L'heure de la rentrée

Concert d'ouverture - Radio France - Paris (Maison de la Radio)

Par Claire-Marie Caussin | ven 20 Septembre 2019 | Imprimer

Mois de septembre oblige, les concerts de rentrée se multiplient sur les scènes nationales et il revenait à l’Orchestre Philharmonique de Radio France et à son directeur musical Mikko Franck d’ouvrir la saison 2019-2020 de l’Auditorium ; concert placé sous le signe de la variété dans lequel la voix aussi bien que le piano et l’orchestre avaient leur place.

C’est ainsi que la soirée s’ouvrait par les rares Quatre chants paysans russes de Stravinsky, écrits pour quatre cors et voix de femmes, dont la brièveté – cinq minutes ! – ne manque pas d’être frustrante. Si les jeunes choristes de la Maîtrise de Radio France ne déméritent pas d’un point de vue technique – le son est homogène, et on pourrait seulement regretter quelques attaques qui manquent de netteté dans le numéro 2 –, l’ensemble manque un peu de relief et de nuances pour pleinement convaincre, même dans des pièces aussi courtes.

Heureusement, La Demoiselle élue de Debussy offre davantage d’occasions d’entendre la Maîtrise, et qui plus est en français. La clarté de la diction y est évidente, et le chœur apporte tout le lyrisme dont l’œuvre a besoin. C’est d’autant plus appréciable que les voix des solistes sont souvent un peu noyées au milieu de l’orchestre : la mezzo-soprano Emanuela Pascu, avec quelques phrases seulement à chanter, n’a donc pas pu tirer son épingle du jeu malgré un joli timbre ; la soprano Melody Louledjian quant à elle a fait preuve d’une diction tout à fait satisfaisante, assortie d’une volonté de raconter une histoire et d’incarner un personnage. Manquait davantage de projection pour endosser pleinement son rôle de soliste.

Ce qui faisait sans doute défaut à l’orchestre dans cette pièce était l’éclat propre à la musique de Debussy : le son de l’introduction, en se voulant piano, semblait plutôt étouffé, dépourvu des couleurs lumineuses de cette Demoiselle élue. Mais au fil de la partition où l’orchestre se déploie davantage surgissent de belles lignes, amplement dessinées et conduites par les cordes et qui permettent au charme d’opérer.

Un sentiment assez similaire était d’ailleurs apparu dans le Concerto n°2 pour piano de Prokofiev interprété avec brio par Nikolai Lugansky, où un premier mouvement, propre mais sans fulgurances, avait laissé place à des musiciens beaucoup plus inspirés dans les mouvements suivants.

Fort heureusement, le Boléro de Ravel venu clore le concert ne pouvait qu’emporter l’adhésion avec ses solos délicieusement swing, et le public ne s’y est pas trompé.

Une rentrée presque en fanfare donc, et qui annonce une belle saison.

 

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