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	<title>Luciano BERIO - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Luciano BERIO - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>Luciano Berio : pour Verdi, contre Puccini</title>
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		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Oct 2025 06:28:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À l’occasion du centenaire de la naissance de Luciano Berio (1925-2003), les Éditions de la Philharmonie publient pour la première fois en français l’intégrale des écrits sur la musique du compositeur, sous la direction d’Angela Ida De Benedictis et avec un texte introductif d’Umberto Eco. Ce volume réunit essais, conférences et articles où se déploie &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’occasion du centenaire de la naissance de Luciano Berio (1925-2003), les Éditions de la Philharmonie publient pour la première fois en français l’intégrale des écrits sur la musique du compositeur, sous la direction d’Angela Ida De Benedictis et avec un texte introductif d’Umberto Eco. Ce volume réunit essais, conférences et articles où se déploie la pensée d’un créateur majeur du XXe siècle, curieux de tout — de Monteverdi aux Beatles, de la théorie à l’écoute.</p>
<p>L’opéra occupe une part non négligeable de ces écrits, Puccini par exemple auquel Berio reconnaît un sens dramatique et musical unique mais dont il regrette qu’il soit devenu objet de culte et de commerce – « ce n’est pas comme Verdi – pour m’en tenir à l’opéra italien –, qui continue toujours d’une manière ou d’une autre à me concerner ».</p>
<p>Parution le 6 novembre 2025 (<a href="https://librairie.philharmoniedeparis.fr/ecrits-compositeur-ice/ecrits-sur-musique">plus d&rsquo;informations</a>)</p>
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		<item>
		<title>BERIO, Folk Songs &#8211; Colmar (Festival)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berio-folk-songs-colmar-festival/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Jul 2025 03:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour conclure cette dernière édition du vénérable Festival dont il a pris les rênes il y a trois ans, Alain Altinoglu réunit autour de son piano, ou de son pupitre, outre son épouse, huit de ses amis pour un programme particulièrement original (1). Du bien connu Tzigane, de Ravel, à la création d’une commande du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour conclure cette dernière édition du vénérable Festival dont il a pris les rênes il y a trois ans, <strong>Alain Altinoglu</strong> réunit autour de son piano, ou de son pupitre, outre son épouse, huit de ses amis pour un programme particulièrement original (1). Du bien connu <em>Tzigane</em>, de Ravel, à la création d’une commande du festival, ce sont huit œuvres qui nous sont offertes, rares au concert, voire inconnues. Chacune d’elle a été choisie en relation avec des sources populaires, d’origines, de couleurs et de caractères différents. Le public sera séduit, conquis, et, à regret – quelles qu’en soient les rares qualités – nous ne détaillerons pas les œuvres instrumentales, puisque c’est avant tout pour les <em>Folk Songs</em> que nous sommes venus à Colmar.</p>
<p>Apparemment loin des générations précédentes, de Canteloube (bien qu’il ait déjà arrangé les trois chansons françaises du recueil), de Maurice Emmanuel et autres folklorisants de talent, sinon de génie, Berio, « pour rendre hommage à l’intelligence vocale de Cathy Berberian&#8230; » écrit à son intention, en 1964, ces <em>Folk Songs</em>, « sorte d’anthologie formée par 11 chants populaires [&#8230;] interprétés rythmiquement et harmoniquement » (2). Pour faire court, rappelons que la chanteuse, alors mariée au compositeur, et disparue prématurément, a été autant une fabuleuse Messagère (dans <em>l’Orfeo</em> dirigé par Harnoncourt) qu’une prodigieuse interprète et promotrice de la musique vocale la plus audacieuse de la seconde moitié du XXe S (de Berio, <em>Sequenza III</em>, <em>Stripsody</em> etc., de Cage, de Bussotti). Un peu comme Jacqueline Dupré et Daniel Barenboim, Luciano Berio et Cathy Berberian formèrent un des couples les plus attachants de la musique. Ils auraient eu cent ans cette année (3). Le programme a été conçu pour réunir tous les interprètes, à la fois dans ces <em>Folk Songs</em>, comme dans la création qui suivra.</p>
<p>Depuis plus de dix ans,<strong> Nora Gubisch</strong> a inscrit les <em>Folk Songs</em> à son répertoire. Elle les a enregistrés avec son mari en un remarquable album (pour Naïve). Evidemment elle les chante par cœur, et se délecte des textes, quelle qu’en soit la langue. La voix est ample, chaude, égale, et – surtout &#8211; le bonheur de chanter manifeste, communicatif. A la harpe, fidèle accompagnatrice, vont s’associer tel ou tels instruments, en fonction du texte et des couleurs requises, pour des textures résolument modernes qui s’accordent à la fréquente modalité des mélodies. Si la partition fourmille d’indications techniques encadrant l’interprétation, jamais celle-ci n’apparaîtra corsetée : c’est au contraire la liberté que l’auditeur retient, comme si l’improvisation gouvernait le tout. Enchaînées, les onze chansons forment un authentique ensemble, et, à l’égal d’un cycle, interagissent. Il faudrait tout citer&#8230; Le <em>Ballo</em> (Italie) endiablé, avec son articulation instrumentale de la voix, est un bonheur (il sera repris en guise de bis). La plainte poignante du <em>Motettu de tristura</em> (Sardaigne) et ses effets singuliers de la harpe, de l’alto et du violoncelle, le chant lancinant nous émeuvent. La jovialité malicieuse et dansante de <em>Malurous qu’o uno fenno</em>, le petit bijou de <em>Lo fiolaire</em> et ses « lirou, la diritou » coquins, tout prépare l’ultime pièce, un chant d’amour d’Azerbaïdjan, cher à sa dédicataire et créatrice, Cathy Berberian. La complicité chaleureuse des interprètes, l’engagement total de la soliste n’appellent que du bonheur ému. Empruntons au programme de salle : « &#8230; Tout un théâtre sonore au service d’une voix caméléon, qui passe du murmure à la plainte, du cri brut à la tendresse suspendue ». Tout est dit.</p>
<p>Toute création suscite chez l’auditeur à la fois une attention redoublée et la recherche de références – œuvres antérieures du compositeur, écriture etc. – qui induisent une sévère concentration. Ce soir, rien de tel. <em>Cinege madar</em> – commande du Festival – due au clarinettiste-compositeur Raphaël Sévère, relève pratiquement du théâtre musical.  La mélodie simpliste qu’émet tout d’abord la chanteuse trouve son écho dans le gag : semblant perdue dans sa partition, elle cherche vainement à interrompre les musiciens et le chef&#8230; La fantaisie hilarante, voire loufoque, qui préside au jeu de chacun – au plein sens du terme – ne doit cependant pas occulter l’écriture soignée de la pièce. Empruntant à tous les répertoires, à tous les styles, de la musique traditionnelle au jazz, au rock, à la musique savante du dernier siècle, elle entrelace efficacement ses sources d’inspiration. Si l’inculture du rédacteur en matière de musiques de variétés et de rock lui interdit d’identifier la plupart des citations ou allusions que le compositeur a invitées à dessein, le public ne s’y trompe pas, qui adhère pleinement à la démarche. A savourer et à méditer !</p>
<pre>(1) Le programme est intitulé « Carte blanche à Alain Altinoglu ». Leonard Bernstein, Daniel Barenboïm, dans l’esprit desquels s’inscrit son action, et bien d’autres, pratiquèrent cette formule, un peu oubliée, porteuse d’un esprit complice, intime et chaleureux. 
(2) Dont deux « populaires dans l’intention », composés par Berio. 
(3) <em>Opéra Magazine</em>, dans son numéro de juillet-août (pp.28-31) rend un bel hommage à Cathy Berberian.</pre>
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		<item>
		<title>Berio To Sing (harmonia mundi)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/berio-to-sing-harmonia-mundi-the-cries-of-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Jul 2021 04:09:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au cœur d&#8217;un XXe siècle pétri de querelles de chapelles, il était risqué de se frayer un chemin comme compositeur vocal. On tirait volontiers sur l&#8217;opéra, sur la musique chorale, et sur la voix (lyrique) en général, n&#8217;y voyant que reliques d&#8217;un XIXe bourgeois dont il était bon de faire table rase. Le courage de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au cœur d&rsquo;un XXe siècle pétri de querelles de chapelles, il était risqué de se frayer un chemin comme compositeur vocal. On tirait volontiers sur l&rsquo;opéra, sur la musique chorale, et sur la voix (lyrique) en général, n&rsquo;y voyant que reliques d&rsquo;un XIXe bourgeois dont il était bon de faire table rase. Le courage de Berio aura probablement été d&rsquo;être resté fidèle à la voix humaine, et plus encore au chant.<br />
	L&rsquo;enregistrement des <strong>Cris de Paris</strong> consacré à sa production vocale embrasse la plupart des facettes du Berio lyrique, de la pierre fondatrice qu&rsquo;est la <em>Sequenza III </em>jusqu&rsquo;aux pastiches des Beatles.</p>
<p>Guest star de cet enregistrement, <strong>Lucile Richardot</strong> a les épaules pour marcher sur les pas de Cathy Berberian. En témoigne cette stupéfiante <em>Sequenza III</em>, où la chanteuse française se plaît à nous montrer l&rsquo;étendue de ces moyens vocaux et expressifs. Si la musique vocale contemporaine pouvait être servie tous les jours ainsi, le monde serait certainement plus en paix.<br />
	Certes, Richardot n&rsquo;est pas non plus Berberian : alors que la seconde est assurément mezzo, la première penche davantage vers le contralto (qu&rsquo;elle nous pardonne si ce n&rsquo;est pas le cas). Aussi, quelques passages des <em>Folk Songs</em> la retranchent malgré elle dans une tessiture moins confortable (« Ballo », « Lo fiolaire » et même « Loosin Yelav »). A l&rsquo;inverse, le timbre moiré de sa voix se prête idéalement aux pages les plus chaleureuses, telles que « Motettu di tristura » et « Alla femminisca ». <strong>Geoffroy Jourdain</strong> mêne l&rsquo;ensemble instrumental de main de maître, révélant la savoureuse synthèse entre tradition et exploration qui caractérise Berio.</p>
<p>Moins connus mais tout aussi savoureux, les <em>Cries of London </em>rendent hommage aux barbershop choirs pour lequels Berio s&rsquo;était pris d&rsquo;affection (la pièce est écrite pour les Swingle Singers). Dans un kaléidoscope urbain, le chant se mêle tout naturellement au cri, à la parole et aux murmures. Entre Jannequin et Berio, la boucle et bouclée puisque les Cris de Paris ne pouvaient pas passer à côté d&rsquo;une pièce aussi proche de leur ADN musical. Ici encore, précision et justesse d&rsquo;intonation sont à saluer, mais la prestation va bien au-delà : c&rsquo;est un festival de chant sous toutes ses formes que l&rsquo;on nous donne à entendre (vivement les <em>Canticum novissimi testamenti</em>) !</p>
<p>Quelques pages plus rares complètent habilement cet enregistrement. Un arrangement de <em>Michele</em>, puisque Berberian se faisait une joie d&rsquo;inclure cette musique dans ses récitals, mais aussi <em>E si fussi pisci</em>, ravissante chanson d&rsquo;amour sicilienne qui conclut malicieusement ce bel enregistrement.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; color: rgb(0, 0, 0); font-size: medium;"> </p>
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		<title>Geoffroy Jourdain : Du madrigal à Berio, l&#8217;amour de la voix</title>
		<link>https://www.forumopera.com/geoffroy-jourdain-du-madrigal-a-berio-lamour-de-la-voix/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Apr 2021 05:47:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Geoffroy Jourdain propose ces jours-ci avec l’ensemble qu’il a créé en 1999, Les Cris de Paris, et avec Lucile Richardot un nouveau projet discographique consacré à Luciano Berio et intitulé Berio to Sing. On a le sentiment qu’avec les deux précédents albums parus chez Harmonia Mundi, Melancholia, superbe panorama de madrigaux italiens et anglais, et &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Geoffroy Jourdain propose ces jours-ci avec l’ensemble qu’il a créé en 1999, <a href="https://www.lescrisdeparis.fr/">Les Cris de Paris</a>, et avec Lucile Richardot un nouveau projet discographique consacré à Luciano Berio et intitulé <em>Berio to Sing</em>.<br />
	On a le sentiment qu’avec les deux précédents albums parus chez Harmonia Mundi, <em>Melancholia</em>, superbe panorama de madrigaux italiens et anglais, et <em>Passions</em>, florilège non moins merveilleux de musiques sacrées de Venise entre 1600 et 1750, celui-ci vient poursuivre une conversation, qu’ils ne sont pas isolés chacun dans son monde musical. Quel en serait le point commun ou le fil rouge ? Réponse de Geoffroy Jourdain et dialogue autour de Berio, du « folklore imaginaire », du chant choral et du plaisir de créer pour le disque.</strong></p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/223247.jpg?itok=DOEYQfm2" title="© Harmonia Mundi" width="468" /><br />
	© Harmonia Mundi</p>
<p>J’essaie en effet que mes projets ne soient pas des choses isolées, qui se concurrencent entre elles, mais qu’ils s’inscrivent dans une perspective au long cours. Quand on est interprète, on n’est pas dans la situation du plasticien ou du compositeur qui élaborent une œuvre, mais il y a quand même un peu de cela, l’idée de creuser un sillon. Alors quel est le point commun ? Peut-être le fait qu’ils soient un peu gigognes, qu’ils s’emboîtent l’un dans l’autre, le troisième n’aurait pas pu être pensé s’il n’y avait pas eu le deuxième, qui s’enchaînait sur le premier. Mais l’autre point commun, c’est la voix, l’amour de la voix. Et je suis heureux que celle de<strong> Lucile Richardot</strong> soit au centre de ce disque. Il faut dire qu’elle et moi, on se connaît depuis notre adolescence. Nous chantions ensemble aux Petits chanteurs d’Epinal sous la direction d’Alain Bérat, et c’est une idée de Christian Girardin d’Harmonia Mundi de susciter des retrouvailles trente ans plus tard ! Nous n’avions pas travaillé ensemble depuis qu’elle est chanteuse professionnelle, sauf à l’époque où je dirigeais le chœur de l’Orchestre de Paris, dont elle a fait partie une ou deux saisons.</p>
<p>Et puis en arrière-plan de ce disque il y a l’amour de l’Italie, même si sur <em>Melancholia</em>, l&rsquo;Angleterre était très présente avec des madrigaux de Byrd, de Wilbye, de Gibbons ou de Weelkes.</p>
<p>Enfin il y a aussi le fait que ces disques ont été pensés comme des albums, ce qui ne se fait pas trop dans la musique classique. Je ne ferais certainement pas de tels programmes au concert. Je sais bien que les plates-formes de téléchargement vont extraire des plages séparées, mais il y a l’ambition de raconter une histoire de 60 ou 70 minutes et d’essayer de développer une idée uniquement à l’audio. Et justement, et c’est important puisque nous parlons de disques, et notamment ici de la mise en place des <em>Folk Songs</em> de Berio, il y a la rencontre d’Alban Moraud, qui est le directeur artistique, le preneur de son et le mixeur de ces trois albums.<strong>…</strong></p>
<p><strong>Des albums-concepts comme <em>Sgt Pepper</em> ou <em>Atom Heart Mother</em>, ce qui rappelle que vous avez commencé dans un groupe rock à la batterie et au synthé…</strong></p>
<p>J’adorerai avoir les mains libres pour faire des albums-concepts… C’est vrai que le rock a été ma première culture musicale, ensuite j’ai bifurqué, de sorte qu’à partir des années 90 je n’y connais plus rien. Je suis d’une génération où les grands frères jouaient le rôle de passeurs de tout cela. Mais j’ai gardé de ces débuts une vision du concert : j’aime bien quand un concert peut raconter une histoire, plutôt qu’un multitude de petites histoires. Je pense aussi que, quand on vient du monde choral ou de la musique polyphonique, on n’est pas très en prise avec des grandes formes – à l’exception des grands oratorios XIXe, qui d’ailleurs ont à voir avec le monde de l’opéra. Il n’y a pas de grands développements formels dans la musique vocale, aux dimensions par exemple d’une symphonie de Mahler. C’est pourquoi je pense que l’un des enjeux de la musique vocale est de savoir sans arrêt replacer le récital dans l’époque, c’est-à-dire dans les changements d’habitude d’écoute des gens. Ça ne peut pas être figé comme si on était dans le salon de Clara Schumann.</p>
<p><strong>Que ce soit pour Berio, Venise ou les madrigaux, on est dans une esthétique de formes brèves. Voire dans celle de fragments. Ce sont comme des panoramas qui seraient constitués de photographies juxtaposées. Et l’auditeur se retrouve donc placé dans une situation d’écoute semblable dans les trois propositions.</strong></p>
<p>Je le crois. Et puis il y a dans les <em>Folk Songs</em> de Berio un rapport à l’oralité qui est précisément l’enjeu de cette musique, même si bien sûr elle se présente sous forme écrite. Mais dans le madrigal on peut retrouver quelque chose qui procède aussi du mystère de l’oralité : il y a cette idée curieuse consistant à mettre plusieurs personnes entre elles pour qu’elles disent Je. C’est un postulat qui est très loin de nos façons de concevoir le geste musical aujourd’hui. Et cela met en question la place de l’interprète, sa légitimité, l’authenticité de ce qu’il donne à entendre et, en ce sens, il y a quelque chose de semblable entre les <em>Folk Songs</em> et le madrigal, et pourtant il y a un monde entre les deux. J’ai parfois en face d’un madrigal le sentiment d’être en face d’une pièce d’un folklore, d’une culture dont je n’ai que des bribes, qui sont passées par l’écriture, mais dont je n’ai aucune image sonore vraiment référente.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="271" src="/sites/default/files/styles/large/public/luciano_berio.jpg?itok=F3emsrlh" title="Luciano Berio © D.R." width="388" /><br />
	Luciano Berio © D.R.</p>
<p><strong>S’agissant de <em>Sequenza III</em> de Berio, qui ouvre l’album, en revanche, vous en avez une image sonore de référence puisqu’il y a l’interprétation de Cathy Berberian, pour laquelle la pièce a été pensée, qui s’ajoute à une partition écrite, qu’on imagine plutôt complexe à réaliser…</strong></p>
<p>C’est une partition graphique, je dirais, une partition dans laquelle le pentagramme de cinq notes apparaît très rarement. Ce sont plutôt trois portées, voire aucune… Il y a des dessins, et d’une certaine façon des neumes, mais qui ne sont pas sur des lignes, pour donner des indications de hauteur. Il y a parfois trois lignes, pour délimiter l’aigu, le médium, le grave, et de temps en temps cinq lignes en clé de sol quand Berio veut, non pas qu’on chante à une hauteur absolue, à 440, mais que les intervalles soient stricts. Tout cela détermine des sections, dont on sait qu’elles doivent durer environ dix secondes, et qui organisent la pièce. Les silences sont indiqués par quelques centimètres de blanc. Quant au texte, soit il est positionné sous les neumes, soit il se présente sous forme de blocs – et l’interprète doit mettre les syllabes dans l’ordre qu’il souhaite, en suivant le poème de Markus Kutter, puisqu’il y a un texte, qui se présente sous forme modulaire, et donc on peut permuter les syllabes, c’est presque oulipien….</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="252" src="/sites/default/files/styles/large/public/capture_decran_2021-04-04_a_18.15.02.png?itok=Hq7_coMA" title="Sequenza III. Première page de la partition." width="468" /><br />
	Sequenza III. Première page de la partition.</p>
<p>Et puis surtout il y a quarante ou cinquante précisions de caractère : en un clin d’œil on doit passer par trois caractères différents, par exemple espiègle-triste-angoissé. Donc on pourrait croire que l’interprète est très libre, mais en réalité pas du tout ! Mais cette absence de liberté, cette contrainte n’est pas liée à des données objectives, du genre croche/double croche, ou <em>piano</em>/<em>mezzo forte</em>, elle provient plutôt du fait que l’interprète doit se créer ses propres données, ses propres échelles d’interprétation, qui impliqueront une énorme rigueur, mais une rigueur d’ordre intime, une rigueur digne d’une partition très informée, si ce n’est que l’information est intimement liée à la personnalité de l’interprète. Je ne sais pas si je suis très clair…</p>
<p><strong>On est presque dans l’esprit des <em>affetti</em>…</strong></p>
<p>Bien sûr, et je pense que c’est complètement dans la descendance de cette recherche-là. Ce qui est magnifique, c’est qu’aucune interprétation n’est la bonne ! Ou, inversement, qu’aucune n’est mauvaise. On a tous en tête évidemment l’interprétation de Cathy Berberian. Ce qu’il faut dire, c’est qu’on a commencé  le travail un an avant l’enregistrement, j’ai fait mon travail de préparation, Lucile Richardot a fait le sien, elle a bien sûr déchiffré toutes les indications de caractère, elle a écouté de nombreuses versions, mais une fois cela accompli, on pourrait croire qu’elle est enfin libre, mais pas tout à fait ! Certes son interprétation est juste dans la mesure où elle est personnelle, mais en même temps elle s’inscrit dans une recherche qui est commune à toutes les interprètes de cette pièce, dans les limites de la virtuosité de chacune. En ce sens, Berio est passionnant : ses œuvres seront toujours dans cinquante ans des œuvres contemporaines, parce qu’on aura d’autres possibilités, on cherchera autrement.<br />
	Les enjeux de virtuosité sont corollaires de l’époque dans laquelle on se situe. Dans le livret du disque, j’ai fait figurer une phrase de Berio : « La virtuosité naît souvent d’un conflit, d’une tension entre l’idée musicale et l’instrument, entre le matériau et la matière musicale (…) A notre époque, le virtuose est un musicien capable de se placer dans une perspective historique et de résoudre les tensions entre la créativité d’hier et celle d’aujourd’hui. »  Je trouve très intéressante cette idée d’un compositeur qui écrit une œuvre de virtuosité, tout en se disant que cette virtuosité sera emmenée ailleurs par d’autres interprètes, pour peu qu’on joue encore la pièce…</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/maxresdefault.jpeg?itok=QfgFhKJu" title="© Harmonia Mundi" width="467" /><br />
	© Harmonia Mundi</p>
<p><strong>Mais il me semble que c’est valable pour toute œuvre ancienne, un madrigal de Marenzio ou de Luzzaschi, toute œuvre est contemporaine du moment qu’on la reprend, d’autant plus si elle est restée endormie au fond d’une bibliothèque musicale</strong></p>
<p>… Et ça me ramène à votre remarque du début : c’est le point commun entre tous les projets des Cris de Paris depuis une dizaine d’années : quelle est l’attitude commune entre l’interprétation d’une musique du XVIIe siècle et celle d’une musique d’aujourd’hui ? Qu’est-ce que la musique du XVIIe siècle nous apprend sur la musique d’aujourd’hui ? Quand je dis ça, ça fait sourire, mais je le pense sincèrement. J’ai appris beaucoup de choses sur la musique contemporaine grâce à Monteverdi, et inversément.</p>
<p><strong>Et si on écoute les madrigaux de Gesualdo, on a l’impression qu’ils ont été composés hier matin…</strong></p>
<p>C’est vrai qu’il y a cette modernité-là. Et si une œuvre d’aujourd’hui nous met face à nos propres limites, ou à nos propres défis, pourquoi une œuvre du XVIIe siècle n’aurait-elle pas fait cela, elle aussi ? Ce n’est pas parce que cette musique se déchiffre qu’elle ne doit pas nous obliger à remettre toujours l’ouvrage sur le métier, à chercher toujours.</p>
<p><strong>Et il y a tout l’écart entre ce qui est écrit et l’effet attendu. Je vous ai entendu dire un jour que Kurtág s’en plaignait..</strong></p>
<p>Oui, j’ai eu la chance de le rencontrer et de travailler certaines de ses pièces avec lui. Et qu’un compositeur de quatre-vingt-quinze ans vous dise qu’il dise qu’il est content que vous jouiez telles ou telles pièces de lui qui n’ont pas été reprises depuis une vingtaine d’années, mais vous demande de venir les travailler avec lui parce que la partition n’est pas fidèle, d’une part je trouve la démarche passionnante et touchante, d’autre part j’ai pu constater pendant trois jours combien la notation était une entrave pour lui.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="302" src="/sites/default/files/styles/large/public/geoffroy-jourdain.jpeg?itok=xW5rzj_z" title="Geoffroy Jourdain © D.R." width="468" /><br />
	Geoffroy Jourdain © D.R.</p>
<p><strong>Dans le même ordre d’idées, un de vos intérêts constants, ce sont les musiques d’ailleurs, extra-européennes, mais surtout non-écrites. Et cela s’enracine dans l’enseignement que vous avez reçu de Gilles Léothaud. Est-ce que les pièces de Berio que vous avez enregistrées sur ce cd, les <em>Cries of London</em> et les <em>Folk Songs</em>, sont en relation avec cet intérêt ?</strong></p>
<p>L’ethnomusicologie me passionne en effet depuis ma rencontre avec Gilles Léothaud. Cela s’est concrétisé depuis cinq ans avec ce projet que nous avons intitulé « L’Ailleurs de l’Autre». C’est finalement davantage une pratique qu’un projet qui viserait le concert. Il s’agit, pour les chanteuses qui y participent, de reproduire des musiques vocales du monde entier. Il s’agit de questionner notre mémoire, puisqu’on ne passe pas par l’écrit, et de questionner disons l’oralité, en même temps que des techniques vocales particulières.</p>
<p><strong>Il s’agit de quoi ? De s’inspirer de ces musiques-là ou d’en faire – comment dire ? – des fac-similés ?</strong></p>
<p>Ah, on essaie vraiment de faire du fac-similé. Au départ, ça ne devait avoir lieu qu’une fois, et puis cela a engendré la découverte de pratiques musicales et vocales, et aussi d’une forme de travail nouvelle : les choses circulaient entre les interprètes et moi j’étais plutôt en observation, je n’étais plus celui qui dit « fais ceci, fais cela ». Et cela nous a amenés à nous intéresser à des problématiques comme les émissions d’harmoniques ou les jeux de gorges des Inuits ou les polyphonies des Pygmées, à travailler avec des spécialistes de ces pratiques. Le but étant de dépasser le stade de l’imitation, du fac-similé. Cela nous a ouvert énormément de champs et, par ce truchement de l’oralité, du chant de tradition orale et du folklore, je me suis re-connecté à Luciano Berio, qui était quelqu’un auquel je m’intéressais depuis toujours, et à Bartók, pour savoir ce qu’ils en faisaient et ce que ça leur avait apporté.</p>
<p>Une des œuvres qui m’ont le plus marqué et qui m’accompagnent depuis toujours, c’est <em>Coro </em>de Berio, cette pièce pour quarante chanteurs et quarante-trois musiciens, que je rêve de faire depuis je ne sais combien de temps. Qui relève de ce que Bartók appelait « folklore imaginaire », c’est-à-dire un faux folklore, réinventé par une sorte d’ingestion des enjeux des musiques populaires. Ce peuvent être des incantations, des berceuses, des appels, des clameurs, etc. Des musiques qui participent de la vie et n’ont pas vocation à être des musiques de concert.<br />
	Je crois que c’est ce qui est bouleversant chez Berio, au-delà de son intérêt pour un objet musical venu d’un ailleurs et qui le charme, c’est la façon dont il met en question la fonction de la musique : il est évident que les <em>Amours du Poète</em> n’ont pas la même fonction qu’un chant de labour. C’est Dubuffet qui disait qu’il était plus ému par une femme braillant en lessivant l’escalier que par la plus savante cantate ! C’est évidemment un peu extrême (rires), mais ce que je veux dire par là, c’est que chez Berio une sorte de chant fondamental, presque nécessaire, lié à des fonctions qui justement ne sont pas celles de la représentation, procure une force primale qu’il essaie de réinjecter dans la musique savante.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="442" src="/sites/default/files/styles/large/public/lucile_richardota5fe81.png?itok=EyfUv69C" title="Lucile Richardot. © D.R." width="468" /><br />
	Lucile Richardot. © D.R.</p>
<p><strong>J’ai été touché de retrouver dans les <em>Folk Songs</em> un des Chants d’Auvergne, <em>Malurous qu’a une fenna</em>, dans un arrangement différent de celui de Canteloube, mais le plus fascinant pour moi c’est peut-être ce chant amoureux de Sardaigne, <em>Motettu de tristura</em>, qui ressemble à un chant funèbre venu du fond des âges, avec son accompagnement musical un peu fantomatique…</strong></p>
<p>Oui, il y avait l’idée dans ce disque de creuser ou de prolonger le travail accompli dans le cadre de <em>L’Ailleurs de l’autre</em>, de faire entendre des musiques qui semblent venir de la nuit des temps et qui peuvent nous saisir avec une immédiateté qui n’est pas celle où on situe le chant lyrique aujourd’hui….<br />
	Mais il y avait aussi, je l’avoue, et c’est peut-être un peu prétentieux, l’envie d’ajouter ma version au minuscule catalogue discographique des <em>Cries of London</em>. Il y a la version des années 70 avec les Swingle Singers sous la direction de Berio, et je crois une version récente en Norvège, et c’est tout. A quoi s’ajoute la relation évidente avec les <em>Cris de Paris</em>.<br />
	Et puis il y a ce fait que je trouve passionnant que ces <em>Cries of London</em> montrent un artiste, un créateur, s’emparant d’un matériau populaire ou, pour mieux dire, du réel, pour le transformer. Je ne crois pas à l’abstraction absolue, quel que soit le domaine. Ce qui m’intéresse beaucoup, et m’intéressera toujours, c’est l’ancrage dans une réalité, en l’occurrence ici totalement imaginée ou fantasmée, Berio n’étant évidemment pas allé sur un marché de Londres au seizième siècle. En fait, ce qui est génial, c’est que sa source d’inspiration principale, ce sont les <em>abbagnate</em> des marchés siciliens. Il dit lui-même qu’il a transféré son intérêt pour ces chants d’une complexité extraordinaire, remarquables du point de vue de la technique de la séduction, dans les textes anglais des marchands des rues du vieux Londres. On est donc très loin de la démarche de Clément Janequin, dont les <em>Cris de Paris</em> relèvent presque de l’ethno-musicologie.</p>
<p><strong>L’album se termine par une chanson sicilienne d’amour sicilienne <em>E si fussi pisci</em>, d’une simplicité, d’une limpidité merveilleuses, je dirais d’une pureté, d’une élégance que je comparerais à celle de <em>O King,</em> autre pièce immédiatement émouvante.</strong></p>
<p><em>E si fussi pisci</em>, je l’aime d’autant plus que je la trouve très mystérieuse, cette pièce. Dans les enquêtes que j’ai faites, je n’ai pas trouvé la raison pour laquelle Berio a fait à la toute fin de sa vie, en 2002, une harmonisation de cette chanson. Je suis convaincu, et je trouve ça très émouvant, qu’il l’a déjà utilisée ailleurs. C’est cela le mystère : très probablement, cette chanson l’a accompagné toute sa vie pour des raisons émotionnelles intimes, et on ne sait pas pourquoi il en a fait cette version pour chœur mixte a cappella d’une simplicité extrême. Personne ne pourrait deviner que c’est du Berio, et ça me touche extrêmement.<br />
	Quant à <em>O King</em>, c’est un challenge de réalisation et de mixage. L’idée de Berio dans cette pièce qui est un hommage à Martin Luther King écrit en 1968 après son assassinat était que tous les sons soient mélangés. Que l’on crée un son tout à fait homogénéisé, où la mezzo ne serait pas au premier plan. C’est une idée musicale, mais aussi très clairement une idée politique, un peu dans la suite de<em> Passaggio</em>, qui a été très décrié à la création en 1962 à la Scala, parce que ça consistait à mettre à mort la cantatrice ! Berio était très engagé à l’époque et l’enjeu était d’abolir la hiérarchie habituelle dans la musique classique.<br />
	On a passé beaucoup de temps avec Alban Moreau, qui comme je le disais était aux manettes de ce disque, qui en est le maître d’œuvre comme de <em>Melancholia</em> et de <em>Passions</em>, à mettre au point, à post-produire cette plage de moins de cinq minutes. On avait essayé déjà à l’enregistrement de mettre au point la fusion des timbres, mais ce n’est qu’au moment du mixage qu’on y est parvenu, et je dois dire, même si ça ne se fait pas, que je suis très content du résultat ! Un disque, ce n’est pas seulement ceux qui sont sur la pochette, c’est aussi ceux dont le nom est en tout petits caractères sur la dernière page.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/passions-venezia-jourdain-jdc-article-tt-width-1200-height-900-crop-1-bgcolor-ffffff.jpeg?itok=NgM7SGTe" title="© Harmonia Mundi" width="468" /><br />
	© Harmonia Mundi</p>
<p><strong>Je vous ai entendu dire un jour que votre rôle, c’était de trouver, avec les gens qui étaient là, une des vérités de l’œuvre.</strong></p>
<p>Oui, c’est le travail qui m’intéresse. Il n’y a bien sûr pas de vérité d’interprétation éternelle et universelle, mais il en existe quand même une, qui est celle des gens qui sont là. Donc il s’agit de mener l’enquête avec les gens que j’ai avec moi à un moment donné pour à la fois respecter l’œuvre elle-même, la questionner et la faire sonner. C’est cela, la vérité de l’œuvre dont je parle : j’impose une vision, c’est certain, mais qui se révèle à travers une recherche qu’on fait à plusieurs.</p>
<p><strong>Comment imaginez-vous l’émotion que doivent susciter de tels disques ? Et d’ailleurs est-ce que vous la fantasmez ? Ou bien est-ce que ce sont des objets que vous lancez, et que chacun recevra avec sa sensibilité, sa culture, l’état d’esprit du moment où ils lui parviendront…</strong></p>
<p>Question difficile… Je vais essayer de répondre et peut-être que demain je répondrais autrement… Pour moi, un disque, malgré ce que je viens de dire à l’instant, c’est quelque chose de très très très intime… En tout cas, les trois que j’ai faits chez Harmonia Mundi. Je travaille sur les montages avec beaucoup d’impatience  et d’opiniâtreté. Parfois on part à la recherche d’un son très précis dans la bibliothèque des rushes qu’on a accumulés, et ça devient très obsessionnel, mais j’aurais beaucoup de mal à formuler la raison pourquoi j’ai soudain besoin de tel ou tel son.<br />
	Et puis parfois je découvre que ce qui est enregistré est très différent de l’idée que j’en avais.<br />
	Le studio, c’est très particulier. Après un concert, j’ai une idée très précise de ce qu’on a donné à entendre. En enregistrement, tout dépend de la personne qui est en cabine. Je ne crois pas beaucoup à la magie du <em>live</em>, de la prise unique en studio. Alors que c’est vraiment très intéressant de faire un disque avec les moyens qu’on a aujourd’hui. Je trouve passionnant de pouvoir refaire un mix, de faire ressortir une voix à tel endroit, je trouve ça formidable, même si ça ne fait pas très musicien classique de le dire…</p>
<p>Donc oui, ce sont des objets très personnels, je l’avoue. En revanche, dès que c’est fini, ça devient l’inverse : une fois le dernier mixage validé, je ne les réécoute plus, et je ne les réécouterai pas d’ici longtemps. J’y ai mis des choses très intimes, et peut-être que l’intimité, justement, se situe dans l’assemblage d’une infinité d’éléments : tout a du sens pour moi, l’ordre des pièces, le contenu des livrets, &#8211; et pour Berio, j’ai composé une fausse interview de lui, en montant différentes phrases qu’il a dites ou écrites-, mais ensuite je livre tout cela aux auditeurs, en espérant qu’ils se laissent emmener du début à la fin, même si je sais bien qu’aujourd’hui l’écoute est devenue fragmentée…</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="234" src="/sites/default/files/styles/large/public/title-1564064607_photo_philippe_cuny.jpg?itok=8FW6SWBL" title="Geoffroy Jourdain. Photo Philippe Cuny" width="468" /><br />
Geoffroy Jourdain. Photo Philippe Cuny</p>
<p><strong>C’est une sorte d’atelier que vous évoquez là, et c’est l’occasion d’en évoquer un autre, intitulé <a href="https://www.lescrisdeparis.fr/voir/"><em>Marginalia</em></a>, auquel on a accès par le site des Cris de Paris. Ça ressemble aux réunions Zoom dont le confinement nous a rendus familiers. On vous voit avec vos partenaires chanteurs créer des pièces contemporaines, chacun chez soi avec un micro et des écouteurs…</strong></p>
<p>C’est une histoire qui date du premier confinement, donc d’un an juste. On a commencé à lire un madrigal, précisément sur Zoom. Ce qui s’est révélé un désastre ! D’abord parce que la connexion peut s’interrompre et que tout d’un coup on perd une voix ! Ensuite, comme ce sont des logiciels de conversation, ils mettent en avant celui qui parle, et de surcroît ils ne prennent pas les voix trop graves ou trop  aigües. Et, troisième inconvénient, on n’est pas précisément synchrone, et pour la musique c’est une catastrophe. Malgré cela, on a d’abord fait une pièce de Terry Riley, et je me suis aperçu qu’à partir du moment où on était dans le ton ça fonctionnait, on pouvait créer un évènement même si on ne maitrisait pas la synchronicité. A partir de là, je me suis dit que ce qu’il ne fallait surtout pas faire, c’était de se retrouver avec des gens qui font du Schumann dans leur salon (rire). Je dis Schumann, parce que j’adore Schumann, mais je pense que ce qui est dramatique en ce moment c’est qu’il n’y ait plus de création. Le répertoire peut attendre, du moins c’est ce que je me dis, opinion très personnelle.<br />
	Donc on a entrepris de créer à partir de toutes ces contraintes, avec l’objectif de faire du <em>live.</em> Qu’on soit ensemble, même si c’était à distance. Donc on était réunis par Zoom, chacun s’enregistrait avec son téléphone, et ensuite je récupérais tous les sons, et je les synchronisais, ce qui n’est pas très compliqué, tout en gardant les images. C’est difficile à expliquer, mais il suffit d’aller voir ces vidéos pour comprendre le processus.<br />
	Ensuite, j’ai lancé un appel à des compositeurs et compositrices amis et amies, en leur demandant  s’ils ou elles avaient des choses qui pourraient correspondre à ce cahier des charges. Et Francesco Filidei, quarante-huit heures plus tard, m’a envoyé une partition, et c’est comme ça que tout a démarré !</p>
<p><strong>Il y a aussi quelque chose que j’ai trouvé très instructif, ou très pédagogique, en tout cas pour moi, dans l’une des pièces. C’est qu’on voit apparaitre à l’image les voix, c’est-à-dire les chanteurs qui entrent dans le jeu, puis qui disparaissent quand on ne les entend plus. On a là une illustration en temps réel de ce qu’on entend et un aperçu passionnant sur le travail d’un ensemble comme le vôtre, qui reste toujours assez mystérieux pour le profane…</strong></p>
<p>Merci !<br />
	Juste encore une chose que je voulais dire à propos de Lucile Richardot. Quand nous nous sommes retrouvés, nous avons évoqué tous deux nos souvenirs des Petits chanteurs d’Epinal et elle a eu cette phrase : « Quelle chance avons-nous eue de faire de la musique de façon collective sans qu’il y ait de hiérarchie… »</p>
<p>C’est une phrase à laquelle j’ai beaucoup repensé et qui, j’espère, ressemble à ce que j’essaie de faire. Et l’une des choses qui me plaisent beaucoup dans ce disque, c’est que, si elle est soliste dans les <em>Folk Songs</em> ou la <em>Sequenza</em>, elle se fonde dans l’ensemble pour <em>E si fussi pisci</em> ou <em>There is no tune</em>, qu’elle soit là dans toutes les pièces.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="275" src="/sites/default/files/styles/large/public/les-cris-de-paris-a-montpellier-cluc-jennepin.jpg?itok=ffz3qZfj" title="Les Cris de Paris. © D.R." width="468" /><br />
	Les Cris de Paris. © D.R.</p>
<p> </p>
<p> </p>
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		<title>Folk Songs</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/folk-songs-la-delicate-posterite-de-berberian/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Mar 2021 05:22:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Arrivé depuis 2018 à la tête des Symphoniker Hamburg, Sylvain Cambreling signe son premier enregistrement avec la phalange hambourgeoise dans d&#8217;étranges circonstances. Alors qu&#8217;outre-Rhin, les théâtres viennent de fermer pour un moment, il propose un programme manifestement optimiste, avec la complicité de la mezzo Catriona Morison. Ce CD est avant tout un programme finement choisi. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Arrivé depuis 2018 à la tête des Symphoniker Hamburg, <strong>Sylvain Cambreling</strong> signe son premier enregistrement avec la phalange hambourgeoise dans d&rsquo;étranges circonstances. Alors qu&rsquo;outre-Rhin, les théâtres viennent de fermer pour un moment, il propose un programme manifestement optimiste, avec la complicité de la mezzo <strong>Catriona Morison</strong>.</p>
<p>Ce CD est avant tout un programme finement choisi. Les <em>Folk Songs</em> de Berio en constituent le point de départ, et on découvre avec intérêt cette version étendue pour orchestre. Si elle n&rsquo;a pas la même efficacité instrumentale de la version de chambre, elle permet au compositeur d&rsquo;amplifier chacun de ses gestes sans perdre en précision et équilibre entre les pupitres.<br />
	Véritable rareté du programme, les <em>Cinco canciones negras</em> de Xavier Montsalvatge ne manquent pas de charme par leurs accents hispanisants. Peut-être que la forme strophique de certaines d&rsquo;entre elles peine à capter pleinement notre attention, mais l&rsquo;ensemble prouve que la musique de ce (prolifique !) compositeur catalan réserve de belles surprises.<br /><em>L&rsquo;Amour sorcier</em> de Manuel de Falla clôt habilement ce programme, tant par sa dimension éminemment populaire que par sa capacité à convoquer une l&rsquo;Espagne des scènes champêtres dépeintes par Goya.</p>
<p>C&rsquo;est avant tout dans cette suite orchestrale que Sylvain Cambreling tire le meilleur des Symphoniker Hamburg. L&rsquo;enregistrement rend hommage au fin métier orchestral de Falla, en particulier dans ces textures de cordes très divisées, si propices à évoquer l&rsquo;instrument national espagnol.<br />
	La France connaît encore assez peu la mezzo-soprano germano-écossaise Catriona Morison (on devait l&rsquo;entendre dans <em>Falstaff</em> en mars à Bordeaux, mais devinez la suite&#8230;). Premier prix au Concours de Cardiff en 2017, elle se produit déjà régulièrement en Allemagne et en Autriche. Si sa technique impeccable et son timbre chaleureux lui ouvrent certainement les portes de nombreuses maisons germaniques, on émet un peu plus de réserves sur l&rsquo;incarnation musicale d&rsquo;un tel programme. Car les <em>Folk Songs</em> portent la marque indélébile de leur créatrice, et c&rsquo;est un exercice difficile que de proposer une version pertinente après celle de Berberian elle-même. Bien que l&rsquo;ensemble ne manque pas de poésie, on regrette quelques occasions musicales manquées (un « Ballo » un peu plat, un « Loosin yelav » un peu raide). Conséquence probable d&rsquo;un enregistrement où les instruments respectent une inflexible distance sanitaire, un léger déséquilibre entre vents, cordes et chant nous parvient au disque.</p>
<p>Gageons cependant que ce programme solaire ne demande qu&rsquo;à mûrir davantage, et que l&rsquo;on retrouvera cette artiste très prometteuse dès que les conditions le permettront.</p>
<p> </p>
<p> </p>
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		<title>Berio : Sinfonia —</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berio-sinfonia-berio-con-brio/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Feb 2019 06:51:32 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On n’a eu cesse de présenter le style de Berio comme malheureusement composite, facilement bruyant, souvent fumiste voire bordélique. Il est vrai que les sources auxquelles s’abreuve le compositeur sont multiples, et que les différents exercices de styles menés au cours d’une carrière prolifique (près de 200 opus) ont pu dérouter les partisans d’une unicité &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On n’a eu cesse de présenter le style de Berio comme malheureusement composite, facilement bruyant, souvent fumiste voire bordélique. Il est vrai que les sources auxquelles s’abreuve le compositeur sont multiples, et que les différents exercices de styles menés au cours d’une carrière prolifique (près de 200 opus) ont pu dérouter les partisans d’une unicité de langage. Il est en revanche indéniable que les rencontres (tenant parfois plus de la collision) entre Berio et les autres musiques furent parfois de vraies réussites. Il en va ainsi pour la musique de Mahler, qui irrigua la production de Berio de sa <em>Sinfonia</em> de 1968 jusqu’aux orchestrations des lieder de jeunesse vingt ans plus tard. Il paraissait donc fort heureux de réunir ces deux œuvres dans un même programme, <a href="https://www.forumopera.com/cd/berio-mahler-goernepons-brillantes-reecritures">exercice déjà tenté au disque par Josep Pons et Matthias Goerne</a> il y a quelques années.</p>
<p>L’orchestration de dix lieder de jeunesse de Mahler est le fruit d’une suggestion d’Henry-Louis de la Grange, éminence mahlérienne s’il en est, à un Berio qui s’était déjà illustré par ses « recompositions » (Monteverdi, Purcell mais aussi Schubert ou Kurt Weill). Cependant, malgré une orchestration classique (la plus respectueuse possible du style original), Berio ne semble pas rendre tout à fait justice aux couleurs mordantes de l’orchestre mahlérien. Tout cela est équilibré, bien sûr, mais pèche presque par un excès de confort (exception faite de « Ablösung im Sommer »). Les mêmes remarques valent pour la direction de <strong>Pascal Rophé</strong>. Les équilibres sont bien gérés, et tout le discours est mené avec précision et clarté, mais c’est comme s’il manquait le cœur tantôt chaleureux, tantôt grinçant qui fait le charme du style populaire de Mahler.</p>
<p><strong>Andrè Schuen</strong>, pourtant à l’aise dans ce style, déçoit également. Le texte défile à l’arrière-plan, sans travail musical différencié sur les couplets : « Ich ging mit Lust » semble bien terne, et faute d’être déchirant, « Nicht wiedersehen » est seulement sombre. Le matériau technique ne manque pourtant pas d’intérêt : déjà corsée et brillante dans l’aigu, la voix a le mérite d’être mobile et de ne souffrir d’aucun défaut de registre. Mais le chanteur se fait rapidement discret au milieu d’un orchestre qui n’est pourtant pas des plus tonitruants. Ajoutons à cela une fâcheuse tendance à presser, et l’on se dit que ces lieder orchestrés ne sont qu’un coup d’essai pour un chanteur encore dans ses vertes années.</p>
<p>On abordait donc cette deuxième partie avec une certaine appréhension. Heureusement, on sera vite détrompé : proche de Boulez, Pascal Rophé est un grand défenseur des classiques de la modernité, et il entend nous le prouver ce soir. La baguette précise et incisive est redoutable d’efficacité, surtout à partir du deuxième mouvement. L’ossature de « O King » nous apparaît plus évidente que jamais, grâce aux attaques incisives du cor et du piano. Les excellents <b>Neue Vocalsolisten Stuttgart</b> tissent quant à eux un magnifique tapis harmonique en hommage au militant assassiné. Le patchwork mahléro-schoenbergo-stravinsko-debussyste qu’est le troisième mouvement voit poindre un léger défaut probablement dû à l’acoustique de la salle. Sonorisés (comme il se doit), les huit solistes passent trop rapidement au tout premier plan, au détriment de l’orchestre pourtant gonflé à bloc par une battue vivace. Le crescendo du dernier mouvement, sorte d’empilement des matériaux musicaux des mouvements précédent, est mené avec brio.</p>
<p>Si la première partie de ce concert laissait à désirer, Pascal Rophé a su montrer grâce a cette <em>Sinfonia</em> la grande qualité de son Orchestre national des Pays de la Loire. Espérons les entendre à nouveau dans ces tubes du 20e siècle qui leur vont si bien.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>BERIO, Coro — Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berio-coro-paris-philharmonie-larte-dei-rumori-selon-berio/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Dec 2017 08:51:19 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/l-arte-dei-rumori-selon-berio/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Berio la concevait comme « un paysage, une base sonore qui génère des évènements musicaux toujours différents (chants, hétérophonies, polyphonies etc), des images musicales gravées telles des graffiti sur le mur harmonique de la ville ». L’œuvre monde qu’est Coro agit comme un écho lointain des expériences bruitistes d’une Italie en proie au futurisme. Ne faisons bien &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="rtejustify">Berio la concevait comme « <em>un paysage, une base sonore qui génère des évènements musicaux toujours différents (chants, hétérophonies, polyphonies etc), des images musicales gravées telles des graffiti sur le mur harmonique de la ville</em> ». L’œuvre monde qu’est <em>Coro</em> agit comme un écho lointain des expériences bruitistes d’une Italie en proie au futurisme. Ne faisons bien sûr pas dire au compositeur ce qu’il n’a pas dit : tout sépare les recherches sur le son assez grossières de Russolo de l’instrumentation raffinée et savante de Berio. Cependant, cette volonté de réunir en une grande fresque musicale une vie humaine fourmillante de détails rapproche les deux mouvements et est plutôt à l’avantage de l’auteur de la Sinfonia. </p>
<p class="rtejustify">Comme dans cette dernière, Berio procède par collages de textes, superposant des chants d’amour venus du monde entier au recueil de poèmes <em>Residencia en la tierra</em> de Pablo Neruda. En trente-et-une miniatures, ce sont autant de manières de combiner les quarante voix et instruments qui se déroulent, glissant à travers ces « rideaux » harmoniques que forment les masses orchestrales et chorales utilisées pour accompagner les vers de Neruda. De la cantilène à la récitation scandée en passant par le scat, Berio nous rappelle sa collaboration avec la virtuose Cathy Berberian, qui aura fait naître bon nombre de chefs-d’œuvre vocaux contemporains.</p>
<p class="rtejustify">Pour escalader la montagne <em>Coro</em>, il faut des chanteurs solidement harnachés les uns aux autres. Car si les longues plages chorales en tutti sont le véritable liant de l’œuvre, il ne reste pas moins de solos aussi brefs que redoutables, disséminés à chaque pupitre de chanteur. Le son de groupe de l’Ensemble Aedes préparé par <strong>Mathieu Romano </strong>se prête très bien à ce répertoire : les nuances sont homogènes, l’intonation est on ne peut plus nette, le tout en conservant une souplesse et une malléabilité dont le chef se régalera. Pour ce qui est des solos, ils nous réservent quelques belles surprises, mais certaines interventions (notamment chez les renforts masculins) restent un peu en dessous de ce que l’on pourrait attendre d’un tel niveau de préparation. </p>
<p class="rtejustify">D’autant plus que les quarante autres solistes (instrumentistes) sont en forme olympique ce soir. Epaulés par une poignée de membres de l’Ensemble intercontemporain, les élèves du CNSMDP montrent qu’ils ont déjà toutes les épaules nécessaires pour assumer la virtuosité technique qui est la marque de fabrique de Berio. Le piano de <strong>Chae Um Kim</strong>, la clarinette d’<strong>Anaïde Apelian</strong> et le trombone de <strong>Lucas Ounissi</strong> sont autant d’heureuses interventions.</p>
<p class="rtejustify">Lui aussi très en forme ce soir, <strong>Matthias Pintscher</strong> se taille la part du lion dans les blocs sonores de la pièce. La battue très construite se fait rapidement plus volatile dès qu’il s’agit d’accompagner des chants populaires, tout en conservant la précision qu’on lui connait, condition <em>sine qua non </em>pour faire tenir cet orchestre qui alterne sans cesse le chant, le cri et le chuchotement.</p>
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		<title>Bach / Berio  — Saint-Denis</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bach-berio-saint-denis-cris-et-chuchotements/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 May 2017 05:40:31 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis maintenant 50 ans, le Festival de Saint-Denis a toujours été célébré pour sa capacité à redéfinir les frontières entre les genres musicaux : le grand format symphonique y côtoie le jazz, les musiques du monde ou l’opéra, dans une sorte de creuset étrange et donc excitant. Confié à Teodor Currentzis et au Mahler Chamber &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis maintenant 50 ans, le Festival de Saint-Denis a toujours été célébré pour sa capacité à redéfinir les frontières entre les genres musicaux : le grand format symphonique y côtoie le jazz, les musiques du monde ou l’opéra, dans une sorte de creuset étrange et donc excitant. Confié à <strong>Teodor Currentzis</strong> et au Mahler Chamber Orchestra, le concert d’ouverture de cette édition jubilaire ne pouvait donc être que surprenant. Le pari est tenu avec cette combinaison encore inédite de Bach et de Berio. Aux motets du premier répond la grande fresque chorale Coro du deuxième, dans un mélange si déroutant qu’il paraît (au premier abord) un peu tiré par les cheveux. Qu’est-ce qui lie la profonde spiritualité et la contemplation divine de Bach aux collages et graffiti de musiques populaires pratiqués par Berio ? </p>
<p>Le principal élément de réponse se trouvera dans la battue du chef et la lecture qu’il entend de ces musiques. Attachant la plus grand importance au texte (réflexe tout à fait recommandable dans ce programme), chaque mot est découpé, accompagné d’un geste qui projettera les consonnes le plus loin possible dans l’immensité de la basilique. Si ce maniérisme nous irrite un peu au début de <em>Singet dem Herrn ein neues Lied</em>, l’efficacité de tant d’efforts étant remise en question face à une trajectoire peu claire, il est d’un bien meilleur effet dans les deux motets suivants. Les appels sont aussi travaillés que les passages les plus délicats, comme en témoigne l’entrée du « Komm, Jesu, komm », saisissante de beauté, où le chœur <strong>MusicAeterna</strong> montre enfin de quoi il est capable quand il s’agit d’intonation et de phrasé. Ainsi, une fois la divine machine mise en place, il devient difficile de l’arrêter. Dans <em>Jesu, meine Freude</em>, on se souvient que MusicaAeterna est avant tout un chœur d’opéra et Currentzis un chef rompu au répertoire lyrique : les contrastes dramatiques s’enchaînent comme dans une grande scène de chœur chez Verdi (« Trotz dem alten Drachen »), ce qui n’empêchera pas l’ensemble de faire preuve de la plus grande douceur dès que la partition le requiert (« Gute Nacht, o Wesen », une berceuse lunaire, venue d’ailleurs). Avec quelque chose comme une trentaine de choristes, on est certainement assez loin de ce que Bach avait imaginé pour ce motet, mais on finit par faire confiance les yeux fermés à cette interprétation, puisque les intentions en sont tout à fait louables.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/sda2.jpg?itok=16MSrR6S" title="© FSD / Ch. Fillieule" width="468" /><br />
	© FSD / Ch. Fillieule</p>
<p>Comme nous l’annoncions, la même battue soucieuse du texte se retrouve dans Berio. Comme l’a bien compris Currentzis, c’est la pluralité des styles musicaux qui fait de <em>Coro</em> une œuvre à part dans le répertoire, et c’est cette pluralité qui doit être soulignée. Ainsi, dès les premières mesures, les solos des sopranos du chœur sont façonnés à la main et sous nos yeux par la technique experte du chef (accompagné par le piano impeccable de Holger Groschopp). C’est d’ailleurs l’occasion pour MusicAeterna de mettre en avant l’aisance remarquable des choristes dans les nombreux passages solistes de l’œuvre.<br />
	Chaque miniature populaire (rappelant les <em>Folk songs </em>du même compositeur) est traitée en pièce à part, avec un texte toujours porté au premier plan (même si la prononciation, notamment du français n’est pas toujours irréprochable). Dans cette fresque aux détails fourmillants, le cri se mêle au chuchotement, rappelant les contrastes de la première partie de ce concert.</p>
<p>Le <strong>Mahler Chamber Orchestra </strong>est ici réuni en plus grande forme que dans Bach (où les quelques membres peinaient à convaincre avec un continuo bien maigre). Le mélange homogène de voix et instruments sert complètement l’ensemble qui sonne comme un orchestre symphonique au plus grand des complets. L’acoustique de la Basilique Saint-Denis se révèle d’ailleurs étonnamment appropriée pour cette musique, détachant nettement les « graffiti » aux accents populaires des nappes harmoniques de l’orchestre-choral. </p>
<p>A la fin de ce concert, nous nous interrogeons encore sur les motivations de ce doublé. La lecture faite par le chef et son chœur y répond partiellement, mais des doutes subsistent. Chassons-les avec un <em>Immortal Bach</em> de de Knut Nystedt, qui opère une habile synthèse entre les deux mondes que nous avions entendu.</p>
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		<title>Magdalena Kožená sur les traces de Cathy Berberian</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/magdalena-kozena-sur-les-traces-de-cathy-berberian/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Mar 2017 20:06:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Si elle n&#8217;était pas à proprement parler en résidence à Bozar cette saison, Magdalena Kožená y était la vedette d&#8217;un cycle de trois concerts : la Juditha Triumphans de Vivaldi, où elle partageait le haut de l&#8217;affiche avec Ann Hallenberg (8 novembre), des airs d&#8217;opéra baroques français (Charpentier, Rameau) en compagnie du Concert d&#8217;Astrée (6 décembre) &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si elle n&rsquo;était pas à proprement parler en résidence à Bozar cette saison, <strong>Magdalena </strong><strong>Kožená</strong> y était la vedette d&rsquo;un cycle de trois concerts : la <em>Juditha Triumphans</em> de Vivaldi, où elle partageait le haut de l&rsquo;affiche avec Ann Hallenberg (8 novembre), des airs d&rsquo;opéra baroques français (Charpentier, Rameau) en compagnie du Concert d&rsquo;Astrée (6 décembre) et, enfin, le 15 mars, les <em>Folk Songs</em> de Berio (1968), nichées, sans transition aucune, entre <em>La Moldau</em> et la Symphonie n° 7 de Dvorak. Cette programmation audacieuse que nous devons au Klara Festival a pour effet de souligner l&rsquo;irréductible singularité de mélodies faussement simples et dont, sous la conduite féline et extrêmement précise de <strong>Rafael Payare</strong>, les sept instrumentistes du <strong>Mahler Chamber Orchestra </strong>mettent en valeur l’orchestration raffinée. L’intérêt de Magdalena Kožená pour la musique de Berio ne date pas d&rsquo;hier : elle chantait des arrangements des <em>Folk Songs </em>avec Simon Rattle il y a une dizaine d&rsquo;années déjà et interprétait sa <em>Sequenza</em> à Berlin quelques jours après son passage éclair à Bruxelles. Dotée d&rsquo;une étoffe et de couleurs sensiblement différentes, la chanteuse tchèque ne cherche pas à imiter Cathy Berberian, créatrice de l’œuvre, mais glisse avec une aisance souveraine d&rsquo;un style et d’une atmosphère à l&rsquo;autre. <a href="http://www.forumopera.com/le-retour-dulysse-dans-sa-patrie-paris-tce-dompteuses-de-clown">De Monteverdi</a> à ce folklore stylisé, sinon parfois réinventé par Berio (les chansons italiennes), c&rsquo;est, comme chez Berberian justement, le même goût des langues, la même mobilité expressive et <a href="http://www.forumopera.com/actu/magdalena-kozena-japprecie-de-revenir-au-baroque-car-je-my-sens-chez-moi">le plaisir de raconter </a>qui caractérisent l’art de Magdalena Kožená, longuement ovationnée par le public de la Salle Henry Le Boeuf, qui la quitte probablement à regret après une performance à la fois si courte (moins de vingt-cinq minutes) et si prometteuse.    </p>
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		<title>Berio &#8211; Mahler (Goerne/Pons)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/berio-mahler-goernepons-brillantes-reecritures/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Nov 2016 06:19:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le XXe siècle musical fut plus que jamais le siècle des écoles. Entre Vienne et le sérialisme, l&#8217;impressionisme et plus tard l&#8217;école Messiaen, les cours de Darmstadt ou la musique concrète, la toile des styles possibles semble tellement dense qu&#8217;il parait difficile de s&#8217;en extirper. Pourtant, certains compositeurs font figure de village gaulois, ou plutôt &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le XX<sup>e</sup> siècle musical fut plus que jamais le siècle des écoles. Entre Vienne et le sérialisme, l&rsquo;impressionisme et plus tard l&rsquo;école Messiaen, les cours de Darmstadt ou la musique concrète, la toile des styles possibles semble tellement dense qu&rsquo;il parait difficile de s&rsquo;en extirper. Pourtant, certains compositeurs font figure de village gaulois, ou plutôt d&rsquo;électrons libres, butinant autour de chaque source d&rsquo;influence qui semble bonne à être exploitée. Berio fait partie de ceux-là, cherchant dans tel ou tel système, telle ou telle école un moyen supplémentaire de faire passer ses idées. Il lui importait non pas de « créer de la musique en tant qu&rsquo;illustration d&rsquo;un système, mais considérer le système comme une possibilité pour la musique ». Il n&rsquo;est donc guère étonnant que le compositeur ait consacré une part significative de son œuvre à la réécriture. Si l&rsquo;on connait très bien sa proposition pour la fin de <em>Turandot</em> (bien meilleure que celle habituelle d&rsquo;Alfano au demeurant), ses orchestrations des lieder de jeunesse de Mahler sont moins souvent entendues. Et c&rsquo;est dommage, car en matière d&rsquo;orchestration, Berio sait y faire. Mais il n&rsquo;est pas question de proposer un Mahler revisité par Berio, car ces orchestrations tentent (à l&rsquo;inverse justement de <em>Turandot</em>) de se fondre le mieux possible dans le style du compositeur. On reconnait ainsi les douces lignes mélismatiques des cordes, les clarinettes criardes et les rythmes de marche, tant et si bien que l&rsquo;on croit déjà entendre les <em>Lieder eines fahrenden Gesellen</em>. </p>
<p>La lecture proposée par <strong>Matthias Goerne</strong> est un peu différente de ce que l&rsquo;on pourrait attendre. Elle ne joue pas la carte de la candeur ni du jeune désabusé, ce qui n&rsquo;irait d&rsquo;ailleurs pas très bien à son timbre. Le chanteur allemand se fait plus résigné que désespéré et plus noble qu&rsquo;agité. Cela fonctionne très bien pour des pièces telles que <em>Zu Straßburg auf der Schanz</em> ou mieux encore dans <em>Nicht Wiedersehen</em>. Les pièces les plus joyeuses, au caractère délibérément populaire font penser au rôle du père dans <em>Hänsel und Gretel </em>de Humperdinck, avec leur timbre bonhomme et bon vivant. Bien entendu, la diction est toujours claire et précise et l&rsquo;on ne trouve vraiment rien à redire sur le plan musical. On émettra cependant l&rsquo;ou l&rsquo;autre réserve quant au registre aigu, où le timbre se fait un peu maigrelet, notamment dans <em>Um schlimme Kinder artig</em> zu machen ou <em>Phantasie aus Don Juan</em>, probablement pour éviter un forte trop présent. Il faut dire que la prise de son qui laisse l&rsquo;orchestre à l&rsquo;arrière ne l&rsquo;aide pas dans sa tâche.</p>
<p>Enchainer ce programme avec la <em>Sinfonia</em> paraît tout à fait naturel, puisque la musique de Mahler, toujours selon un principe de réécriture qui se fait cette fois-ci plus fantaisiste, vient hanter toute l&rsquo;œuvre. On la retrouve parfois de manière très évidente, puisque le Scherzo de la <em>2<sup>e</sup> Symphonie</em> du compositeur autrichien sert de squelette au 3<sup>e</sup> mouvement (dans lequel on retrouvera également des bribes de la 4<sup>e</sup> et de la 3<sup>e</sup>), parfois de manière plus allusive, notamment dans le 4<sup>e</sup> ou le 5<sup>e</sup> mouvement. Si Berio estimait que Mahler avait à sa charge toute l&rsquo;histoire de la musique, on ne peut s&#8217;empêcher de penser la même chose en écoutant cette étourdissante <em>Sinfonia</em>. Le compositeur italien navigue entre la plus grande rigueur d&rsquo;écriture et une impressionnante souplesse du langage et de l&rsquo;instrumentation. Malgré l&rsquo;éblouissant patchwork de styles qui s&rsquo;inspire des recherches de Bernd Alois Zimmermann, Berio conserve la maitrise du sien : « <em>non pas le collage pour le collage, mais aussi une visée littéraire et une visée humoristique qu&rsquo;il était le seul à réussir</em> », selon les mots de Pierre Boulez. </p>
<p>La course hallucinante que représente une exécution de la <em>Sinfonia</em> requiert trois éléments impeccables : un ensemble vocal de huit solistes (tantôt vocalisant, solfègeant, scatant ou récitant), un (très) grand orchestre et un chef qui assure que le tout ne tombe pas en miettes.</p>
<p>The <strong>Synergy Vocals</strong> sont ainsi rudement mis à l&rsquo;épreuve et le premier mouvement laisse transparaître quelque difficultés, car les balances tardent à se faire régulières dans les passages en choral. Heureusement, les choses s&rsquo;améliorent dès le deuxième mouvement, où la prise de son bien plus homogène que dans le Mahler nous permet de distinguer très nettement la lente progression vers le « Martin Luther King » final. La virtuosité des solistes est pleinement mise à l&rsquo;épreuve dans ce <em>In ruhig fliessender Bewegung</em> que constitue le troisième mouvement. L&rsquo;intonation est ultra-précise, la mise en place et le dialogue entre les pupitres de même. La diction allemande et française laisse encore un peu à désirer mais dans un texte trilingue, c&rsquo;est excusable. Les deux derniers mouvements sont à la hauteur de ce troisième.</p>
<p><strong>Josep Pons</strong> manie l&rsquo;orchestre symphonique de la BBC avec une grande précision : pas de gloubiboulga sonore dans le troisième mouvement puisque c&rsquo;est surtout la transparence de la lecture qui prime. Ici encore, on remercie la prise de son qui nous permet de déceler (presque) chaque clin d&rsquo;œil fait par Berio à ses prédécesseurs.</p>
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