Perdre la tête à Paris

Requiems pour Louis XVI et Marie-Antoinette, Cherubini - Plantade

Par Yvan Beuvard | jeu 13 Octobre 2016 | Imprimer

Excellente idée que de coupler le plus célèbre des deux requiems de Cherubini à celui de Plantade, dont c’est la première gravure : Ouvrages de deux contemporains, relatifs aux souverains décapités. Cherubini, qu’appréciait Louis XVI, jouira des faveurs de son frère, Louis XVIII, Charles Plantade, maître de musique de la Chapelle royale jusqu’à la fin du règne de Charles X, laissera inédites des pièces religieuses, sauf ce requiem, et nombre d’ouvrages lyriques réputés sans grand intérêt. Compositeur de romances célèbres en leur temps, son oeuvre religieuse méritait d’être revisitée. « Ces deux messes consacrées aux deux souverains martyrs de la Révolution française se sont mises réciproquement en valeur » écrit Hervé Niquet

Qu’admirer le plus ? La qualité rare du chœur, dès l’Introït du requiem de Cherubini, qualité qui ne se démentira jamais, y compris dans le propre en plain-chant. Ductile, puissant, avec de superbes phrasés, d’une homogénéité parfaite, avec de belles couleurs, c’est bien le premier acteur. La direction proprement inspirée d’Hervé Niquet, communique son émotion, son énergie. Il se passe toujours quelque chose. Les progressions sont stupéfiantes. Il impose une vie, un dynamisme extraordinaires.

Le Dies irae est incisif, bondissant. Tout juste est-on surpris que la prise de son ne valorise pas davantage les trombones et les percussions, quelque peu en retrait. Retenons la double fugue du Quam olim Abrahae, prise dans un tempo allant, sans jamais perdre sa lisibilité ni sa puissance, qui nous emporte dans son vaste mouvement. Le Pie Jesu, où les vents accompagnent et dialoguent avec les voix, est une page touchante, au lyrisme contenu. Les contrastes accusés du Sanctus sont rendus avec toute la tension et la ferveur souhaitables. 

De Plantade, la Messe de requiem à grand orchestre, fut donnée en 1823, à l’occasion du trentième anniversaire de la mort de Marie-Antoinette sur l’échafaud. Berlioz, observateur infatigable, dont on connaît la plume et l’acuité, n’en dit rien, et ne signale Plantade (le compositeur, car le fils fut facteur de pianos) qu’à l’occasion des funérailles de Boieldieu, auxquelles fut joué le Requiem de Cherubini. Plantade figurait dans la délégation des membres de l’Institut. Inscrit dans l’air du temps, post-mozartien, avec le tam-tam et des effets empruntés aux fresques révolutionnaires, ses ostinati et ses chromatismes expressifs, l’Introït ne manque pas de grandeur. Un Kyrie beaucup plus conventionnel, un ample Graduel que l'on écoute sans déplaisir, dont le Dies irae surprend par son introduction forte puis par sa rythmique, où seule l'élégance occulte les effluves de la valse, le Sanctus puissant et tumultueux, c'est remarquablement écrit. On pourrait sans peine qualifier de berliozienne l’interprétation passionnante d’Hervé Niquet à la tête de ses troupes, tant elle est vigoureuse, tant  elle donne de relief à une partition intéressante, mais, comme l’écrit Fétis à propos de Plantade, « on eût désiré plus de fermeté dans le style, et plus d’originalité dans les idées ».   

Hervé Niquet, après avoir renouvelé la lecture et la discographie du Requiem de Cherubini, nous révèle ici une oeuvre représentative de cette incertaine Restauration, dont le langage musical marqué par un certain romantisme, préfère regarder le passé. La mise en perspective, lumineuse, rédigée par Alexandre Dratwicki, précédée d’un texte concis et vivant d’Hervé Niquet, constitue la meilleure introduction à l’écoute.

 

 

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