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Cinq questions à Marie-Laure Garnier : « Wagner est un idéal et un horizon »

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Interview
18 décembre 2025
Grand Prix du Concours des Voix d’Outre-mer en 2019, Révélation Lyrique aux Victoires de la Musique en 2021, Marie-Laure Garnier est une valeur montante du chant français, promise à un très bel avenir.

Chaleureuse, généreuse et volubile, la jeune chanteuse illumine de sa voix parlée ses interviews. Et bien sûr toutes ses incarnations scéniques et récitals sont l’occasion de vivre un miracle renouvelé, celui d’une voix chantée d’un métal précieux et d’une beauté incomparable, qui ravit les esprits et les cœurs. Arrivée très jeune à Paris de sa Guyane natale, très consciente de ce qu’elle vaut et de ce qu’elle veut aujourd’hui, Marie-Laure Garnier a bien voulu se soumettre à notre rituel en cinq questions.

Comment décririez-vous votre propre voix de soprano lyrique ?

J’ai une voix très longue, aux aigus puissants, aux graves chaleureux et au médium moelleux, me dit-on souvent. Ce que je sais, c’est que je peux passer du répertoire de musique de chambre à l’opéra, de la musique contemporaine au grand répertoire, de façon très aisée. J’ai la chance d’avoir une voix très solide, très endurante, je peux donc travailler beaucoup, chanter longtemps sans être fatiguée – grâce à une hygiène de vie rigoureuse.

Vous vous définissez comme une artiste engagée. Que cela signifie-t-il pour vous ?

J’ai un profil polyvalent car je suis une artiste qui fait carrière, mais avec la volonté chevillée au cœur de transmettre mon art. J’ai toujours été active en me vouant dès mes débuts à des activités socio-culturelles pour atteindre des publics éloignés. J’ai donné beaucoup de concerts solidaires avec des chœurs. Il s’agit aussi pour moi de donner du temps, de l’énergie, de la voix à des personnes qui ont envie de chanter sans forcément en faire leur métier. J’ai toujours à l’esprit que la musique est un merveilleux vecteur de lien social, mais aussi un chemin vers les êtres et les âmes. C’est donc dans ces activités non directement reliées à ma carrière et à mon milieu professionnel que je me sens « engagée ». J’ai également accompagné de jeunes chanteurs d’outre-mer. Venant de Kourou, en Guyane, c’est extrêmement important pour moi de revenir à la source, parce que de nombreuses personnes se sentent appelées par le chant lyrique hors de la Métropole. Et nous n’avons pas toujours eu les bons interlocuteurs pour les accompagner. Je suis retournée cinq ou six fois cette année là-bas afin de donner des master-classes. Et avec le projet Carmen mené par les Voix des Outre-mer auquel je collabore puisque j’ai chanté le rôle titre, nous, chanteurs professionnels, épaulons les artistes en devenir. Il faut évidemment qu’il y ait plus d’artistes ultramarins sur les scènes internationales. C’est une des missions du Concours des Voix d’Outre-mer, et nous en serons à la quatrième production pour la saison 2027-28.

Quels sont vos projets ?

Nous venons de donner des récitals conçus avec ma complice de toujours, Célia Oneto-Bensaid, avec qui je forme un duo depuis bientôt quinze ans. Ce projet, « Songs of Hope » est né au moment où l’on parlait beaucoup de violences policières aux Etats-Unis. Nous avons voulu proposer un programme à notre image : deux jeunes trentenaires venant de lieux géographiques et de culture sensiblement différents, une femme noire et une femme blanche unies comme les doigts de la main grâce à la musique et à notre amitié qui date du conservatoire ! Bref ces récitals qui se donnent partout en France et en Europe entendent diffuser un message d’amour, de paix, d’espoir et de lumière – d’autant plus que l’actualité internationale est bien sombre. Nous continuons de participer également au grand œuvre d’Héloïse Luzzatti, La Boîte à pépites, qui fait entendre la voix c’est-à-dire les œuvres de compositrices méconnues, voire inconnues.

En 2026, quels sont les rôles que vous attendez avec le plus d’impatience ?

En 2026, plusieurs événements me tiennent à cœur. Il y a d’abord la reprise des Ailes du désir d’Othman Louati. Cet opéra a la particularité d’avoir été composé pour ses interprètes. J’ai créé et je chanterai à nouveau le rôle de Damielle, qui exige une tessiture assez longue dans les aigus comme dans les graves. C’est une très belle œuvre créée sur la Scène Nationale Le Bateau Feu à Dunkerque et qui revient en février à l’Opéra Clermont-Auvergne puis à l’Athénée. J’ai hâte également de créer le rôle de Circé dans le mélodrame lyrique éponyme de Benoît Menut en mars à la Philharmonie de Paris. Nous nous connaissons bien car j’ai souvent chanté sa musique. En mars j’aurai le plaisir de retrouver toute l’équipe emmenée par Shirley et Dino dans le Platée de Rameau à l’Opéra Royal de Versailles ; enfin, il y aura le rôle sublime de Serena dans Porgy and Bess en juin au Théâtre des Champs-Elysées, une production réunissant les Grandes Voix et les Voix d’Outre-mer.

Quels rôles envisagez-vous dans le futur ?

En ce moment j’envisage des rôles auxquels je ne pensais pas forcément quand j’ai débuté ou quand j’étudiais le chant. Je me sens maintenant appelée par le rôle de Santuzza dans Cavalleria Rusticana de Mascagni. Mais j’ai aussi envie de chanter encore souvent le rôle de Carmen, car j’aime profondément son théâtre, je veux goûter à des mises en scène variées. Je songe aussi à Concepcion dans L’Heure espagnole et au personnage de Didon dans l’œuvre de Purcell. Beaucoup plus tard, j’aimerais que viennent dans ma carrière le rôle de Didon dans Les Troyens de Berlioz, et pour la comédie, le rôle titre de La Grande Duchesse de Gerolstein. Enfin je vise bientôt le rôle de Kundry dans Parsifal. Je porte au plus haut dans mon idéal la musique de Wagner et je sais intimement que je suis faite pour ce rôle. Quand je chantais Gerhilde au Capitole, je partageais la scène avec de grandes voix wagnériennes, je ressentais l’énergie qui émanait de ce spectacle et je me suis dit que c’était le but de ma vie de revivre cela. Wagner est un idéal et un horizon, mais en attendant de suivre le chemin vers ses plus beaux opéras comme Tristan et Isolde, il me faut respecter ma voix et procéder par étapes. Mais je m’y prépare.

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