Colossal, protéiforme et indispensable

Histoire de l'opéra français - De la Belle Epoque au monde globalisé

Par Christophe Rizoud | jeu 26 Mai 2022 | Imprimer

Après avoir abordé le 19e siècle, Du Consulat aux débuts de la IIIe République, puis la période antérieure, Du Roi Soleil à la Révolution, le troisième et dernier volume de l’Histoire de l’opéra français parcourt un 20e siècle élargi aux premières décennies du 21e.

L’entreprise est d’autant plus titanesque que la période traversée est agitée. Deux guerres mondiales, la fin de l’empire colonial, la modification des rapports de force internationaux, l’effondrement du bloc soviétique n’ont pas été sans influer sur la trajectoire de l’art lyrique en France (et dans le monde). Découragé par l’ampleur du propos, le lecteur ne saurait par quel versant ascensionner ce volume de plus de 1500 pages si Hervé Lacombe, le directeur de la publication, ne le guidait en une introduction dont le premier des mérites est de poser les fondements des questions abordées dans les chapitres suivants. Au nombre de dix-neuf si l’on excepte le prologue et l’épilogue, ils sont divisés en trois parties : « L’activité lyrique de la Belle Epoque à la Seconde Guerre Mondiale » ; « L’activité lyrique de 1945 aux années 2010 » ; « Le spectacle lyrique : format et représentation, médiation et interprétation ».

Ainsi défile le paysage lyrique au fil des années sans pour autant que la succession des textes, confiés à une centaine d’auteurs différents, ne soit soumise à une rigoureuse chronologie. De multiples regards factuels sont offerts sur l’opéra, dans tous les sens du terme, qu’il s’agisse du genre en lui-même, de ses nombreux avatars – l’opérette notamment –, de ses théâtres, en Province et à Paris, de son répertoire – arc-bouté sur une centaine d’œuvres et cependant sujet à transformation comme en témoigne la révolution baroque –, de l’évolution de sa représentation avec la primauté accordée à la mise en scène, des thèmes abordés par ses livrets, de sa déclinaison cinématographique et numérique…

Les angles de vue sont si divers que les énumérer tous reviendrait à dresser une liste à la Prévert. Tout juste mentionnerons nous, dans un sursaut d’immodestie, la première place réservée à Forumopera par l’article consacré aux « webzines, blogues et groupes de discussion », aux côtés de la « sociologie des publics d’opéra en France de 1960 à 2020 » et de « la place des femmes dans la composition lyrique », entre autres sujets regroupés dans le chapitre intitulé « L’opéra dans la société ». C’est dire l’étendue des domaines d’investigation, jusqu’aux rivages d’un imaginaire qualifié par Timothée Picard d’« opératique » en ce qu’il déborde sur d’autres esthétiques musicales populaires « où des divas d’un nouveau genre prolongent cette fascinante étrangeté faite de vocalité, de travestissement, et de spectaculaire ».

De l’immersion apnéique dans cette source prodigue de présentations, considérations et de démonstrations étayées par moult chiffres et tableaux, s’impose en conclusion la formidable résilience de l’opéra, dont la récente pandémie, relatée dans l’épilogue, a offert un nouvel exemple. Accusé de nombreux maux, annoncé moribond, prédit disparu, aujourd’hui encore confronté à de nouveaux défis économiques, sociétaux, politiques, l’art lyrique n’est finalement pas l’homme malade de la culture occidentale que l’on dépeint trop souvent mais un phénix dont on ne se lasse pas d’analyser les innombrables composantes tégumentaires qui forment son imputrescible plumage.

Voilà un aperçu – inévitablement lacunaire tant il est impossible d’embrasser d’un seul regard une publication aussi colossale et protéiforme – d’un volume indissociable des deux précédents et, comme eux, indispensable.

 

 

 

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