De la transcription aujourd'hui

Still Schubert (Cypres)

Par Alexandre Jamar | jeu 15 Août 2019 | Imprimer

Arranger les œuvres de ses prédécesseurs en les adaptant à son propre langage ne date pas d’hier. Si Franz Liszt en fut probablement l’exemple le plus prolifique (ce avec plus ou moins d’intérêt selon qu’il s’agit d’un arrangement, d’une transcription ou d’une grande paraphrase de concert), la pratique est toujours bien vivante aujourd’hui : Sciarrino et Gesualdo, Abrahamsen et Schumann, Zender et Schubert, etc.

Le compositeur belge Jean-Luc Fafchamps propose à son tour de revisiter quelques œuvres vocales du compositeur de lieder par excellence. Plutôt que de proposer une esthétique frontalement contemporaine, il privilégie un glissement progressif du langage classique vers son esthétique propre, par déformation de l’harmonie, du rythme, ou par ajout de techniques de jeu inhabituelles. On notera le soin apporté dans l’appellation de chaque travail de réécriture : « transcription », puis « transcription légèrement modifiée », « arrangement », « transformation » et enfin « d’après une idée de Schubert ». L’exercice de contamination fonctionne très bien, et, pour l’observer d’encore plus près, on n’aurait certainement pas boudé quelques lieder supplémentaires.

On ne peut pas réellement en vouloir à Albane Carrère de ne pas convaincre pleinement dans cet exercice. Le timbre frais porte avec lui beaucoup de promesses, que quelques imperfections viennent entacher : l’allemand n’est pas toujours très soigné, et la chanteuse ne semble pas toujours à l’aise dans le registre médian. On aurait également souhaité des propositions musicales moins timides : la langueur amoureuse de « Gretchen am Spinnrade » n’aboutit pas pleinement, et « Du bist die Ruh » nous apparaît un peu pesant. Gageons que la voix et la personnalité musicale sauront se révéler pleinement dans les années à venir.

La première partie de l’enregistrement a le mérite de nous donner à entendre le quatuor Alfama dans une Jeune fille et la Mort qui ne manque d’aucune poigne. Privilégiant la précision d’attaque à un son qui aurait été trop confortable, les musiciens nous emmènent dans une course à l’abîme surprenante.

 

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