Composer dans le monde d'après

Composer après 2020

Par Thomas Niel | mer 20 Janvier 2021 | Imprimer

« Composer après 2020 » est l’intitulé d’un programme de recherche dont une série de quatre essais sera publiée aux éditions EME. Rédigé à quatre mains par le compositeur et musicologue Éric Humbertclaude et la chanteuse Gwenaëlle Clémino , « Amorce » en est le premier volet. Partant du constat que notre société a mené la musique contemporaine à « l’agonie », il s’agit pour les auteurs d’y « constater la situation de la création musicale, telle qu’elle survit dans le désœuvrant entre-soi parisien, et en tirer un enseignement sur « le Soi, l’Écologie et l’Algorithme ».

La démarche est méthodique, l’intuition fine. Pour résister à ce que les auteurs citent comme des « égarements » (le multiculturalisme et le numérisme – c’est-à-dire ici le recours abusif aux algorithmes dans la musique), ils suggèrent comme espace d’inspiration nouveau, un retour vers la science, à l’aune d’une petite révolution qui laisse comprendre que le végétal est également doué d’une intentionnalité communicante. Dès lors, la perception par le compositeur de son environnement, qu’il soit naturel ou social, doit être repensé.

Mais plus que la recherche d’une nouvelle place – le compositeur est nécessairement « asynchrone » par rapport au rythme de la société et seul – ils se demandent quelle nouvelle incarnation celui-ci pourrait revêtir (« Tu ne seras plus compositeur, et j’ignore ce que tu découvriras être »), ainsi que son œuvre après lui, dans ce monde où l’homme perçoit de plus en plus sa propre limite et donc son propre dépassement, notamment via l’intelligence artificielle, ici considérée comme prometteuse.

Il est assez intéressant de lire ce texte, qui, dans un style érudit et précis, alterne entre tons polémique, scientifique et même lyrique, mais qui pose plus de questions qu’il n’y répond. La réflexion est nourrie par de solides références scientifiques. Le lecteur pourra se sentir parfois désappointé par le parti pris fragmentaire. L’analyse de la prétendue « agonie » de la musique contemporaine n’y est par exemple qu’à peine développée alors qu’elle pourrait être le point de départ de nouvelles potentialités (peut-on réellement faire table rase ?) Les critiques du multiculturalisme et du numérisme s’attachent à quelques faits sans vraiment considérer la totalité des phénomènes (peut-on ne retenir du multiculturalisme que la « cancel culture » ?). De même, la singularité du compositeur, affirmée dans les lignes, pourrait être davantage précisée (de quelle solitude parlons-nous) ?

Tout est ainsi suggéré plus qu’il n’est expliqué, dans une atmosphère crépusculaire, qui esquisse la création au bord du précipice ou au contraire, au seuil d’un renouveau.

Mais trois autres essais restent à venir afin de poursuivre ce chemin qui reste un défrichage original et stimulant à suivre !

 

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