Verdi réussit à Semyon Bychkov

Requiem

Par François Lesueur | jeu 16 Octobre 2008 | Imprimer
Gravé il y a tout juste un an à Cologne, cette Messe de Requiem de Verdi n'a sans doute pas été choisie au hasard. Elle vient en effet sceller et célébrer la décennie que vient de passer Semyon Bychkov à la tête du Sinfonieorchester de la ville, dont il est chef permanent. Si cette nouvelle lecture ne prétend pas rivaliser avec les versions légendaires qui l'ont précédée, de Toscanini, à Abbado en passant par de Sabata, Giulini ou Muti, la confiance, la respiration, l'intimité qui lient les musiciens à leur maestro est suffisamment rare pour ne pas être immédiatement saluée.
Bychkov, jamais péremptoire, privilégie la symbiose entre une pensée claire, toujours fluide et la restitution que peuvent en donner ses pupitres, parvenant à imprégner cette partition toute tournée vers le mystère de la mort, de lumière et d'une certaine quiétude. Fidèle à l'esprit dans lequel Verdi composa cette messe, Bychkov n'est ni sobre, ni triste, ni austère. Son geste est ferme, le tempo résolument vif, généralement allant (à l'exception du "Lacrymosa", justement retenu) et ce dès le "Requiem aeternam" sans apitoiement, cherchant toujours à exposer les thèmes sans précipitation, à souligner leur composition, à faire surgir certains instruments, à relever un détail pour éviter qu'il ne se fonde dans la masse orchestrale.
Glissements harmoniques "Domine Jesu", fanfares "Tuba mirum", accords puissants tout droit sortis d'un opéra, théâtralité assumée du "Dies irae", Bychkov tient ses troupes de bout en bout, s'engage avec elles, s'emporte, s'ébroue, se fait discret, présence à la fois invisible et démiurgique. On admire également le travail accompli sur les choeurs, d'une précision sans faille, dont chaque voix semble habitée et portée par un seul et même souffle.
Si sur le papier le quatuor vocal peut paraître séduisant, il s'avère à l'écoute en deçà de nos attentes. La voix de Ramon Vargas apparaît bien anguleuse, manque d'italianita, de chaleur, d'aisance et ne sort véritablement de sa réserve qu'au moment de l'"Hostias" ; difficile de faire oublier le panache et la générosité de Giuseppe di Stefano (EMI 1954 De Sabata). Malgré ses efforts et son application, Ferruccio Furlanetto peine à masquer l'usure de ses moyens et sa ligne vocale râpeuse est proche de celle d'un second couteau. Mis à mal dans le "Confutatis maledictis" hors de sa portée, le chanteur lutte pour ne pas laisser traîner sa voix en recourant à de désastreux coups de glotte, qui ne redressent qu'artificiellement l'édifice et pour peu de temps.
Violeta Urmana, autrefois alto, semble satisfaite de sa reconversion. Est-ce pour autant la soprano idéale? Pas sûr. Mezzo-soprano, sa voix large aux reflets fauves lui donnaient une personnalité, une singularité. Aujourd'hui le legato n'est pas toujours assuré, le souffle s'épuise rapidement, certains aigus plafonnent (ut du "Salva me") et les couleurs se cherchent. Si l'artiste réussit à s'imposer dans le périlleux "Libera me", elle ne parvient au final qu'à donner le change, sans révéler une nature héroïque, ou verdienne. On applaudirait sans doute si Mesdames Schwarzkopf, Scotto, ou Varady n'avaient pas marquées cette partition, mais voilà Violeta Urmana arrive après elles.
Voix épaisse, ligne placide, Olga Borodina a souvent déçu par la passé, lancée trop vite sur le marché, pour répondre aux injonctions de son mentor Valery Gergiev ; avec le temps l'instrument s'est bonifié, a trouvé sa place, son espace, sans que la cantatrice n'ait à se plaindre d'avoir perdu en grave ou en aigu. Concentrée, à l'écoute d’un chef attentif, elle livre ici un très beau "Lacrymosa".
François Lesueur

 

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