Quand originalité rime à peine avec exotisme

I Pagliacci

Par Claude-Pascal Perna | mer 07 Septembre 2011 | Imprimer
 
Le label Malibran poursuit la mise en valeur de son catalogue avec un incontournable du répertoire vériste italien: Paillasse - Pagliacci, sous la direction de Jésus Etcheverry. Cet enregistrement studio offre en effet une même sélection bilingue française-italienne d’extraits de l’opéra en deux actes de Ruggero Leoncavallo.
Depuis sa création à Rome en 1892, Pagliacci (à l’origine Il Pagliaccio, puis I Pagliacci) connaît un succès jamais démenti et totalise un nombre record de représentations en Italie, l’œuvre étant traditionnellement couplée avec Cavalleria rusticana. Cheval de bataille des ténors demi-caractère, le rôle de Canio exige un solide instinct de comédien, capable de passer de la réalité du drame à la fiction, au travers d’un large éventail d’émotions.
Le ténor Tony Poncet relève ce défi en campant un Canio insolent à souhait, l’un des meilleurs Paillasse de sa génération, pourtant la concurrence est rude. Véhémence déconcertante, franchise de l’émission, en dépit de quelques faiblesses rythmiques : il est indéniable que le rôle est parfaitement rôdé.
Sa Nedda est Géori Boué, irradiant son chant au travers du prisme d’un phrasé souverain assorti d’une large palette de couleurs. Dans ce répertoire vériste, si l’on excepte quelques duretés dans les passages forte, voici une Nedda plus vraie que nature, brûlante et profondément humaine.
Tonio est chanté par le baryton Adrien Legros, un autre vétéran de la scène lyrique. Sa caractérisation est fouillée, se jouant des difficultés du rôle avec un naturel intrépide. Cela dit, le studio ne rend pas pleinement justice au timbre qui paraît « sec », manquant étrangement d’harmoniques dans le haut medium.
Agréable surprise avec le Beppe vocalement plus sombre que d’ordinaire du ténor Pierre Gianotti, mais petit bémol avec le Silvio de Henri Gui à l’émission occasionnellement engorgée.
Si la direction de Jésus Etcheverry est soignée, elle manque, par endroits, de mordant, particulièrement dans les passages les plus dramatiques de la partition, là où dynamique et nuances pourraient en souligner davantage les paroxysmes. Passons sur la prononciation appliquée et souvent approximative de l’italien : elle ne gâche nullement le plaisir de cette truculente découverte du label Malibran.
Claude-Pascal PERNA
 
 

 

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