Fantaisie kitch

Le Postillon de Lonjumeau

Par Jean Michel Pennetier | lun 12 Octobre 2020 | Imprimer

Echo du spectacle donné à l'Opéra-comique en 2019, cet enregistrement video permet enfin d'écouter et voir le trop rare Postillon de Lonjumeau, malheureusement bien peu présent sur les scènes modernes. Il faut dire que le rôle principal est tout simplement impossible. Fort heureusement, Michael Spyres possède les notes du rôle, celui d'un postillon engagé par un impresario car il possède un magnifique contre-ré ! A l'époque du spectacle, le ténor américain, initialement spécialiste de Rossini, a élargi son répertoire à des rôles plus lourds et moins virtuoses :  le Faust de Berlioz, Hoffmann, Florestan, Vasco, Don José… Ce grand écart est peut-être la raison d'une souplesse moins évidente qu'autrefois et d'un suraigu plus problématique. Le fameux contre-ré est bien là dans le fameux air de l'acte I, mais un brin vrillé. Il faudra attendre l'incroyable air du IIIe acte, avec deux contre mi naturels ajoutés, pour retrouver la formidable aisance dans le suraigu que nous connaissions au ténor américain. Au positif également, le chanteur offre un festival belcantiste grâce à une technique restée impeccable. Trilles, vocalises, variations dans les reprises, sauts d'octaves délirants : du grand art de ce point de vue. Le comédien est en revanche un brin emprunté, avec une diction à l'ancienne. A ses côtés, la jeune Florie Valiquette a un peu de mal à exister. Le soprano canadien est encore un peu vert, son chant est impeccable mais manque d'imagination. Les dialogues parlés manquent là encore de naturel. Pour retrouver cette aisance idiomatique, nous avons heureusement Franck Leguérinel, hilarant mais à la voix un peu fatiguée, et Laurent Kubla impeccable mais dans un rôle mineur. Les chœurs sont un peu légers, mais l'orchestre excellent sous la baguette vive de Sébastien Rouland qui donne du rythme à un spectacle un peu trop sage. La mise en scène de Michel Fau est en effet un peu en retrait de la partition. Les toiles peintes des décors sont jolies, les costumes spectaculaires, mais on n'a l'impression d'assister à une version concertante kitsch, avec des chanteurs qui improvisent en avant-scène. Michel Fau s'est réservé le rôle de Rose, la suivante de Madame de Latour et on se demande l'intérêt de ce travestissement. L'image n'est pas d'une qualité exceptionnelle, avec trop de grain dans les nombreuses scènes sombres, et le son souvent lointain, plutôt moins bon que dans la salle. Sans avoir l'Adam dur, cette partition méritait mieux.

 

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