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Alexandra Lacroix : le rêve comme service public ?

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Interview
12 mars 2026
Metteuse en scène, librettiste, scénographe formée à l’Ensad, Alexandra Lacroix a pris la tête d’Angers-Nantes Opéra en janvier dernier. Pour mieux aller à la rencontre du public, elle propose une approche singulière qui sera réitérée chaque année en lançant un appel à témoignages autour d’un thème qui irriguera ensuite l’intégralité de la programmation.

En préambule de cette première saison, la directrice partage donc son premier coup de foudre et interpelle Nantais et Angevins : « Pour vous, c’est quoi l’amour ? »

Avec cet appel à participation, vous placez immédiatement l’intime et la réciprocité de l’échange au cœur de la relation entre l’institution et son public. Pourquoi cette approche ?

Pour moi, outre la variété des propositions musicales et scéniques, le récit est la colonne vertébrale d’une programmation. Cette année : l’amour comme préambule, plus précisément : l’amour et ses épreuves/les preuves d’amour. Je commence par une confidence personnelle pour créer une relation avec le public ; j’intègre le chœur, symbole de voix, de corps en mouvement, d’une force collective. Ces témoignages personnels seront recueillis jusqu’à fin août puis confiés à deux nouveaux dispositifs d’Angers-Nantes Opéra qui mèneront un travail de recherche artistique tout au long de la saison 2026/2027 et pourront s’en inspirer :

Le premier est un comité scientifique, Echo, qui rassemble des chercheurs et chercheuses nantais et angevins sélectionnés par rapport à la thématique dont ils et elles vont s’emparer pour créer des événements satellites (débats, tables rondes, interventions dans des universités…), des choses qui sont vraiment en dehors de la programmation, mais qui font le lien entre ce sujet et leur pratique. Ils interviendront dans leur domaine d’expertise relié au thème de l’amour, mais pas forcément à l’opéra ; un cardiologue, par exemple !

Le second dispositif est un laboratoire pour des artistes, le RING Lab, qui utilisera les témoignages reçus pour nourrir les recherches artistiques de ses quatre membres, artistes en résidence. Le premier est un compositeur angevin, Alvaro Martinez Leone ; le second un compositeur de musique électronique nantais, Tom Leclerc. Le collectif Meute complète l’équipe avec Claire Pasquier, lilloise, et Sarah Théry, chanteuse bruxelloise, qui font un travail artistique hors les murs, et participatif.

La mission du RING Lab regardera donc plutôt du côté du participatif ?

Certes puisque leurs matières premières seront les témoignages recueillis. Ces quatre artistes ont été sélectionnés pour leur dimension de recherche, leur intérêt pluridisciplinaire, mais aussi leur goût pour le participatif et les actions hors les murs. Il est important ici d’avoir des participants ouverts sur la cité, sensibles à la co-construction. En complément, le ténor François Rougier, artiste associé – présent, lui, pour plusieurs saisons – sera impliqué dans la plupart des missions de la Maison, dont le RING Lab mais également les médiations culturelles comme « Toutes voix dehors » qui remplacera « Ça va mieux en le chantant ».

Quelle sera la différence entre ces deux propositions?

Vous pourrez l’observer dans le récit et la dramaturgie de ces programmes. Une place plus grande sera accordée à l’histoire que l’on y raconte et au lien avec les productions lyriques. Ce qui m’intéresse, c’est le rapport de la musique à la scène, à l’espace, qu’il soit sur le plateau ou hors les murs. On ne crée pas, on ne chante pas de la même façon selon le lieu où l’on est. Mon parcours de librettiste, scénographe et metteuse en scène m’amène à un attachement très fort au récit, à la dramaturgie. Voilà d’ailleurs pourquoi j’ai fait le choix d’intégrer une dramaturge à notre maison qui s’assurera que la thématique définie imprègne bien toutes nos actions. Elle vérifiera également que ce que l’on raconte avec Angers Nantes Opéra a du sens pour le territoire et par rapport aux enjeux actuels.

La thématique de l’amour n’irriguera donc pas seulement les œuvres présentées dans la programmation de l’année prochaine ?

Effectivement, nous ne mènerons aucune action qui ne soit pas cohérente et reliée à cette thématique ; petites comme grandes formes, actions culturelles, débats… Il s’agit de creuser un sujet du début à la fin, de permettre au public de s’identifier et d’avoir une sorte de fil conducteur, un parcours de spectateur qui soit cohérent sur toute la saison.

L’amour est un thème omniprésent dans le répertoire, on peut difficilement choisir moins clivant ; comment le rendre contemporain ?

Bien entendu, il y a là une thématique universelle. Quatre sous-chapitres nous donneront des orientations, des axes forts pour nous rapprocher des œuvres, dire en quoi elles nous concernent. C’est une première accroche, simple, qui nous interpelle, qui nous parle et nous rassemble. Outre la porte d’entrée de la programmation, l’appel à participation, les témoignages constitueront également une matière première extrêmement précieuse pour nourrir nos artistes, notre comité scientifique et être en prise avec l’époque. Ainsi nous serons en écho avec les œuvres, elles seront mises en regard avec des paroles contemporaines. Et, je ne vous cache pas que je m’intéresse à des profils – que ce soit des directions musicales ou de mise en scène – qui portent un regard à la fois très référencé, très documenté sur sur le passé, sur l’histoire des œuvres – composition, contexte de création… et un regard sensible et des choses à dire sur notre époque. Il y aura donc des points de vue contemporains qui travaillent l’universalité, tout en y révélant des éléments qui résonnent aujourd’hui, des mises en scène multiples avec des propositions plastiques et visuelles qui pourront convenir à un large public. Je ne programmerai pas seulement des œuvres ou des époques qui me plaisent. Nous sommes le seul Opéra de la région, il est donc primordial de faire entendre au public toute la richesse du répertoire. Ce qui importe, c’est la cohérence de la proposition.

Avec le thème de l’amour, votre Carmen pourrait trouver sa place dans la programmation de l’an prochain ? Vous qui êtes metteuse en scène comme vous le rappeliez, avez-vous prévu d’intervenir régulièrement sur le plateau d’Angers Nantes Opéra ?

Effectivement, mon projet de candidature incluait mon travail de metteuse en scène pour Angers Nantes Opéra. Cela fait partie intégrante de ma mission. Je reste une artiste et agit aussi en tant que telle. Le choix des œuvres étant pensé en cohérence avec le reste de la programmation, vous pouvez peut-être déduire que, en rapport avec l’amour, Carmen pourrait y avoir une place.

C’est la première fois que vous dirigez une structure lyrique. Comment, avec votre parcours, en êtes-vous venue à vous dire, maintenant voilà ce dont j’ai envie; besoin?

Cela n’est initialement pas venu de moi mais de suggestions récurrentes depuis quelques années, de personnes qui n’avaient rien à voir avec Angers Nantes Opéra. L’idée a donc doucement fait son chemin. Finalement, je m’aperçois que tout ce que je fais aujourd’hui s’avère très proche de ce que je faisais auparavant : penser un projet global ; réfléchir à la stratégie ; penser aux équipes, puisque diriger une compagnie ou mettre en scène implique des qualités de ressources humaines… La relation aux partenaires, aux coproducteurs, aux financeurs, aux politiques sont autant de paramètres qui étaient présents dans mes responsabilités précédentes.

Dans le travail quotidien, rien ne me désarçonne. Je me sens assez opérationnelle et je suis bien entourée. Désormais j’ai des équipes à qui je peux déléguer et pour autant je comprends et connais leur travail, ce qui est toujours un atout. Cela ne signifie pas que je puisse faire ce qu’ils font, car ils ont chacun un domaine d’expertise que je n’ai pas. En revanche, la compréhension induit une complicité qui facilite beaucoup les relations.

Comment avez-vous plongé dans cette nouvelle mission ? 

Dès le temps de candidature – un mois et demi entre la présélection et l’audition – j’ai rencontré tous les acteurs de territoire et ressenti une grande fluidité dans les échanges ; des qualités de coopération, de vitalité, de désir de partage, ce qui, pour moi, était extrêmement vivifiant et rassurant parce que ma priorité était de m’assurer que la rencontre était la bonne entre cette maison-là et moi. J’aborde Angers Nantes Opéra comme je le ferais d’une œuvre, en m’y plongeant pleinement. J’ai passé un an et demi en tuilage pour préparer ma programmation, mais également observer les équipes, comprendre les fonctionnements.

Comme lorsque l’on se documente sur l’œuvre, j’ai d’abord essayé d’avoir une compréhension fine du contexte de cette maison ; son histoire, son inscription dans ses territoires – Angers, Nantes, sa visibilité nationale… L’enjeu, ensuite, est d’embarquer les équipes dans mon histoire. Il était très important pour moi de prendre du temps avec chaque service pour expliquer ce que je souhaite développer, répondre aux questions, afin que chacun participe au projet commun.

Lorsque l’on crée un opéra on fait la même chose avec la centaine de personnes impliquée sur le projet pendant quelques mois. La différence réside dans la temporalité. Ce n’est pas la même chose d’impliquer des personnes pendant quelques mois ou pendant des décennies ! Ici réside le vrai challenge, c’est également ce qui m’anime ; m’ancrer, me sédentariser. Ma curiosité, mon appétit, mon envie de tout savoir, tout comprendre, tout connaître, tout découvrir explique que j’ai touché à un certain nombre de savoir- faire, utiles aujourd’hui, mais que j’ai besoin de sédimenter.

N’est-il pas difficile de mettre votre compagnie en sommeil ?

Les choix impliquent des renoncements ! Le tuilage a servi à faire la transition avec chacun et chacune. Ce qui compte, c’est d’avoir toujours des créations en cours, qui implique mes collaborateurs et collaboratrices pour garder mon ADN, sans cela je n’aurai plus de sève. Ceci dit, une programmation, des réflexions sur une dramaturgie de maison, c’est extrêmement créatif.

Il me semble également qu’à « l’endroit » du metteur en scène, on est généralement assez isolé, on a peu de contact avec d’autres personnes à cette même place. Désormais, je peux échanger avec d’autres. C’est formidable, je découvre leurs modes de fonctionnement, cela m’enrichit, me sort de mon unique pratique.

Enfin, à un moment où l’on sent une fragilisation de la culture, moi qui suis dans l’action, je crois que je préfère une place d’où je peux défendre la musique, le lyrique et essayer de trouver les ressources pour agir, participer plutôt que de subir une situation et de la voir se dégrader. Bien évidemment, au niveau de la compagnie, il y a une certaine souplesse, mais au sein de l’institution, l’impact est beaucoup plus grand. D’ailleurs les Opéras ont besoin d’intégrer cette agilité inhérente aux compagnies. Là résidait le sens de mon partenariat avec l’Opéra de Limoges, où j’étais artiste associée. La Cie MPDA y offrait une espèce de plasticité vertueuse. En 2022, avec la Princesse Jaune de Saint-Saëns, nous avions ensemble créé le premier décor complètement réemployé, à partir d’un décor de l’Opéra de Lyon. Il a fallu penser différemment : analyser les éléments, les désosser complètement, refabriquer… On a cette souplesse de pensée et d’action issu du travail de compagnie.

Venons-en maintenant à la particularité aussi d’Angers Nantes Opéra, à la fois le fait que vous ayez deux scènes et le travail qui se fait avec l’Opéra de Rennes. Cela va-t’il se pérenniser ?

Cette coopération avec Rennes porte de beaux fruits, je trouve. Elle va donc non seulement se pérenniser, mais également se clarifier, notamment vis à vis du public, parce que le caractère inédit de la relation entre Angers, Nantes et Rennes est assez peu connu. Nous sommes les deux seules Maisons de l’hexagone qui mutualisent pleinement leurs productions. Les gens pensent que nous sommes de  simples coproducteurs. Or c’est tout à fait différent et nous devons le valoriser ! La production, le casting, l’équipe de création sont choisis collégialement avant de mutualiser le temps de plateau de création. Cette mutualisation des coûts au prorata du nombre de représentations est vertueuse et unique en France. Rennes restera donc un partenaire privilégié même si j’ai aussi mon propre réseau et le souhait d’engager des nouvelles relations de coproduction.

J’ai suffisamment d’idées pour ne pas détricoter ce qui fonctionne, ce serait absurde. Je préfère m’appuyer sur ce qui est opérationnel et y apporter ma touche. C’est pourquoi, par exemple, nous pérenniserons Opéra(s) sur écran, si fédérateur. Ceci dit, il s’agit là d’un outil de sensibilisation parmi d’autres. Il est très efficace parce qu’il concerne beaucoup de personnes en un instant T : 4000 personnes à Nantes sur la place Graslin en juin dernier et 2000 à Angers au même moment. Mais ce n’est pas un but en soi. Opéra(s) sur écran permet de comprendre ce qu’est l’expérience collective autour d’une œuvre d’art mais l’idéal est de se passer du truchement de l’écran. Ce moment collectif, extrêmement précieux, est encore meilleur dans le cadre de musique acoustique qui se joue devant nous.

Dans votre premier communiqué de presse, vous parliez de l’inscription d’Angers Nantes Opéra dans un « réseau européen de production ». Qu’est-ce à dire?

D’une part nous intégrons le réseau Opéra Europa pour être en lien avec les autres maisons d’opéra européennes. Pour ma part, j’ai également fait un vrai parcours au sein de ENOA, un réseau européen porté par le Festival d’Aix en Provence. Il me semble évidemment précieux d’être connectée à ce qui se passe ailleurs, à une échelle plus large. Plus concrètement, nous avons une relation particulière avec les théâtres de la ville de Luxembourg. Notre chœur ira s’y produire tandis que des workshops rassembleront leur Talent Lab et notre RING Lab, soulignant notre intérêt commun pour la création d’artistes émergents et pluridisciplinaires.

Nous accueillerons également des artistes européens pour nous sensibiliser à ce qui se passe ailleurs parce que la circulation des pratiques, des idées, sont enrichissantes. A titre personnel, par exemple, j’ai beaucoup appris en Belgique, où ce qui compte, c’est justement ce que l’on veut dire. Les moyens en dépendent. Ainsi le théâtre musical y est vraiment fait sur mesure pour servir l’objet que l’on veut représenter sur scène. Il me semble également que le travail s’y effectue beaucoup moins en silos, on observe une espèce d’agilité dans les savoir-faire, plus de porosité entre les métiers, ce qui me semble précieux. En abolissant les cadres, tout s’avère bien plus poreux car y prévaut le spectacle vivant. Le public a envie de passer un moment magique, d’être embarqué dans une forme qui porte un sens, une beauté intrinsèque. Il se moque des cases d’autant plus que l’opéra incarne la conjonction de tous ces arts, la transversalité.

Réjouissante ambition ! Mais vous avez pris votre poste à un moment particulièrement complexe avec les coupes budgétaires drastiques de la Région Pays de Loire. Comment inventer, oser dans un contexte aussi contraint ?

Effectivement, l’annonce est tombée deux mois à peine après la signature de mon contrat. Cela a été très dur, d’autant plus que j’étais encore en tuilage ; je n’étais donc pas pleinement décideuse. Nous avons mis un an à chercher des solutions avec l’équipe. Aujourd’hui, l’inquiétude demeure quant à la façon dont est attaquée notre mission de service public. Or, c’est ma motivation première à venir diriger une institution publique afin d’y développer un projet qui a pour ambition de concerner nos salles, mais également d’irriguer notre territoire, de venir au contact des publics le plus largement et le plus loin possible. Se diriger vers des idées de rentabilité ou d’accueil pur remet cela en question.

Cette question de la rentabilité vous préoccupe ?

Lorsque l’on vient voir un opéra une fois, on s’en souvient toute sa vie. A mon sens, voilà où se mesure la véritable rentabilité plus que dans la recette recueillie. Notre mission est également de créer de nouveaux ouvrages, les chefs-d’œuvre de demain, ce qui implique une prise de risque. La première commande à un compositeur ne sera pas forcément le trésor attendu. Il nous incombe donc de multiplier ces possibilités de créations pour permettre l’émergence de merveilles.

Nous sommes également au service du territoire, pour ce faire, nous avons besoin de forces permanentes. Aller dans les classes n’est pas rentable d’un point de vue comptable même si ça l’est totalement d’un point de vue éducatif ; cela participe du vivre ensemble, de la santé mentale, de la lutte contre l’omniprésence des écrans…

Une représentation lyrique implique souvent plusieurs heures, sans écrans, dans un temps collectif, dans une salle diversifiée, pour vivre un moment d’émotion immersif puisque le son, impalpable, a cette capacité de nous envelopper. Cette capsule de vibration, qui vient nous percuter de manière assez extraordinaire, est assez unique aujourd’hui. Alors que nous combattons l’addiction aux écrans et les fortes dépressions – notamment des jeunes – l’émotion est un vecteur absolument essentiel. Une nouvelle fois, si la rentabilité et la durabilité de l’impact de l’opéra sont pour moi évidentes, elles ne sont pourtant pas instantanées.

Comment lutter contre l’effritement budgétaire ?

Je suis tout à fait ouverte et comprends qu’avec une rigueur budgétaire, nous devons aussi trouver d’autres ressources, mais il nous faut imaginer le bon équilibre pour conserver notre mission de service public. Nous menons évidemment une recherche active de mécénat mais aussi un travail de réorganisation, d’optimisation pour condenser au mieux. En réalité, ces efforts de gestion étaient déjà à l’œuvre, désormais nous sommes un peu à l’os ! Ensuite, arrive la coopération. C’est à la fois formidable, mais aussi extrêmement contraignant parce qu’il faut s’accorder à plusieurs, ce qui implique un important investissement temporel. Nous n’avons pas trouvé l’intégralité des ressources financières pour revenir à l’avant coupe budgétaire, mais avons fait tous les pas qu’il était possible de faire aujourd’hui.

Il y a eu une baisse du nombre de levers de rideau cette saison. Ce sera également le cas l’année prochaine ?

Non, car ce n’est soutenable ni pour le public, ni pour Angers-Nantes Opéra : Notre automne a été creux du fait des coupes budgétaires, ce qui a été à la fois nécessaire mais mal compris du public et mal vécu par les équipes. Nous sommes le seul opéra de la région avec deux salles d’une jauge de presque huit cent places. Jauge importante, certes, mais tout de même assez réduite par rapport à la taille d’une agglomération comme Nantes. Nous ne répondons donc que partiellement à la demande. Le nombre de lever de rideau va réaugmenter mais pas autant que nous le souhaiterions.

Vous êtes vice-présidente des Forces Musicales, un atout dans les circonstances actuelles ?

Tout à fait car il s’agit de représenter les opéras et les orchestres de France ; de travailler la question des ressources au niveau national. Ce qui est mis en place dans chaque maison relève trop souvent du court-terme, je m’inscris au niveau national pour avoir une réflexion et une capacité d’action plus large et j’espère, plus efficiente : Comment retrouver un souffle économique, comment réoxygéner le secteur ? Nous avons donc fait une trentaine de propositions, autour de multiples sujets comme l’écoresponsabilité… Les budgets surtout, afin de ne pas seulement être en demande auprès des partenaires institutionnels de façon hors sol mais se positionner également comme force de proposition. La taxe de séjour, par exemple, est plafonnée, mais n’est pas utilisée à son plafond dans toutes les villes. De plus ces plafonds pourraient être rehaussés et ces fonds fléchés pour la culture. Parce que nous sommes vecteurs de richesse économique ; notre activité nourrit le tourisme, les hôtels. Il y a une logique à ce que cet apport puisse être rétribué. La cible seraient les hôtels au-dessus de trois étoiles, la proportion de taxe sur un hôtel de catégorie supérieure étant finalement extrêmement faible, cela ne changerait pas grand-chose pour le consommateur mais serait un indéniable levier pour nos structures. Toutes les propositions ne seront pas forcément idéales mais ont le mérite d’engager un dialogue avec les candidats aux municipales et les élus. Encore une fois il s’agit d’agir et non de subir.

Pour terminer, partageriez-vous avec nous un rêve, une envie, quelque chose qui vous qui vous taraude pour la saison prochaine ?

Angers-Nantes Opéra va fêter ses 25 ans. J’aime beaucoup cet endroit de lisière, de frottement entre tout ce qui a été vécu avant et l’avenir. A ce point de conjonction, l’on peut être pleinement dans le présent. J’aimerais trouver une façon de vivre cet anniversaire ainsi, sans forcément de grandes ambitions, mais à une place juste.

Je crois que mon rêve de manière générale, est d’être au bon endroit au bon moment et de vivre quelque chose d’intense et de juste.

Les enjeux environnementaux nous font prendre conscience que nous nous imaginions très forts et sommes en réalité très vulnérables. Sur cette planète si fragile, nous avons la chance d’être debout. Et il me semble que les émotions artistiques vécues, partagées, notamment à l’opéra, nous rendent d’autant plus vivants. Cet instant-là du présent – dans une salle à un instant T – qui s’inspire justement du passé, tout en étant porteur d’espoir, d’avenir ; voilà l’endroit juste, la lisière que je recherche toujours, qui permet de relier les humains, de percevoir l’avenir.

Il nous faut être plus conscient de cette chance, de cette nécessité de maintenir et de faire vivre le vivant et le collectif. D’où la prégnance des questions environnementales qui comptent à l’échelle d’une institution. Nous avons un impact en terme de production, par rapport au public qui se déplace pour nous. Nous avons également un puissant impact sur les imaginaires. C’est ma raison d’être dans ce métier : je crois très, très fort à cet impact sur les imaginaires. L’humain a cette capacité de réflexion, de rêve ; il nous faut l’alimenter.

Le rêve comme service public ?

Tout à fait, d’autant plus dans les temps sombres. Ce qui est sidérant, c’est qu’en temps de crise, par le passé, on réinvestissait dans la culture. Pourquoi ? Parce que pour retrouver de la vitalité, de l’élan économique, de l’élan en général, cette respiration est indispensable. Nous, artistes, pouvons apporter ce souffle. Le rêve est absolument nécessaire.

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