Retour triomphal

Hamlet - Paris (Opéra Comique)

Par Christian Peter | mar 25 Janvier 2022 | Imprimer

Pour cette reprise d’Hamlet, l’Opéra-Comique affichait salle comble, il faut dire que la critique dans son ensemble avait encensé la première série de représentations en 2018 et que l’ouvrage connaît depuis quelques années un regain d’intérêt : en 2000, Thomas Hampson et Natalie Dessay y avaient triomphé au Châtelet, par la suite il a été donnée régulièrement, notamment à Marseille en 2010, Bruxelles en 2013, Rennes en 2019 et dans les prochains jours, Saint-Etienne l’affichera à son tour. De plus, la distribution, à quelques exceptions près , est la même qu’à la création, on ne change pas une équipe qui gagne.

La production de Cyril Teste qui utilise abondamment la vidéo, a plutôt bien vieilli, elle s’est même bonifiée, les quelques faiblesses mentionnés par Christophe Rizoud en 2018 ont été atténuées voire gommées. Ainsi la mort d’Ophélie qui conclut l’acte IV où derrière la frêle silhouette de la jeune fille un écran gigantesque nous montre une étendue d’eau agitée et menaçante dans laquelle elle finit par se noyer, constitue un moment d’émotion intense longuement acclamé par le public. Aux tableaux qui font la part belle au théâtre comme le final spectaculaire de l’acte deux, se mêlent astucieusement des séquences typiquement cinématographique comme  les gros plans sur les visages des protagonistes principaux qui scrutent la moindre de leurs émotions.

Isabelle Deffin a habillé les personnages de vêtements contemporains particulièrement élégants. Les hommes sont en costumes sombres, les femmes portent des robes du soir aux teintes pastel. 

Le tout constitue un spectacle qui tient constamment le public en haleine, porté par une troupe de chanteurs d’un niveau exceptionnel, tous habités par leurs rôles, à commencer par Stéphane Degout qui incarne le personnage depuis une dizaine d'années et que l'on peut considérer désormais comme le meilleur Hamlet de sa génération. Depuis 2018 il a encore approfondi son incarnation, épousant tous les affects de ce héros complexe et tourmenté avec une ampleur et une endurance vocales qui forcent l’admiration. Le baryton possède une large palette de nuances qui lui permet d’alterner d’impressionnants éclats de voix dans les scènes de colère avec d’imperceptibles murmures, par exemple lorsqu’il exprime son chagrin en apprenant la mort d’Ophélie au dernier acte (« Comme une pâle fleur »). De même, il livre une interprétation extravertie et claironnante de son air « O vin dissipe ma tristesse » qui contraste avec son « être ou ne pas être » sobre et intériorisé.


Sabine Devieilhe. Stéphane Degout. Hamlet © Vincent Pontet

A ses côtés Sabine Devieilhe n’est pas en reste, elle a fait sien avec bonheur le personnage d’Ophélie à qui elle apporte le fraîcheur de son timbre juvénile, ses aigus brillants et son medium solide ainsi que la fragilité de sa silhouette. Sa grande scène « A vos jeux mes amis », qui ouvre ici directement l’acte IV sans les interventions des paysans qui la précèdent, est un grand moment d’émotion contenue, la soprano évite soigneusement d’en faire un étalage de virtuosité pour se concentrer sur la souffrance du personnage. L’effet est saisissant. Elle n’en propose pas moins quelques suraigus lumineux tout à fait bienvenus. Appelée au dernier moment pour remplacer Lucile Richardot souffrante, Géraldine Chauvet est une Gertrude de luxe au timbre homogène et profond. Laurent Alvaro possède une voix sombre et un grave opulent. L’élégance de sa ligne de chant sied au personnage royal de Claudius tandis que Jérôme Varnier incarne avec bonheur le spectre grâce à son timbre caverneux. Enfin Pierre Derhet est un Laërte au physique avantageux et à la voix prometteuse. Il convient de mentionner également Yu Shao et Geoffroy Buffière impeccables dans leurs doubles prestations, ainsi que le Chœur Les éléments fort bien préparé par Joël Suhubiette.

Louis Langrée fait sonner son orchestre avec éclat, pour compenser sans doute un effectif relativement modeste et propose une direction énergique, spectaculaire et théâtrale qui lui vaut une ovation méritée tant après l’entracte qu’au salut final.      

       

 

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