Trop de flonflons

La Vivandière - Montpellier (Festival)

Par Yvan Beuvard | mer 24 Juillet 2013 | Imprimer
 
Après Madame Sans-Gêne, la deuxième production lyrique de l’édition 2013 du festival de Radio-France et Montpellier Languedoc-Roussillon nous offre une autre vivandière pour héroïne. La création de cet opéra-comique en trois actes de Benjamin Godard eut lieu à Bruxelles, à La Monnaie, le 21 mars 1893, donc deux ans avant la disparition de son auteur, et avec une orchestration différente de celle « complétée » par Vidal pour la reprise parisienne, deux ans après. Le thème patriotique du livret d’Henri Caïn correspondait au goût de l’époque. Quant à la musique de Benjamin Godard, elle était prisée de cette bourgeoisie envahie par le piano et la romance.
Le premier acte se déroule « Aux environs de Nancy », après les victoire républicaines inaugurées par Valmy, et non pas en Vendée, comme le laisse entendre le programme. Ce qui n’est pas anodin au moment où, en 1893 une partie de la Lorraine est devenue allemande. La brève introduction orchestrale est sans équivoque : nous sommes dans le genre militaire, frisant le pompier. Le chœur et la chanson de marche, qui reviendra naturellement illustrer la narration, devaient plaire au public de l’époque. Durant ce premier acte qui voit Georges s'engager dans l'armée et Jeanne recueillie par Marion - La Vivandière -, se succèdent des idées mélodiques le plus souvent banales, fragmentaires, des poncifs, avec une illustration quasi littérale du livret - sans les braiements de Grisonnet, le valeureux âne de Marion - et une orchestration dépourvue d’intérêt. Seuls le « Viens avec nous, petit » et le duo entre Georges et Jeanne retiennent l'attention. L’acte s’achève dans l’indifférence du public, dont les applaudissements sont rares, malgré les mérites des interprètes. On est en droit de redouter le four…
Le deuxième acte, un campement républicain en Vendée, nous offre une berceuse, moins célèbre que celle de Jocelyn mais du même tonneau, chantée à Jeanne par Marion. Le duo entre cette dernière et le Capitaine Bernard est une des rares pages dramatiques réussies de l’ouvrage, dont l’expression paraît juste et convaincante. L’Hymne à la Patrie entonné par la Vivandière et repris par les solistes et les chœurs emporte l’adhésion et conclut un deuxième acte davantage apprécié du public.
Un nouveau chœur qui célèbre la victoire ouvre l’acte 3, à la limite de la caricature tant le contraste entre les paroles « On s’est cogné durement…amusons-nous, rions follement » et la musique est fort. L’allegretto vire à la marche funèbre et les choristes, le nez dans leur partition, sont tout sauf joyeux. Georges veut délivrer le marquis, son père, au péril de sa vie. La Vivandière l’en dissuade : elle s’en chargera. Son air « J’ai pu les éloigner » est une page intéressante. L’évasion réussie, l’alarme sonne et Marion se dénonce dans un air poignant, qui se poursuit en un beau duo avec Bernard, navré de la voir promise à la condamnation par la cour martiale. Les trompettes sonnent l’assemblée : un décret de la Convention marque la fin de la guerre et accorde l’amnistie aux vaincus. Finale bref aux accents de chant du départ sur « Vive la Nation ».
    
Cette partition est avant tout l’occasion pour Nora Gubisch dans le rôle-titre de déployer sa belle voix, ample, chaleureuse, un modèle de diction, et, surtout, chargée d’un lyrisme juste. Dans sa meilleure forme, la mezzo, égale dans tous les registres, fait vivre une musique qui en a bien besoin, de la berceuse jusqu’au dénouement vériste, n’était la fin heureuse, mais artificielle. Jeanne est touchante, incarnée par Omo Bello, qui lui confère toute sa fraîcheur simple, candide et bonne. Alexandre Duhamel, impose d’emblée le sergent la Balafre avec sa voix splendide de baryton, puissante, bien timbrée, toujours intelligible. Florian Laconi, ténor à l’émission claire, parfois légèrement acide, chante avec un art consommé le jeune Georges. Le capitaine Bernard a trouvé son interprète : Etienne Dupuis, baryton énergique et souple. Frank Ferrari, qui a dû remplacer Jean-Marie Frémeau, incarne le marquis, avec une émission instable.
La direction de Patrick Davin relève de la mise en place, peu attentive aux chanteurs. L’orchestre n’est pas au mieux de sa forme, avec des cuivres dont les attaques et l’intonation sont parfois mises à mal. Quant aux chœurs, ils s’efforcent à la vaillance requise par l’ouvrage, mais ne sont pas convaincants.
Malgré l’engagement de chacun des solistes, il faut convenir que l’œuvre sent la naphtaline, sinon le formol, la postérité décadente de Bizet, les flonflons en supplément. La Vivandière est une partition quelque peu désuète où la simplicité confine à la mièvrerie, sans grande force, malgré quelques moments dramatiques, dont le langage et l’orchestration déçoivent. Godard n’aurait-il jamais écouté Berlioz ou Meyerbeer ? Si la déclamation musicale paraît toujours juste et naturelle, l’ouvrage ne comporte que quelques pages dignes d’être conservées. L’orchestration, que Vidal compléta à la mort de Godard, ne brille pas par son originalité.