Forum Opéra

Que de dignes et poignants adieux – on se croirait à l’opéra – dans les mairies de France

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Edito
23 mars 2026
Le spectateur de la seconde soirée électorale relative à l’édition 2026 des municipales en a été pour son petit paquet de Kleenex.

C’est que nous avons perdu l’habitude – nous, simples justiciables – de nous émouvoir de tant de micro-drames. Qui pensait, comme l’auteur de ces lignes, laisser couler une larme franche le long de la joue devant l’« au revoir » on ne peut plus giscardien de Christian Estrosi, ex-maire de Nice, contraint et forcé, par le délicat exercice démocratique, de laisser son bureau « vue sur mer assurée » au si sympathique Éric Ciotti ?

Que dire des hurlements qui accompagnèrent Rachida Dati de sa voiture de fonction jusqu’à sa permanence : « Dégage ! », hurle un badaud. L’automobile disparaît dans la nuit comme celle de Maria Casarès ramenait les morts dans l’Orphée de Cocteau. C’est, lourd de larmes qu’on ne doute pas sincères, que François Bayrou quitte sa chère ville de Pau, un commentateur de plateau y allant de sa petite remarque en forme de clou de cercueil : « Fin de mandat, fin de carrière, probablement, pour Bayrou. » De son côté, Estrosi n’abandonne pas son panache qui fleure bon la friction astringente aux pins de la région : « Je quitte définitivement la vie politique… locale » (entendez : « je vais aller bouder dans une villa, de là où le crâne chauve de l’autre enquiquineur ne pourra plus me gâcher la lecture de Forum Opéra, mais si Macron m’appelle pour un truc, un truc sérieux, un truc au moins régalien, j’y retourne. »)

Ah, si la vie des chanteurs d’opéra était aussi théâtrale que celle des ténors de l’Assemblée. Un mauvais film, ou deux, nous laisse croire que la diva se cache pour mourir ; qu’elle donne un dernier récital – fait des ultimes hululements moirés de sa gamme expressive –, ses meilleurs amis sont là, foulant le tapis de larmes, de regrets et de « Arrêter si jeune ? Vraiment, quelle sottise ! », mais personne n’est dupe et mamy finit en Ehpad, ses 33 tours sous le bras, souvenirs de ses enregistrements avec Ernest Blanc, qu’elle finira par confondre avec Pascal Sevran. Comment dire ? Car l’heure de conclure est venue : rien ne nous intéresse plus que la politique ; elle seule sait (plus ou moins) de quoi demain sera fait. La douleur est amère – allons, allons, séchez ces vilaines larmes et toi, Rachida, mouche-toi, ou tu ne seras plus présentable au tribunal. Rien ne nous intéresse plus que la politique, donc, sinon de veiller à ce que les partis réservent à la culture la place qu’elle mérite au centre de gravité des prochains programmes de l’élection présidentielle. On parlera de crise, de prix du gaz, de saut d’index, d’un mauvais taux de croissance et de la situation qui se dégrade au Groenland. Tout cela, braves gens, n’est que diversion : ces arguties entendent faire baisser (encore !) le nombre de levers de rideau, priver les ensembles – les jeunes comme les vieux – des modestes fonds qui leur permettent de payer, modestement, leurs équipes, et encore plus modestement les porteurs de projet. Soyons la vigie qui, droite et fière, s’engagera à ne rien laisser passer.

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Edita Gruberova donnant à Rachida Dati des cours de Yoga en Roberto Devereux

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