Le triste hiver de Ferruccio Furlanetto

Le Voyage d'Hiver - Paris (Bastille)

Par Clément Taillia | dim 10 Mai 2015 | Imprimer

Peu d’œuvres exigent de leurs interprètes autant d’introspection et de concentration que Le Voyage d’Hiver. Remarquablement homogène, mais caractérisé néanmoins par une progression dramatique savamment dosée, le cycle n’offre ses mystères ni aux histrions ni aux chanteurs qui, craignant le Grand-Guignol, croient trouver leur salut dans une cérébralité aussi rigoureuse qu’hermétique à la sensibilité de Wilhelm Müller si subtilement sublimée par Franz Schubert.

Pour ces raisons, écouter ce que Le Voyage d’Hiver inspire à Ferruccio Furlanetto pouvait au choix inquiéter ou intéresser, selon que l’on se rappelait le peu de cas que fait la basse italienne de la sobriété et de la tenue stylistique ou que l’on préférait observer sa fréquentation désormais récurrente de l’œuvre, à Saint-Pétersbourg, Milan ou au Festival de Carinthie dernièrement, à Vienne prochainement.

Mais il arrive que même les doutes les plus persistants ne soient pas assez pessimistes pour anticiper l’ampleur d’une déception foncièrement schubertienne, c’est-à-dire à la fois poétique et musicale. Poétique parce que l’allemand de Ferruccio Furlanetto, approximatif (les petites fautes de texte sont légion) et guttural (l’âpreté systématique des fins de phrase semble motivée par le besoin d’évacuer un crachat ou des reliefs de repas coincés entre deux prémolaires) ne lui permet pas de ciseler les mots, de modeler les phrases pour faire sourdre toutes les émotions qui y sont contenues. La basse se borne alors à une expressivité à sens unique, uniformément plaintive et souffreteuse. Musicale parce que Le Voyage d’Hiver, par sa durée, son ampleur, sa complexité harmonique, sa richesse mélodique, demande une voix en pleine santé. Après 40 ans de carrière, Furlanetto, visiblement affecté par une toux, ne cache pas sa peine, dans la vivacité de « Die Wetterfahne », déjà passablement amendée par un tempo bien pesant ; il vocifère « Erstarrung » et « Mut », détonne dans « Frühlingstraum » ; et il n’y a plus guère que « Der Wegweiser » et les premières strophes du « Lindenbaum » qui le trouvent plus convaincant, capable alors de montrer un phrasé plus libre, et un beau legato. Le piano dur et métallique d’Igor Tchetuev n’aide pas. Le public, chaleureux, applaudit les souvenirs d’un Fiesco ou d’un Philippe II, pour mieux oublier ce triste Wanderer… 

 

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