp, la demoiselle étant aussi italienne que française), idéale comme Cherubino, mais plus encore dans l’air de Barberine du 4èmeacte des Noces. À 27 ans, elle marche sur les traces de son aînée ( ! ) de 7 ans, Marianne Crebassa. 

Le disque s’achève par un « Soave sia il vento » à pleurer : le mariage, l’osmose même, des voix de Sandrine Piau, Lea Desandre et Florian Sempey, la douceur de l’orchestre de Laurence Equilbey, ces adieux de comédie d’une ineffable grâce qui ouvrent sur l’éternité. 

On doit aussi saluer la qualité du travail éditorial : un livret trilingue, des textes savants mais jamais pédants de Laurence Equilbey et Florence Badol-Bertrand, et surtout la totalité des airs chantés (traduits en anglais et en français). Ce « luxe » est devenu assez rare pour qu’on le remarque ici et qu’on en félicite l’éditeur.

 

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