Tristes adieux

Der Rosenkavalier - Londres (ROH)

Par Yannick Boussaert | sam 14 Janvier 2017 | Imprimer

Les adieux d’une chanteuse se doivent d’être une fête. Et l’on aimerait penser que la qualité de la soirée importe assez peu, qu'il s'agit d'un détail, d'une donnée accessoire lors de ce dernier échange, de ce dernier partage avec le public. Las, Renée Fleming faisait ses adieux européens, à Covent Garden, dans ce qui est surement son rôle signature : la Maréchale. Espérons que ses adieux new-yorkais dans le même rôle siéront davantage et rendront hommage à une riche carrière. A Londres, temple de l’élégance, la diva ne recevra pas une rose, juste un salut noble et digne devant ses partenaires et un public qui enfin se lève pour la saluer.

Une soirée pleine de tristesse en somme, d’autant que les acteurs sont en deçà du niveau auquel le Royal Opera House nous a habitué. Alice Coote se bat avec des registres dissociés entre grave gutturaux et aigus acides. Le portrait d’Octavian en pâtit ; jamais le chevalier ne sera enflammé ou colérique. Matthew Rose a l’avantage de présenter un Ochs jeune et frais, loin des barbons bedonnants. Pourtant la justesse lui échappe à plusieurs occasions, la principale étant la fin de la valse du deuxième acte. Sophie Bevan ne propose guère mieux. La voix est lourde, peu ductile et les aigus souvent émis en force. Le chant monochrome de Jochen Schmeckenbecher ne parviendra pas plus à faire ressortir son Faninal. La myriade de rôles secondaires ne brille guère également, à l’exception des Valzzachi du soir, félons  à souhait : Wolfgang Ablinger-Sperrhacke et Angela Simkin.

Pour décrire ce que propose Robert Carsen l’on pourrait renvoyer à la description de chacun des spectacles qu’il a signé ces dernières années. Si le cadre général de l’œuvre est respecté, on retrouve tous ses poncifs habituels qui tournent ici à vide : mise en abyme of course, scène à fonds multiples, chorégraphies cache-misère, décors carton-pate chics et figurants dénudés parce que c’est plus glamour… En somme l’insipide sage et tape à l’œil qui semble-t-il ravit les directeurs d’opéra au quatre coins de la planète lyrique. Au milieu de  cette absence quasi-généralisée d’idée ou de caractérisation (le costume suffira, voyons) surnage la scène solitaire de la Maréchale, dans une pièce dépourvue de miroir, où seules les mains qu’elle cache à sa vue témoignent de l’outrage du temps.

Renée Fleming fait corps avec cette proposition. Souverain, son chant se déploie au travers d’une projection remarquable. Cette Maréchale est autant badine que distinguée. La soprano a-t-elle intériorisé l’enjeu de la soirée ? Ce sont moins les traits de l’adolescente sortie du couvent qu’elle recherche que les fastes d’un timbre resté duveteux dans ses quelques fêlures. Le souffle, l’expérience et l’art d’une carrière toute entière feront le reste pour s’éteindre en un « ja ja » final confondant de vérité.

A la tête d’un orchestre désordonné aux pupitres disgracieux ou simplement faux – mention spéciale pour les cuivres constants dans l’inélégance depuis l’ouverture à la dernière note – Andris Nelsons s’agite en vain. A quelques rares occasions il parviendra à insuffler un brin de vigueur. Mais l’ironie, mais le lyrisme, mais la danse s’éventent sitôt entamés et ce n’est pas une coda du premier acte ou un trio final frémissant qui absoudront les trois heures précédentes. 

 

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