La voix, cet instrument à cordes

Motets napolitains

Par Tancrède Lahary | mar 09 Novembre 2021 | Imprimer

Cet enregistrement entend rendre hommage à trois figures majeures de l’école napolitaine, à l’époque de son apogée au XVIIIe siècle : Leo, Scarlatti et Porpora. Le fil rouge se trouve dans l’attention portée à cette forme typique de l’époque, le motet. Et si l’ambition est de rappeler que Naples a joué le même rôle essentiel que Paris et Vienne durant cette période, le défi est pris très au sérieux puisque nous avons la grande chance d’entendre les premiers enregistrements mondiaux de deux motets de Leo et de Porpora. Cette découverte ne peut qu’ajouter à l’excitation et à l’intérêt, historique, de cet enregistrement.

La composition de cet opus est d’ailleurs très lisible et accessible : trois compositeurs, quatre motets, une forme et une ville, Naples, pour centre et fil conducteur. Si les motets de Scarlatti sont sans doute les plus connus, ceux de Leo et de Porpora constituent une très belle découverte et devaient être immortalisés un jour. Il est d’ailleurs tout à fait palpable que Leo et Porpora ont été les successeurs de Scarlatti.

Anthea Pichanick, qui signe là un merveilleux premier enregistrement sur CD, restitue avec grâce et subtilité ces motets, sans jamais oublier qu’il s’agit là d’une musique d’église. Sa voix de contralto se prête tout à fait au genre, et déploie de belles palettes d'émotions, sachant passer de la vocalise énergique à la douce piété avec une étonnante facilité et toujours la même onctuosité. La chanteuse n’hésite pas à développer une certaine forme de théâtralité, sans jamais verser dans l’opératique.  Comme elle le fait remarquer dans le livret, très bien agencé, la voix est ici traitée comme un instrument comme un autre, qu’il s’agisse de la vélocité des vocalises ou de la sophistication harmonique. Le défi est largement relevé !

L’accompagnement des Accents est au diapason, grâce à l’approche d’un Thibaut Noally attentif à toutes les nuances de la partition, à ses contrastes et à son esprit spirituel qui infuse tout l'enregistrement. L’ensemble, très équilibré, déploie une grande intensité, qui n’est jamais forcée, très souvent contenue, dans une forme de retrait permanent, particulièrement élégant. C’est ainsi un sans faute pour cet excellente (re)découverte du répertoire napolitain, qui répare ainsi un fâcheux et injuste oubli historique !

 

 

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