Inutiles regrets

Stabat Mater, Rossini (Alberto Zedda)

Par Christophe Rizoud | mer 29 Novembre 2017 | Imprimer

 

Avoir vécu en direct le Stabat Mater dirigé par Alberto Zedda reste une expérience inoubliable. La connaissance intime qu’avait le Maestro de la musique de Rossini n’est plus à démontrer. Il fut un des artisans de cette renaissance qui amena au tournant des années 70 la lyricosphère à réviser son jugement sur un catalogue d’œuvres que l’on avait alors réduit au seul Barbier de Séville. Le Stabat Mater, partition pourtant vilipendée par Wagner, avait échappé à cette mise en quarantaine. De multiples versions en témoignent, servies par les chanteurs et les chefs d’orchestre les plus prestigieux. Aucun cependant ne nous semble avoir résolu avec autant d’acuité le problème posé par une musique que l’on a dit plus lyrique que sacrée. Seul Alberto Zedda, pour autant que nous ayons pu en juger par trois fois en concert, parvenait à obtenir cet impossible compromis entre or et encens avec une lecture culminant dans une double fugue finale apocalyptique où passait le souffle de Dieu, lecture d’autant plus mystique que sa battue, large et implacable, était théâtrale – paradoxe étonnant.

Ce miracle ne saurait se reproduire dans l’intimité de son salon, fût-il cathédrale, mais tout au moins en retrouve-t-on la formidable impression à l’écoute de l’enregistrement capté live à Anvers en janvier 2011 et diffusé aujourd’hui par le label Dynamic. Certes, il existe au sein de la généreuse discographie du Stabat Mater orchestre plus profus que celui de l’Opera Vlaanderen. Surtout les chœurs largement mis à contribution ont tendance à s’égarer, dépassés peut-être par la somme d’intentions à laquelle ils sont confrontés.

Il existe aussi des solistes dont les noms brillent davantage au firmament mais aucun des chanteurs réunis ici n’est hors de propos et tous sont au diapason, en communion profonde avec la partition, sans volonté de tirer la couverture à eux. Cet équilibre n’est pas le moindre des atouts lorsque les timbres doivent se confondre et se répondre dans des numéros à deux ou quatre voix.

Les airs les plus démonstratifs sont affrontés crânement tant par Serena Farnocchia dont le soprano ardent défie le châtiment infernal de l’« Inflammatus » que par Ismael Jordi qui ne ténorise pas son « cujus animam » mais au contraire l’aborde avec une simplicité propre à le débarrasser de tout ce qui peut sembler vulgaire dans cette marche au pas carré. Anna Bonitatibus met au service de la cavatine « Fac, Ut Portem »une voix chaleureuse au vibrato consolateur tandis qu’Alex Esposito, autre interprète rompu au chant rossinien, gronde le « Pro peccatis » avec autant de conviction qu’il dialogue ensuite avec le chœur dans un « Eja Mater Fons Amoris » menaçant.

Envisagée à la manière d’une ascension spirituelle zébrée d’épreuves, l’interprétation culmine comme attendu dans la sensationnelle double fugue finale où Alberto Zedda, d’abord d’une main lente et lourde puis de plus en plus inflexible, déchaine les éléments, nous laissant le vif regret de ce qui fut et ne sera plus.

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