Deuxième distribution de premier choix

La Périchole (2e distribution) - Paris (TCE)

Par Christophe Rizoud | mar 15 Novembre 2022 | Imprimer

C’est la fête avant les fêtes au Théâtre des Champs-Élysées. Deux distributions alternent dans une Périchole réglée au cordeau par Laurent Pelly et Marc Minkowski. Christian Peter nous racontait hier à l’issue de la première l’efficacité d’un « spectacle revigorant ». Que dire de plus sans le paraphraser si ce n’est également louanger l’à-propos scénique en parfait accord avec l’interprétation musicale, supérieure selon nous à l’enregistrement réalisé en 2018 par Marc Minkowski, ne serait-ce qu’en raison de la version choisie, traditionnelle avec un troisième acte rétabli dans son intégrité. A peine le rideau levé, la salle glousse, puis vite conquise s’esclaffe, applaudit chaque numéro et pour finir frappe en rythme dans ses mains comme au bon vieux temps du French Cancan.

D’une affiche à l’autre, l’enthousiasme ne faiblit pas. Peut-on d’ailleurs vraiment parler de deuxième distribution puisque seuls deux interprètes diffèrent : la Périchole et le Vice-roi. Tous les autres chanteurs sont inchangés, y compris Piquillo – excellent Stanislas de Barbeyrac qui, s’il ne s’inscrit pas dans l’arbre généalogique de José Dupuis, le créateur du rôle réputé pour sa souplesse et sa hauteur d’émission, offre une proposition gouailleuse où la vigueur compense les limites de l’aigu – ah, qu’ils sont difficiles à négocier ces « gno-gnol-gnol » voulus par Offenbach et ses librettistes comme un pied-de-nez aux origines de l’Impératrice Eugénie.


© Vincent Pontet

Deux nouveaux venus donc : Alexandre Duhamel, Vice-roi à l’énergie débridée, dont les récents Golaud se devinent à la manière gourmande de goûter le texte sans pour autant forcer le trait, ni abuser d’une voix de stentor désormais prête à négocier le virage wagnérien ; et Marina Viotti sur laquelle le récent hommage discographique à Pauline Viardot a diésé l’attention. Sa Périchole façon punk à chien ne fait pas dans la dentelle et pourtant quelle étoffe, quelle ligne, quelle classe dans un air de la lettre saturé de couleurs ou subtilement irisé selon l’intention recherchée. Quelle imagination dans les couplets de la griserie où sur un orchestre titubant, la chanteuse lance des « chut » à chaque fois différents. Quel tempérament dans « Ah, Que les hommes sont bêtes » avec des « nigaud » en voix de poitrine qu’une commission de classification interdirait aux moins de seize ans et quels accents dans un « tu n’es pas beau » à punaiser sur la porte d’un placard à côté de la playmate du mois. Voilà d’un coup d’un seul la Périchole, sœur d’une Carmen dont on attend l’inévitable avènement.

 

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