Garsington angevin

Faust - Baugé

Par Jean-Marcel Humbert | sam 06 Août 2022 | Imprimer

Passionnés d’opéra, John et Bernadette Grimmett le sont indéniablement, qui se sont lancés en 2003 dans une entreprise aussi folle que sympathique : partager entre l’espace culturel de la ville de Baugé-en-Anjou et un théâtre éphémère édifié façon Garsington dans leur propriété, le domaine des Capucins, des représentations d’opéra dont les entractes sont prétextes à des pique-niques champêtres. Les plus grandes œuvres lyriques y sont données, avec souvent de jeunes chanteurs dont ce sera le tremplin, et des vétérans plus aguerris. La qualité musicale y est sans concession, et le public – on y entend beaucoup parler anglais – répond présent à cette proposition musicale si originale, y prend plaisir, et s’étoffe avec le temps. Malheureusement, comme ailleurs, le covid a frappé, les deux dernières saisons ont dû être annulées, et cette année encore les remplacements multiples dus à des maladies, joints à l’augmentation des frais généraux (avions, etc.) sur quatre productions (La Veuve joyeuse, La Servante maîtresse et Bastien et Bastienne, La Traviata et Faust) constituent autant de risques crânement affrontés et maîtrisés par les organisateurs, avec l’aide de la municipalité, très concernée. Cette année constituait donc une remise en route après deux années d’arrêt, et comme la baisse de fréquentation, admise comme partout à quelque 20 %, risquait de menacer la pérennité de l’organisation qui doit s’auto-financer à 50 %, il a été décidé de jouer à l’espace culturel et d’abandonner provisoirement le théâtre éphémère.


© Opéra de Baugé / Alexander Kabanov

C’est néanmoins devant une salle quasi-pleine qu’est donnée ce soir la troisième représentation du Faust de Gounod, chanté en français et surtitré en anglais. La scène est exiguë mais grâce à un plan étagé, permet d’évoquer divers lieux, la maison de Marguerite, l’église… et d’accueillir une vingtaine de choristes. La mise en scène de Bernadette Grimmett et Guido Martin-Brandis y est donc sérieusement contrainte par l’espace, mais de ce fait impose une lecture épurée et fort claire de l’œuvre, qui doit parfaitement convenir à un public peu averti. On regrette néanmoins des réductions (dont le chœur des soldats « Gloire immortelle de nos aïeux » sérieusement amputé) et coupes (l’acte IV). L’orchestre de 35 musiciens sonne fort bien dans ce lieu qui n’est guère prédisposé à l’opéra, sous la baguette du jeune chef Thomas Blunt, qui après un début un peu lent, donne à l’œuvre tout son éclat et ses couleurs sonores.


© Opéra de Baugé / Alexander Kabanov

Faust se prête finalement bien à ce type de production simplifiée, et l’on finit par se prendre au jeu, au point que des moments d’émotion jaillissent avec la mort de l’excellent Valentin de James Rock ou celle de la non moins talentueuse Marguerite de Katarzyna Holysz qui rend tout à fait plausible la déchéance et la rédemption de la malheureuse héroïne. Le rôle n’est pas tout à fait pour elle (elle chante par ailleurs, entre autres, l’Adalgise version soprano de Norma, et serait certainement une excellente Sieglinde), mais sa voix nuancée et chaude arrive tout à fait à convaincre. Ce n’est malheureusement pas le cas du Méphisto de Denis Sedov, à la voix forte mais flottante, à la prononciation hasardeuse, et au jeu « années 50 » qui séduit le public mais ne répond plus du tout aux critères actuels. Moins aguerri, le Faust d’Olivier Trommenschlager ne laisse pas indifférent, malgré des défauts de jeunesse. La voix change plusieurs fois de couleur au fil de la représentation, le falsetto n’est pas maîtrisé (réécouter Alain Vanzo), le jeu scénique demeure primaire, mais la matière vocale est intéressante et mérite d’être travaillée. Citons enfin le délicieux Siebel d’Elsa Janulidu, à la voix bien agréable, et au jeu parfait, naturel et sans mièvrerie. Une mention particulière pour des chœurs sonores, musicaux et concernés.

L’an prochain, prévoyez donc un passage par Baugé, vous ne regretterez pas cette découverte hors du commun !

 

 

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