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Felicity Lott, Lambert Wilson, Jacqueline Bourgès-Maunoury - Dinard

Par Tania Bracq | sam 06 Août 2022 | Imprimer

Après une première édition acrobatique liée au Covid ainsi qu'au Brexit – et à la difficulté de faire traverser la Manche aux artistes –, Dinard Opening débute avec une soirée emblématique de l'esprit d'ouverture du festival franco-britannique.

Lambert Wilson, parrain de cette saison 2022, y compose avec Felicity Lott un impeccable couple de music-hall qui décline en bilingue l'éventail des possibles amoureux de la mélodie jusqu'à la comédie musicale avec de sérieuses limites techniques mais un abattage qui n'a d'égal que leur complicité.

Ce programme inédit, créé pour l'occasion, s'appuie sur le piano remarquablement attentif et sans afféterie de Jacqueline Bourgès-Maunoury. La musicienne connaît bien les deux artistes qu'elle a déjà accompagnés pour plusieurs spectacles au croisement de la musique et de la littérature.

Les trois acolytes déambulent en une trentaine de numéros sur la carte du Tendre de la musique légère sans se préoccuper d'un fil narratif ou d'une chronologie sentimentale.

Le duo d'entrée, « Darling, je vous aime beaucoup » d'Anna Sosenko, donne immédiatement le ton délicieusement « franglish » de la soirée avant un superbe extrait de Gigi, « I remember it well », qui souligne à quel point ces deux-là ne se prennent pas au sérieux. Ils y interprètent un « colloque sentimental » de fantaisie où deux vieux amants n'ont plus du tout les même souvenirs de leur rencontre, au point que l'on s'interroge : ce sont-ils jamais rencontrés ? Les deux chanteurs sont tout aussi crédibles et charmants en jeunes premiers pour le Duo de l'âne de Véronique ou «  All I ask of you », extrait de The Phantom of the Opera.

Par la suite, Lambert Wilson s'expose à plusieurs reprises bien au-delà de ses moyens vocaux, notamment dans les mélodies de Vaughan Williams dont il aurait pourtant aisément pu faire l'économie, tant le programme est déjà (trop) roboratif. Les aigus sont vacillants, le corps peu impliqué vocalement, la justesse problématique. Le comédien heureusement sauve le chanteur ; Il est si drôle en adolescent emprunté dans les chants traditionnels adaptés par Benjamin Britten !

Dame Felicity Lott lui donne la réplique avec la générosité qu'on lui connaît, y compris lorsqu'elle reste silencieuse – comme dans «  Don’t put your daughter on the stage, Mrs. Worthington » de Noël Coward – rendant parfaitement crédible leur couple, qu'ils interprètent comme des personnages de leur génération ou deux gamins qui aiment décidément bien dindons et moutons (la Mascotte, Audran).


 © Candide Camera

La chanteuse ne violente jamais sa voix, travaille ses faiblesses avec délicatesse, accentuant l'expression, les couleurs , les nuances dont de très beaux piani. L'élégance vocale autant que scénique est une vraie leçon, que ce soit dans le si drôle «  Never say no to a man », extrait de State Fair de Richard Rodgers, le fripon «  A Bar on the Piccola Marina » de Noël Coward ou encore le mutin «  Ça fait peur aux oiseaux » de Paul Bernard.

La parfaite maîtrise des styles musicaux ainsi que le merveilleux talent d'acteur de ces deux conteurs trouvent leur apogée dans de beaux moments d'émotion comme «  If Love were all » de Noël Coward ou enfin «  How could I ever know ? » , tiré du Secret Garden de Lucy Simon.

Dinard accueille encore d'éclectiques et tentantes propositions jusqu'au 12 août comme les King's singers le 7, Keyvan Chemirani le 8 ou encore Stacey Kent pour la clôture du festival.

 

 

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