Hardi, Verdi !

Il Corsaro - Monte-Carlo

Par André Peyrègne | mar 14 Décembre 2021 | Imprimer

Alerte en Principauté ! Un corsaire a débarqué à Monaco. Oh pas un corsaire coupeur de têtes, chercheur de trésors, non, un corsaire coureur de mers et de femmes, un corsaire à la voix irrésistible : le « Corsaire » de Verdi – ce brillant opéra de jeunesse , auquel on n’accorde pas l’attention qu’il mérite sur les scènes internationales et dont on ne comprend pas le mépris qu’ont pour lui beaucoup de musicologues.

Il y a encore dans cet ouvrage certains aspects bel cantistescomme les cabalettes des deux sopranos (dont celle de la fiancée du pirate au premier acte) mais on perçoit déjà le souffle qui portera les futurs grands ouvrages. N’y a-t-il pas quelque chose de Rigoletto dans l’air du pacha tortionnaire du corsaire « Alfin questo corsaro e moi prigione » ? On pressent déjà l’intensité lyrique du Trouvère dans la scène de la prison ou dans le vibrant trio final. La musique vous emporte comme une tornade. On constate l’audace musicale d’un génie de 34 ans. Hardi Verdi !

Cet opéra n’avait encore jamais été donné à Monaco. Il l’a été en version de concert.

Il raconte l’histoire invraisemblable d’un corsaire qui a été capturé par un pacha ; la favorite du pacha, tombée amoureuse, le fait évader après avoir tué son maître ; le corsaire retrouve sa fiancée au moment où elle vient d’absorber un poison ; le corsaire se suicide en voyant mourir sa bien aimée ; la favorite du pacha sombre dans le désespoir. 

Aux interprètes de nous rendre crédible cette histoire ! Ceux qu’on a entendus à Monaco ne s’en sont pas privés. D’abord le ténor italien Giorgi Berrugi. Il possède une ligne de chant impeccable, riche en contrastes, puissamment projetée. Il y a dans son timbre quelque chose de latin qui convient à l’opéra verdien et dans son expression une sauvagerie qui enflamme son personnage de corsaire.

Lorsque résonne le bronze superbe du baryton polonais Artur Rucinski, incarnation du pacha, un frisson vous parcourt. Il faut l’entendre dans son « Salve Allah » à l’acte II ou dans sa tirade contre le corsaire au III. Sa densité vocale, sa puissance expressive font merveille.  

Deux sopranos se partagent la scène : la favorite du pacha et la fiancée du corsaire. Il est peu de dire que favorite du pacha fut aussi celle du public. C’était la soprano Roberta Mantegna. En voici une qui ne faiblit pas, face aux vocalises colorature et aux contre-ut répétés. Elle vous emporte par la vaillance de son chant, son timbre mordant, son intensité expressive et, vers la fin de l’opéra, cette ultime note tenue dans l’aigu qui fit vibrer la salle entière. 



Roberta Mantegna © Alain Hanel

La soprano russe Irina Lungu était dans le rôle de la fiancée. Même si on aime sa voix souple, son aigu facile, on ne l’a pas sentie totalement à l’aise dans les détours sinueux de son premier air « Non se le tetre immagini ». On l’a entendue meilleure, naguère, en Gilda – mais ce n’est pas le même Verdi !

Par leur assise vocale, les brèves interventions de la basse coréenne In-Sung Sim furent admirables. Rien qu’à les entendre, leur couleur sombre rendait le personnage redoutable.  

Avec sa direction sans cesse fluctuante et toujours maîtrisée, le chef Massimo Zanetti a fait flamboyer un  chœur et un orchestre excellents. Au dessus des flots impérieux, tempétueux, majestueux de la musique de Verdi, il apparut en capitaine glorieux, susceptible de maîtriser les plus indomptables corsaires.

 

 

 

 

 

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