Chat et chatte sur un toit brûlant

Concert Cecilia Bartoli et Philippe Jaroussky - Paris (Gaveau)

Par Jean Michel Pennetier | jeu 22 Juin 2017 | Imprimer

Il arrive parfois que les mots manquent  au moment de commenter un spectacle qui côtoie la perfection. C’est le cas de cet instant de grâce que fut le concert de Philippe Jaroussky et Cecilia Bartoli. Par sa taille réduite propice à l’intimité avec les artistes, et par son acoustique exceptionnelle, la Salle Gaveau en formait l’écrin idéal… à ceci près que les lieux ne sont pas climatisés et qu’il s’agissait d’une des journées les plus caniculaires qui soit. Cela n’aura pas suffit à calmer les ardeurs d’un public enflammé que ce duo a fait fondre ! Intelligemment construit le programme défile sans pause entre les différents morceaux,  les différentes pièces se répondant l'une l'autre. Seule une courte interruption en milieu de première partie et une autre en seconde viennent permettre au public de manifester son enthousiasme. Toutes les richesses de l’opéra baroque sont ici déroulées : longs lamenti (celui d’ d'Idraspe interprété de façon bouleversante par Philippe Jaroussky), morceaux brillants (Cecilia Bartoli, inimitable dans « A facile vittoria »), pages tantôt mélancoliques (« Lidia spina del mio core » où Jaroussky démontre qu’il n’est pas seulement « une voix d’ange » mais un artiste capable de transmettre les émotions les plus intimes, ou « Amami, e vederai » du Niobe de Steffani, bien éloigné des pièces à vocalises de ce compositeur, magnifique épure pleine d’émotion), pages tantôt joyeuses (l’ébouriffant duetto « Combatton quest'alma » où les deux artistes font preuve de leur extraordinaire complicité) … On ne sait sur retenir de cette fête musicale, magnifiquement complétée par le continuo de l'Ensemble Artaserse qui ne fait qu'un avec les chanteurs, et qui aura aussi l'occasion de briller dans quelques pièces orchestrales. Au delà de cette perfection, on admirera également l'humilité et la gaité de ces artistes : nous nous sentions comme invités à quelque fête Galante.

Ouvert avec l’Orfeo de Claudio Monteverdi, dont on fête le 450e anniversaire, le concert d’achève avec son Incoronazione di Poppea, premier et dernier opéra du compositeur italien : espérons que cet événement exceptionnel aura fait l'objet d'une captation lors de la tournée.

 

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