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Sumi Jo : « La personnalité artistique est essentielle » 

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Interview
22 juin 2026
À l’occasion du lancement de l’édition 2026 de la Sumi Jo International Singing Competition, le soprano coréen évoque ses quarante ans de carrière.

Comment la musique est-elle entrée dans votre vie en Corée ?

C’est grâce à ma mère. Elle a toujours aimé l’art, la musique et la poésie, et elle était une admiratrice passionnée de Maria Callas. Elle-même était soprano amateur ; on pourrait presque dire que mon destin était déjà tracé, tant elle souhaitait que je devienne chanteuse d’opéra.

Pour elle, la musique était une nécessité quotidienne. Je l’ai toujours vue écouter de la musique du matin au soir. Pendant sa grossesse, elle a écouté les enregistrements de Maria Callas durant les neuf mois qui ont précédé ma naissance.

Il était donc presque inévitable que je commence le piano à l’âge de quatre ans et que je sois très tôt familiarisée à la fois avec la musique classique occidentale et avec la musique traditionnelle coréenne, grâce à la passion et au dévouement de ma mère.

Quand avez-vous compris que vous étiez un soprano colorature ?

Ce n’est qu’à mon arrivée en Italie, à l’âge de vingt ans, que j’ai rencontré la mezzo-soprano et pédagogue Giannella Borelli, qui enseignait au Conservatoire Santa Cecilia de Rome. Après quelques leçons, elle m’a dit : « Vous ne sonnez pas comme une mezzo-soprano ; vous êtes plutôt un soprano colorature. »

J’ai d’abord éclaté de rire, car cela me semblait très surprenant. J’en suis même venue à douter de son jugement de professeur.

Pourtant, après deux mois de travail, quelque chose d’extraordinaire s’est produit. Comme elle était mezzo-soprano, elle ne pouvait pas me montrer les aigus de la même manière qu’une soprano, mais grâce à son enseignement, mes notes les plus élevées ont soudain commencé à apparaître naturellement.

Ce fut une expérience véritablement stupéfiante.

Parmi les rencontres de vos débuts, lesquelles ont été les plus déterminantes ?

Au cours de ma carrière, j’ai eu la chance de rencontrer certains des plus grands musiciens du monde : chefs d’orchestre, chanteurs et artistes de renommée internationale. Mais ces rencontres n’ont pas seulement été importantes sur le plan artistique ; elles l’ont aussi été sur le plan humain.

Au contact de personnalités dotées d’une profonde conscience de la vie et de sa finalité, j’ai mieux compris le sens même de l’existence et trouvé la motivation nécessaire pour continuer à avancer en tant qu’artiste.

J’ai compris que les artistes de très haut niveau — chanteurs comme instrumentistes — sont extrêmement rares. Ils naissent avec des dons exceptionnels. Certains possèdent naturellement une capacité extraordinaire à interpréter la musique et à communiquer avec le public, parfois même sans avoir besoin d’efforts démesurés.

Karajan était de ceux-là : la perfection incarnée, rien de moins.

Pour ma part, j’avais également reçu une certaine forme de talent et une sensibilité particulière qui m’ont permis de comprendre très tôt le langage de la musique. J’étais capable d’en saisir intuitivement l’univers.

Et cet univers musical dans lequel je suis entrée était profondément européen, même si je venais de l’Extrême-Orient.

Vous avez aussi beaucoup travaillé avec Alfredo Kraus

Il est l’un des plus grands ténors avec lesquels j’ai travaillé. Il m’a montré comment une voix peut être préservée et développée tout au long d’une carrière grâce à l’intelligence et à la discipline.

Pour les jeunes chanteurs d’aujourd’hui, il demeure un exemple remarquable de longévité et d’intégrité artistique.

La longévité vocale est-elle une valeur importante aujourd’hui ?

Elle est essentielle. Le monde actuel pousse à rechercher un succès rapide, mais l’opéra est un marathon, pas un sprint.

Les jeunes chanteurs doivent apprendre la patience et protéger leur voix avec sagesse. Il est également primordial de choisir un répertoire réellement adapté à sa nature vocale.

Quels sont vos chanteurs préférés, d’hier ou d’aujourd’hui ?

Ils sont peu nombreux.

J’admire profondément Maria Callas pour son intensité dramatique, Joan Sutherland pour sa technique extraordinaire et Montserrat Caballé pour la beauté de son style belcantiste.

Si vous ne deviez être associée qu’à un seul rôle, lequel choisiriez-vous ?

Beaucoup de personnes m’associent à la Reine de la Nuit, à Olympia, à Elvira et à d’autres héroïnes du répertoire colorature. Ces rôles ont été très importants dans ma vie.

Mais si je devais n’en retenir qu’un seul, ce serait Gilda dans Rigoletto.

Quelle a été votre expérience la plus marquante sur scène ?

Je pense à mes débuts au Festival de Salzbourg, étroitement liés à Herbert von Karajan.

Quelques mois auparavant, nous avions enregistré Un ballo in maschera pour Deutsche Grammophon en vue du célèbre Festival de Salzbourg. Mais une semaine avant la première représentation, Karajan est décédé brutalement.

Dans les derniers jours, il avait néanmoins assisté aux répétitions finales, ce qui nous avait permis de mener le projet à son terme. Le soir de la première, tous les artistes avaient les larmes aux yeux.

Pour moi, ce fut l’une des représentations les plus difficiles de toute ma carrière. Sa disparition toute récente m’avait profondément bouleversée et il était extrêmement difficile de rester concentrée, de chanter et de jouer.

Quand avez-vous ressenti le désir de transmettre votre expérience ?

Je ne me souviens pas précisément du moment où cette idée a germé, mais je crois qu’elle s’est développée progressivement, notamment lorsque j’ai commencé à donner des masterclasses et à siéger dans les jurys de grands concours internationaux.

C’est sans doute à travers ces expériences que le désir de transmettre ce que j’avais appris s’est naturellement imposé à moi.

Pourquoi avoir créé ce concours ?

J’ai commencé à participer aux concours internationaux avant tout pour des raisons très concrètes : j’avais besoin d’argent pour vivre et pour financer mes études de chant.

C’était mon histoire personnelle. Mais peu à peu, j’ai compris ce que signifiait réellement la compétition. Très souvent, lorsque je chantais, j’étais considérée comme l’une des favorites. Au-delà de mon propre parcours, j’ai compris que les concours pouvaient contribuer de manière décisive à la formation d’un artiste et lui offrir des occasions précieuses de se faire connaître.

Je souhaitais aider les jeunes chanteurs à acquérir de l’expérience, mais aussi à développer un véritable esprit de solidarité entre eux. Plus que tout, je voulais leur permettre de franchir une étape importante dans leur évolution artistique.

Qu’est-ce qui compte le plus à vos yeux : la voix ou la personnalité artistique ?

Les deux sont importantes, mais la personnalité artistique est, au final, essentielle.

De belles voix existent en grand nombre dans le monde ; en revanche, les artistes qui ont réellement quelque chose à dire sont beaucoup plus rares.

Qu’est-ce qui rend votre concours unique ?

Nous l’appelons le « Dream Competition ».

Il se déroule dans le magnifique château de La Ferté-Imbault, au cœur de la nature française. Ce n’est pas seulement un concours : c’est une expérience humaine et artistique.

Parmi une centaine de candidats sélectionnés, vingt-quatre jeunes chanteurs résident toute la semaine dans un château voisin. Ils assistent ensemble aux spectacles du soir, participent à des masterclasses et partagent leur parcours artistique.

Très rapidement, ils cessent de se considérer comme des concurrents et commencent à s’entraider, à apprendre les uns des autres et à s’inspirer mutuellement. À la fin de la semaine, de véritables amitiés se sont souvent nouées pour la vie.

Cette dimension humaine est, à mes yeux, l’un des aspects les plus précieux du concours.

Qu’attendez-vous de l’édition 2026 ?

L’année 2026 a pour moi une signification particulière puisqu’elle marque le quarantième anniversaire de mes débuts internationaux.

Par rapport à l’édition 2024, nous constatons déjà une participation beaucoup plus large sur le plan international. De jeunes artistes venus de nombreux pays différents présentent leur candidature, apportant avec eux des voix, des visions artistiques et des sensibilités culturelles variées.

Je suis convaincue que le niveau artistique de cette édition sera exceptionnel.

J’espère également que les directeurs de théâtre, agents, chefs d’orchestre et professionnels du monde entier porteront une attention particulière à ces jeunes talents et leur offriront de véritables opportunités d’accéder aux grandes scènes internationales.

NDLR : on retrouvera ici le compte-rendu du concert des lauréats de la première édition de la compétition, concert qui s’est donné salle Cortot le 10 juin dernier.

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