Eternel printemps d'une salle aux cent printemps

Théâtre, Comédie et Studio des Champs-Elysées, trois scènes et une formidable aventure

Par Jean Cabourg | jeu 27 Juin 2013 | Imprimer
 
En 1963, le cinquantième anniversaire de l’inauguration du Théâtre des Champs-Elysées ne fut apparemment célébré que par la publication d’une assez mince plaquette. L’anniversaire de la création du Sacre du printemps, notamment par un concert dirigé par Pierre Boulez et dont la captation radiodiffusée est jointe au présent volume. Mais le bâtiment des Frères Perret, avec ses fresques de Maillol et de Maurice Denis, devait paraître un peu désuet aux yeux de la modernité post-Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, en revanche, et grâce à la restauration intégrale dont elle a fait l’objet dans les années 1980, cette salle nous paraît être une des plus belles de la capitale. Pourtant, ce n’est pas surtout l’édifice qu’il s’agit ici de commémorer (même si les cinquante premières pages lui sont consacrées, où l’on apprend notamment que le TCE, ou du moins son vestibule, possède une réplique exacte en Turquie), mais bien davantage la musique qu’on y joua, les artistes qui s’y produisirent et – c’est l’une des originalités du livre – les hommes et les femmes de théâtre qui jouèrent sur les deux autres scènes réunies sous le même toit, la Comédie des Champs-Elysées, dont Louis Jouvet tint les rênes, y créant Knock ou les premières pièces de Giraudoux, et où Anouilh devait triompher à partir des années 1950, en attendant le grand succès connu par Yasmina Reza avec Art en 1994. La musique occupe néanmoins dans ce volume une place proportionnelle à la superficie du TCE par rapport aux deux autres salles, et le mélomane trouvera donc largement de quoi satisfaire sa curiosité. Il ne s’agit pas exclusivement de musique vocale, l’opéra ayant connu, avenue Montaigne, des périodes fastes et des heures sombres, mais tous les grands noms et toutes les heures glorieuses sont dûment évoquées.
 
Pour ce faire, Raymond Soubie, Président du Conseil d’administration du TCE, et Alain Destrem, Président de la société immobilière du TCE, alias « 15.Montaigne », ont fait appel aux meilleures plumes aujourd’hui disponibles en France, la conception et la coordination éditoriale ayant été assurée par Nathalie Sergent, directrice édition et multimédia du TCE. Myriam Chimènes, grande spécialiste de la musique sous la Troisième République, brosse le portrait de Gabriel Astruc, le premier directeur, responsable de l’éblouissante saison 1913-14, qui vit se succéder les créations les plus mémorables. Gérard Mannoni parle des Ballets Russes et des Ballets Suédois, puis revient tout au long de l’ouvrage dès qu’il s’agit de danse, mais pas seulement, car ses compétences lui permettent aussi d’évoquer les plus grandes sopranos du XXe siècle, les Flagstad, Seefried Rysanek, Callas, Los Angeles, Janowitz, Berganza et autres Schwarzkopf. André Tubeuf, bien sûr, fait le point sur la Pénélope de Fauré, fait revivre Lotte Schoene, Lotte Lehman et Lauritz Melchior, Régine Crespin, ou honore les grandes d’aujourd’hui, Anna Caterina Antonacci et Cecilia Bartoli. Christian Merlin aborde les grands chefs et les grands orchestres venus donner des opéras en version scénique ou en concert, et fait même l’éloge de metteurs en scène comme Jena-Pierre Ponnelle ou David McVicar. Jacques Pessis parle du jazz et de Josephine Baker, de Maurice Chevalier ou de Charles Trénet. Certains auteurs n’interviennent que pour un article : Christian Wasselin sur Benvenuto Cellini et ses différentes incarnations au TCE entre 1913 et 2013, Jean Cabourg sur Maria Barrientos, pour qui Astruc avait monté Lucia di Lammermoor et le Barbier de Séville. D’anciens directeurs prennent aussi la parole : Dominique Meyer, Alain Durel ou Georges-François Hirsch. Ivan A. Alexandre intervient pour nous montrer combien le Théâtre des Champs Elysées fut toujours à la pointe de la redécouverte du répertoire baroque : si Lully et Haendel y furent fêtés à maintes reprises, et de fort belle manière, Rameau n’y fut pratiquement jamais donné en version scénique (Debussy aurait dû y diriger la résurrection des Indes galantes durant la saison 1914-1915 mais l’histoire en décida autrement). Frédéric Delaméa souligne que le TCE fut en 1948 « la première grande scène européenne à accueillir un dramma per musica du compositeur avec La Fida Ninfa », bien avant de donner à entendre en 2003, puis à voir en 2011 Orlando Furioso dirigé par Jean-Christophe Spinosi.
 
Aux textes s’ajoute bien sûr une iconographie abondante, en noir et blanc ou en couleurs, affiches et programmes de spectacles, photographies, dessins, autant de documents qu’on retrouvera sur le site www.tce-archives.fr, et le volume se double d’une « édition tablette » réalisée en partenariat avec l’INA, qui permet de compléter la lecture par l’adjonction de petites pastilles sonores ou vidéo, de voir les images plus grandes, plus lumineuses ou plus nombreuses que les reproductions sur papier.
 
 
 
 
 
 

 

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