Rouge Baiser

Tosca

Par Catherine Jordy | dim 19 Décembre 2010 | Imprimer
Le Metropolitan n’avait pas proposé de nouvelle production de Tosca depuis celle de Franco Zeffirelli, il y a de cela 25 ans. On imagine bien que pour se démarquer du faste de l’assistant de Visconti, il fallait quelque chose de plus sobre. Luc Bondy s’est attaché à enlever tout le décorum romain pour une mise en scène épurée dans des décors passablement dépouillés aux dégradés monochromes. Sant’Andrea della Valle devient un mur de briques très new-yorkais aux tons ocres assez clairs, le palais Farnèse est rouge sang dans une ambiance terne ; quant au château Saint-Ange, il est noyé dans une atmosphère bleuâtre tellement sombre qu’à l’annonce du « Già sorge il sole ! » (le soleil se lève), on se prend à rêver que l’éclairagiste agisse et nous donne du lux… Peut-être est-ce lié à la qualité de l’image du DVD, assez moyenne, ou sans doute faut-il regarder les captations du Met sur un écran de cinéma pour en profiter pleinement. Dommage que cette lumière déficiente nous empêche de profiter pleinement des costumes de Milena Canonero, vraiment somptueux. Heureusement qu’entre chaque acte – c’est devenu une habitude au Met – Susan Graham nous emmène backstage pour rencontrer les chanteurs tout juste sortis de scène mais aussi la costumière. Pendant que la mezzo, parfaite en entertainer complice, nous rappelle que Milena Canonero a déjà travaillé sur Barry Lyndon et Marie-Antoinette (mais aussi Out of Africa et beaucoup d’autres…), on a tout le loisir d’admirer la splendeur écarlate de la robe portée par Floria Tosca quelques courts instants.
 
La mise en scène toujours proche des versions de référence de Tosca, se détache cependant des didascalies habituelles (la « cérémonie » des chandeliers autour du cadavre de Scarpia accomplie par Sarah Bernhardt et reprise par Maria Callas à Covent Garden dans la production de… Zeffirelli, par exemple). Les longues séquences musicales pucciniennes permettant ces jeux de scène ne sont donc pas mises à profit la plupart du temps, ce qui laisse perplexe. Au palais Farnèse, Scarpia est entouré d’hétaïres qui semblent tout droit sorties du film Caligula et surprennent dans cette Rome de 1800 habillée de mobilier 1930. Les grandes cartes sur le mur rappellent le Dictateur, sans le génie poétique et critique de Chaplin. Tosca hésite à se jeter par la fenêtre un acte trop tôt, d’ailleurs, ce qui anticipe son saut de l’ange, lequel tarde à venir dans la scène finale.
 
Si l’ambiance créée ne surprend pas vraiment, la direction d’acteurs, elle, est spectaculaire. Les chanteurs habitent leurs rôles puissamment, Karita Mattila en tête. Hystérique et insupportable à souhait dans le premier acte, paniquée mais déterminée ensuite, son jeu peut à peu près soutenir la comparaison avec celui de l’incomparable Maria Callas, et ce n’est pas là le quart d’un compliment. Au sortir du deuxième acte, Karita Mattila est interviewée haletante, tremblante d’énervement, pleinement dans le rôle : ce moment d’intimité volée est particulièrement émouvant. Vocalement, la soprano finlandaise parvient, malgré tout, à nous convaincre : technique assurée et accents charnus, les aigus sont cependant difficiles, notamment le final du « Vissi d’arte », mais l’essentiel est là. Marcelo Álvarez se fond avec le personnage de Cavaradossi. Ses effets sont parfois un peu appuyés, à la limite du cabotinage, mais le ténor est vaillant et la beauté de la voix évidente. George Gagnidze semble parfaitement à son aise dans le rôle de Scarpia qu’il habite avec une délectation toute visible. Du côté de la voix, les graves sont amples, les aigus un peu serrés. L’ensemble est assez homogène. Le reste de la distribution est crédible et satisfait l’oreille sans être jamais transcendant.
 
C’est là tout le problème de cette nouvelle version : la mise en scène ne se distingue ni par l’originalité ni même – et c’est plus grave – par la cohérence. La distribution des rôles convainc sans s’imposer durablement. Ce DVD peut séduire les aficionados de Puccini qui veulent tout avoir, mais ne s’avère sans doute pas indispensable pour les autres. L’édition, quant à elle, laisse à désirer : les séquences backstage sont en anglais sans sous-titres et le bonus voisine très généreusement les deux minutes. On peut aussi juger sur pièces et aller voir cette production au Met avec une nouvelle distribution ces jours-ci…
 
Catherine Jordy
 

 

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