Paris sera toujours Paris

La Vie parisienne - Paris (Gaveau)

Par Jean-Marcel Humbert | ven 20 Novembre 2015 | Imprimer

Tout juste une semaine après les tragiques événements parisiens du 13 novembre, cette représentation de La Vie parisienne est dédiée par les artistes « à toutes les victimes du fanatisme ». Après cet instant de pensée et de recueillement, le porte-parole de la troupe ajoute « nous jouerons, chanterons et danserons ce soir pour que la vie parisienne ne s’arrête pas ».

Cela fait de nombreuses années que nous suivons Les Tréteaux Lyriques, où se mêlent des professionnels et des amateurs, et dont nous avions tout particulièrement apprécié en 2009 La Princesse de Trébizonde. Aujourd'hui, grâce à la metteuse en scène Mirabelle Ordinaire, on retrouve cette troupe sympathique au meilleur de sa forme, dans une production un peu sage mais professionnelle, sensible et soignée, sans une once de vulgarité. La direction d’acteurs est réussie, respectant au pied de la lettre la tradition dans ce qu’elle a de positif. Après un démarrage un peu laborieux, les ensembles sont fort bien menés, comme en particulier « Tout tourne tourne tourne », ou « Il est gris », malgré l’exiguïté de la scène.

Il faut dire que la Salle Gaveau n’est certes pas faite pour recevoir des spectacles scéniques : le plateau est petit, avec seulement trois portes étroites pour y accéder, sans cintres ni portants, et sans fosse d’orchestre. Il fallait donc trouver une solution pour permettre au spectacle de se dérouler de façon plausible et avec fluidité. Ce qui est obtenu grâce aux éléments scéniques de Philippine Ordinaire, qui nous transportent d’un buffet de gare aux divers salons où se déroule l’action. Quelques tables juponnées de nappes colorées, de grands paravents réversibles, des plantes vertes, c’est simple, joli et efficace, et l’on gagne en unité et en rapidité ce que l’on perd en spectaculaire. Les costumes de Françoise Raybaud et Sylvie Blondeau sont également soignés, et parfois même amusant comme le Brésilien couleurs cacatoès, et l’ensemble, transposé sous la Troisième République, s’adapte fort bien au décor 1900 de la salle.


© Gilles Plagnol

La version choisie est celle en 4 actes, un peu hybride dans la mesure où elle nous prive de l’acte IV dit « de Madame de Quimper-Caradec » et de son air extraordinaire « Vengons-nous, vengeons-nous, il faut nous venger », qui explique certains éléments restant sans cela obscurs, et surtout qui fait basculer l’action en permettant aux femmes de reprendre à ce stade la main. Mais l’air rarement donné de la baronne de Gondremarck, « Je suis encor tout éblouie », bien défendu par  Juliette Hua, a été conservé, redonnant ainsi plus de corps à ce rôle autrement un peu effacé. La production n’a pas non plus cédé à la modernisation des textes, tout au plus entend-on « La Dessay dans Don Pasquale et puis aussi Mylène Farmer », qui remplace de façon amusante « La Patti dans don Pasquale et Térésa dans Le Sapeur ».

Comme toujours dans ce type de troupe, quelques personnalités dominent l’ensemble. On retrouve ainsi avec plaisir Jean-Philippe Monnatte, qui campe un baron de Gondremarck absolument désopilant et d’une justesse de ton totale, surtout quand il découvre la supercherie dont il a été victime. Ses qualités vocales et sa prestance donnent au rôle une grande autorité qui n’éclipse pas ses partenaires mais au contraire les met en valeur. Le bottier Frick de Rémy Buclin est tout aussi drôle et bien chantant, de même que la gantière Gabrielle d’Estelle Gombaud, piquante et vive à souhait. Elodie Romand (Métella) manque encore un peu de ce côté cocotte demi-mondaine jouant avec les hommes comme avec autant de pantins, mais a fort bien assuré. Quant à Géraldine Monnier (Pauline), c’est le côté un peu canaille et racoleur du personnage qu’il lui reste à acquérir. Du côté des hommes, le couple Jean-Philippe Alosi et Frédéric Lenoir (Gardefeu et Bobinet) a tout l’allant nécessaire, de même que le Brésilien de Marc Chapel. Le reste de la distribution ne démérite pas. Les voix sont parfaitement adaptées aux rôles, et la direction musicale de Laurent Goossaert entraîne ses troupes avec son entrain habituel, fort communicatif. Un joli spectacle à voir pour casser la triste morosité ambiante.

 

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